Lemoyne et Boisvert, deux rebelles réunis

Vue de l’exposition «Gilles Boisvert et Serge Lemoyne, l’influence de New York dans les années 60»
Photo: François Gauthier Vue de l’exposition «Gilles Boisvert et Serge Lemoyne, l’influence de New York dans les années 60»

L’un est décédé dans les années 1990, l’autre a été un peu oublié. Les retrouver dans une exposition, à la Maison de la culture Côte-des-Neiges, prend nécessairement la forme de retour dans le passé. Un passé imprégné de renouveau tant ces deux peintres, Serge Lemoyne (1941-1998) et Gilles Boisvert, sont arrivés sur la scène en contestant les courants établis.

Teintée d’histoire plus que de nostalgie, l’exposition Gilles Boisvert et Serge Lemoyne, l’influence de New York dans les années 60 redonne un peu de lumière aux deux artistes et amis. Elle rassemble une quarantaine de tableaux réalisés entre 1961 et 1969, ainsi que des archives.

Lemoyne et Boisvert ont participé de plein gré à cette époque, marquée par les happenings, imprégnés de peinture en direct, de poésie, de musique, de danse et de LSD. Par sa sélection des documents, dont une affiche de 1966 du Musée d’art contemporain où un « LSD art » est bien visible, le commissaire François Gauthier ne manque pas de signaler le contexte multidisciplinaire qui a accompagné l’éclosion de ces deux artistes. Mais l’expo en est essentiellement une de peinture.

L’accrochage, tout en simplicité, insiste sur les différences notoires entre les deux pratiques. Il s’agit d’un face-à-face. D’un côté de la salle, l’évidente spontanéité du geste de Serge Lemoyne ; c’est lui, la peinture-performance. De l’autre, les compositions plus posées de Gilles Boisvert, portées par des signes, des formes géométriques ou encore des images imprimées.

Le titre de l’expo évoque cette influence new-yorkaise à laquelle chaque génération de la modernité québécoise a tour à tour été exposée ou aurait pu l’être, de Borduas à Molinari. Le commissaire ne cherche pas à en faire la démonstration, mais on comprend que chez Lemoyne et Boisvert, les préceptes non figuratifs cèdent tranquillement leur place à l’esprit pop art. La démocratisation de l’art, le travail en collectif et les référents extrapicturaux sont parmi les principes qui les animent.

La disparité des œuvres, et de leurs cadres, donne l’impression que l’expo s’est faite sans l’appui de quiconque, excepté peut-être les collectionneurs. Quoique peu de cartels précisent la provenance des prêts. Le commissaire semble ne pas avoir accès à beaucoup de sources, d’où le déséquilibre entre les deux corpus exposés. De Lemoyne, ça s’arrête à 1965, incluant des peintures de ses débuts. De Boisvert, c’est le contraire, on est plutôt dans l’après-1965.

Bien connu pour sa période bleu-blanc-rouge, série en référence à un certain club de hockey qu’il réalise dans la décennie suivante, Serge Lemoyne travaillait déjà, dans les années 1960, à isoler des motifs. À associer des couleurs fortes. Et à créer des effets cinétiques sur le papier (rarement sur la toile).

Gilles Boisvert a pris la voie de la figuration de manière très marquée dans les années 1980. Dans cette première décennie de création, ses œuvres s’affichent cependant comme des explorations de l’espace pictural. Il intègre quand même des signes lisibles, ou reconnaissables, une flèche par-ci, des mots par-là.

Si Lemoyne est le peintre de l’action, du mouvement, Boisvert en est le technicien. Il a été élève d’Albert Dumouchel, maître de la gravure, puis proche de Pierre Ayot, artiste pop et fondateur de Graff, atelier de gravure.

Quelques-unes de ses œuvres exposées portent la trace du travail d’impression. Elles respirent la contestation, par leurs images presque brumeuses de policiers, et l’air des revendications nationalistes de l’époque.

Au milieu de la salle, ainsi que dans le hall d’entrée de la maison de la culture, le commissaire propose une série de documents historiques, du texte critique à la photographie, en passant par des outils de promotion. Si l’ensemble manque un peu de rigueur (présence variable de sources et de dates), il donne une idée du contexte dans lequel ces deux rebelles, exclus de l’École des beaux-arts, se sont frayé un chemin.

Exposant dans des tavernes, comptant les Claude Péloquin et Tex Lecor parmi leurs compagnons de lutte, sans matériel pour travailler… Ils ont réussi quand même à faire partie de l’exposition Présence des jeunes, dans le naissant Musée d’art contemporain. Et se sont appuyé l’un sur l’autre, comme le révèle un texte de Gilles Boisvert en hommage à son ami « Lemoyne », décédé un an plus tôt.

 

Gilles Boisvert et Serge Lemoyne, l’influence de New York dans les années 60

À la Maison de la culture Côte-des-Neiges, 5290, chemin de la Côte-des-Neiges, jusqu’au 17 novembre