Jean-Claude Poitras habille le Musée McCord

En entrevue, Poitras explique comment des films comme «Un homme et une femme», ou «Annie Hall», lui ont soufflé des collections entières.
Photo: Marilyn Aitken En entrevue, Poitras explique comment des films comme «Un homme et une femme», ou «Annie Hall», lui ont soufflé des collections entières.

Enfant, le designer de mode Jean-Claude Poitras était captivé par les tenues endimanchées des paroissiens à la messe du dimanche. Ces tenues influenceront plus tard son oeuvre, comme en témoigne l’exposition Jean-Claude Poitras — Mode et inspirations, qui prend l’affiche au Musée McCord, à Montréal, après avoir été présentée au Musée de la civilisation à Québec cet été. Église et famille forment d’ailleurs le premier des trois volets de cette exposition qui porte autant sur les influences du designer que sur ses collections.

Dans sa jeunesse, Jean-Claude Poitras vivait près du parc Belmont, à Montréal, et était fasciné par les vêtements des saltimbanques que sa grand-mère lavait, et faisait sécher sur sa corde à linge.

« Les femmes m’ont porté et m’ont supporté », illustre le créateur en riant.

Le volet suivant témoigne de l’influence du cinéma sur le créateur. « On a les robes du soir inspirées par les années 1930 à la Jean Harlow. On a aussi toute une section sur les influences de la mode masculine sur Greta Garbo, Marlene Dietrich, Katharine Hepburn », disait mardi Alexis Walker, qui a agi comme commissaire de l’exposition.

En entrevue, Poitras explique comment des films comme Un homme et une femme, ou Annie Hall, lui ont soufflé des collections entières. Chez les hommes, le Humphrey Bogart de Casablanca lui inspire des trench-coats, qui deviendront des pièces maîtresses de ses collections.

Parmi les femmes célèbres qui ont porté les vêtements de Jean-Claude Poitras, on retrouve la grande Barbara, Kim Yaroshevskaya, Andrée Lachapelle, Pauline Marois ou Mila Mulroney. De Kim Yaroshevskaya, alias Fanfreluche, qu’il rêvait d’habiller lorsqu’il était enfant, il raconte qu’un jour, bien plus tard bien sûr, elle lui a téléphoné pour lui révéler qu’elle portait ses collections.

La dernière partie de l’exposition porte sur l’influence des voyages sur les créations de Jean-Claude Poitras. Lui-même raconte comment, après s’être rendu à Hong Kong pour le groupe Franck importations, il fait ses premières expériences avec la soie, « une véritable révélation pour concevoir des couleurs et des imprimés ».

L’orange, dont il dit qu’elle est pour lui « la couleur de la vie », demeure une de ses sources de fascination, lui qui a été grisé, dans les souks du Maroc, par les couleurs du curcuma et du safran. « Tous ces coloris, comme le soleil couchant sur Marrakech, ont changé mon spectre. C’est quelque chose d’absolument extraordinaire », s’enthousiasme-t-il.

Tous ces coloris, comme le soleil couchant sur Marrakech, ont changé mon spectre. C’est quelque chose d’absolument extraordinaire.

Parallèlement, une veste présentée dans l’exposition est taillée dans une soie traditionnelle chinoise, « la plus vieille soie du monde » disponible seulement dans les tons de brun, que les anciens laissaient longtemps tremper dans des rizières de boue. « Elle n’est encore fabriquée que dans certaines régions de la Chine », dit-il. En Indonésie, il se délecte des drapés, qui seront désormais intégrés dans ses créations. « C’était passionnant de découvrir tous ces parfums d’Orient », dit Poitras. Le Japon, quant à lui, le séduit depuis l’enfance. Il est charmé par la mode traditionnelle japonaise, dont le kimono, mais aussi par les pièces déconstruites de l’avant-garde nipponne, par exemple Issey Miyake ou Rei Kawakubo (Comme des garçons). C’est d’ailleurs la vague japonaise des années 1980 qui lui fait aimer cette époque, malgré ses excès bling-bling.

Une bonne partie des pièces présentées dans l’exposition fait partie de la collection personnelle de la styliste et designer Colette Chicoine, qui fut « la muse suprême » et la conjointe de Jean-Claude Poitras.

L’exposition a été conçue conjointement par le Musée McCord et le Musée de la civilisation. Le musée a aussi développé toute une programmation culturelle pour l’accompagner.

Jean-Claude Poitras: Mode et inspirations

Musée McCord, du 24 octobre 2019 au 26 avril 2020