Zoom atteint ses 10 ans

Parmi les expositions, on trouve Histoires issues de la route de la migration, de Brett Gundlock, sur la caravane de migrants pendant la traversée du Mexique en 2018.
Photo: Tom Core Parmi les expositions, on trouve Histoires issues de la route de la migration, de Brett Gundlock, sur la caravane de migrants pendant la traversée du Mexique en 2018.

Depuis 2010, les Saguenéens, et tous ceux qui franchissent la réserve faunique des Laurentides, ont rendez-vous avec la crème du photojournalisme. Si Zoom photo festival Saguenay a pris racine dans Chicoutimi, c’est par la ténacité de Michel Tremblay, le photographe de presse au Quotidien — et non pas le romancier ou dramaturge.

Le 10e Zoom a pris son envolée la veille, mais Michel Tremblay n’a pas fini de courir. Il l’admet dès la fin du petit-déjeuner : ce sera le seul repas de la journée. Journée chargée, donc, pendant laquelle il accepte qu’on le suive comme une ombre.

L’homme affiche un calme étonnant. Au musée La Pulperie de Chicoutimi, quartier général, tous ont un détail à régler, un formulaire à signer. Le directeur général du festival ne s’énerve pas quand on lui fait répéter où il doit se rendre à midi — toutes les conférences n’ont pas été incluses dans le programme officiel.

Dix-huit photographes présentent des reportages de fond — un sujet, vingt images, en moyenne. À ces solos, la plupart regroupés dans la Zone portuaire, s’ajoutent des expositions collectives, comme celles de l’agence VU ou du World Press Photo. Michel Tremblay a voulu reproduire chez lui ce qu’il a vu à Perpignan, ville du sud de la France où se tient le renommé Visa pour l’image.

« Le festival, c’est un magazine géant, que tu déplies devant tout le monde », résume l’imagé directeur de Zoom. Il lui a certes fallu se faire convaincant pour attirer à Chicoutimi autant de photographes du monde entier. Ceux-ci n’envoient pas seulement des images. Ils se déplacent et font du début du festival une sorte de congrès professionnel, ouvert au public.

« Perpignan, c’est pareil, c’est la source d’inspiration. [On nous a] appelé le Visa du Nord » raconte-t-il, au volant de sa fourgonnette. Avec les années, le festival nordique est sorti, selon son humble fondateur, de l’ombre de l’événement français. Michel Tremblay aime rappeler qu’il promeut les photographes québécois et tisse de forts liens avec les autres Canadiens.

La qualité des images

On est à quelques heures du vernissage, auquel la mairesse de Saguenay, Josée Néron, assistera. Il faut dire que la Ville assume la moitié du budget de Zoom, évalué à 120 000 $. Michel Tremblay a mille raisons de ne pas quitter La Pulperie, hôte de sept expositions de Zoom. Le technicien au montage attend qu’il lui apporte les dernières photos. Le responsable de l’éclairage lui demande de choisir la couleur des néons. La question semble presque banale, mais M. Tremblay n’hésite pas : du bleu pâle. Sa couleur préférée, dira-t-il plus tard.

Instinctif et sensible, l’homme-en-bleu. Il est pressé, mais prend la peine de s’arrêter dans le hall pour désigner l’exposition tout autour, seule manifestation soulignant le dixième anniversaire. Chaque panneau reproduit une image de la petite histoire de Zoom.

Le festival, c’est un magazine géant, que tu déplies devant tout le monde

On y rend hommage aux Québécois (Édouard Plante-Fréchette, Renaud Philippe, François Pesant) comme aux étrangers, tel que le Français Rémi Ochlik, tué en Syrie en 2012, peu après avoir obtenu un prix du World Press Photo. L’automne qui a suivi, Chicoutimi exposait le reportage primé, avant que celui-ci atterrisse à Washington.

« J’ai pris conscience que c’était la qualité des images qui nous distinguait. Il fallait s'en servir pour notre promotion », commente Michel Tremblay, en parlant des affiches que Zoom distribue gratuitement.

Perspective d’avenir

Midi sonné, il faut aller à l’école secondaire Kenogami, où sont attendus le collègue du Devoir Adil Boukind et le Torontois Brett Gundlock. Michel Tremblay ne parlera pas aux élèves, mais il veut faire acte de présence. C’est une première pour Zoom et il mise sur ce type de volets pour la pérennité du festival.

Richard Gagnon, enseignant de français, et Dominique Leblanc, professeur d’anglais, ont tissé les liens. Le premier a intégré des leçons de photo dans ses cours. « Je montre que les standards de la photo argentique se sont transposés au numérique, dit-il. Avec Zoom, on aborde le contexte dans lequel travaille le journaliste. C’est une perspective d’expression, une perspective d’avenir. »

Dominique Leblanc fréquente Zoom depuis suffisamment longtemps pour avoir sa collection d’affiches dans sa classe. L’an dernier, elle a lancé Kenopress, exposition de photojournalistes en herbe intra-muros.« L’expression par l’image est tellement facile, estime-t-elle. [Les élèves doivent comprendre] comment la photo influe sur le message. »

Michel Tremblay n’a pas le temps d’assister aux conférences, ni à la table ronde « La photo change-t-elle le monde ? », à laquelle il tenait. Le festival, croit-il, doit servir à s’autoévaluer et à réfléchir à la profession, surtout en ces temps où la survie des médias est d’actualité.

L’exposition Je soutiens la presse régionale est une prise de position en faveur de l’avenir du Quotidien, un des journaux menacés par la faillite du Groupe Capitales Médias. Elle offre un survol de 2019 en images, dont celles de… Michel Tremblay.

« C’est important qu’on en fasse un clin d’oeil. Ma job est aussi remise en question », rappelle-t-il. Il reste optimiste : « S’il y a une fin du journal, il y aura d’autres choses. Tu ne peux pas être dans un endroit sans information. Ce sera un autre groupe, ça prendra une autre forme, mais il y aura quelque chose. » Zoom, promet ce mordu de photo, est là pour longtemps.

Jerôme Delgado était l’invité du festival Zoom.

Zoom photo festival Saguenay

Jusqu’au 10 novembre.