«In Guns We Trust»: la culture des armes

Jean-François Bouchard a passé de longs moments dans le désert de l’Arizona, avec la communauté qu’il a photographiée.
Photo: Jean-François Bouchard Jean-François Bouchard a passé de longs moments dans le désert de l’Arizona, avec la communauté qu’il a photographiée.

Alors que Justin Trudeau promet de bannir les armes d’assaut s’il est réélu, le photographe Jean-François Bouchard présente l’exposition In Guns We Trust, au sujet d’une communauté prisant les armes militaires, au Big Sandy Shooting Range, dans le désert de l’Arizona, aux États-Unis.

Dans la grande salle du centre d’exposition L’Arsenal, dans Griffintown, un conteneur tellement criblé de trous de balle qu’il semble fait de dentelle est exposé parmi les photographies de tireurs. Une étrange lumière émane de l’intérieur. Plus loin, un camion également percé de balles trône parmi des douilles vides.

Jean-François Bouchard a passé de longs moments dans le désert de l’Arizona, avec la communauté qu’il a photographiée. Deux fois par année, des Américains venus des quatre coins du pays, et quelques étrangers, amateurs d’armes de guerre, s’y regroupent pour s’adonner à leur sport favori. « C’est l’extrême de la culture des armes, dit le photographe en entrevue. Ils utilisent des mitraillettes, des canons. […] J’ai même déjà vu des lance-flammes qui dataient de la guerre du Vietnam, dans le Kentucky. »

Ces amateurs se réunissent en Arizonaprécisément parce que c’est le seul endroit qui permet la tenue d’un tel événement.

« La réglementation [au sujet des armes à feu] est particulièrement laxiste en Arizona », poursuit-il.

Dans l’introduction, en anglais, du catalogue qui accompagne l’exposition publié chez Magenta, Jean-François Bouchard explique qu’il a tenté de comprendre cette communauté en la documentant.

« Une des choses qui m’ont fasciné, c’est de voir à quel point, quand les gens grandissent dans cette culture, ça peut devenir normal », dit-il.

Les enfants, s’ils sont minoritaires sur ces champs de tir, y sont tout de même présents. Des jeunes de 5 à 10 ans s’adonnent ainsi au tir « sous supervision et dans un cadre rigoureux ».

« Ça permet de réaliser à quel point c’est une activité des plus normales, voire familiale », dit le photographe.

Jean-François Bouchard demeure pour le contrôle des armes à feu. Mais il a voulu s’approcher au plus près du sujet pour mieux le comprendre.

« Ce que je comprends mieux, c’est qu’ils sont victimes d’une culture militarisée. On se rappellera que les États-Unis forment le pays qui dépense le plus en armement. C’est presque impossible de ne pas avoir un proche qui a, à unmoment ou à un autre, été dans l’armée. »

Dans ce contexte, le maniement des armes joue différents rôles auprès des gens que Jean-François Bouchard a rencontrés. « Pour certains, c’est de l’entraînement pur et simple », dit-il. Pour d’autres, l’usage d’une arme s’inscrit dans « une philosophie » relative à l’autonomie personnelle. Pour d’autres, c’est une affaire de défense.

« J’ai rencontré des gens très éloquents avec des positions. Mais ça n’a pas changé mon point de vue » sur le contrôle des armes à feu, dit le photographe.

La culture des armes à feu qu’il dépeint dans son exposition est d’ailleurs marginale. « Il s’agit d’un extrême, dit-il. Ça n’est clairement pas l’Américain moyen qui s’intéresse à ces armes. On est loin du 50 mm. »

Dans certains cas, mentionne-t-il, une telle arme peut coûter jusqu’à 30 000 $. C’est dire à quel point ceux qui les possèdent en sont épris.

In Guns We Trust

À L’Arsenal jusqu’au 20 décembre