Changement de garde à la tête du Centre canadien d’architecture

L’actuelle conservatrice en chef du CCA, Giovanna Borasi, entrera en poste à la direction dès janvier 2020, tout juste après le départ de Mirko Zardini, qui prévoit de vider son bureau fin décembre.
Photo: Richmond Lam L’actuelle conservatrice en chef du CCA, Giovanna Borasi, entrera en poste à la direction dès janvier 2020, tout juste après le départ de Mirko Zardini, qui prévoit de vider son bureau fin décembre.

Le Centre canadien d’architecture (CCA) a annoncé mercredi que son actuelle conservatrice en chef, Giovanna Borasi, remplacera Mirko Zardini à la direction de l’institution. La nouvelle dirigeante apportera de nouvelles thématiques mais « dans la continuité du travail qu’on a déjà fait », a-t-elle résumé.

La transition à la tête du CCA se fera donc davantage en douceur qu’en rupture, Mme Borasi oeuvrant dans les murs de l’établissement depuis de nombreuses années. Elle était conservatrice en chef depuis 2015, mais a aussi travaillé comme conservatrice en architecture contemporaine entre 2005 et 2010.

Mirko Zardini avait annoncé dès décembre 2017 son intention de quitter ses fonctions.

Sa remplaçante entrera en poste dès janvier 2020, tout juste après le départ de M. Zardini, qui prévoit de vider son bureau fin décembre.

M. Zardini était à la barre du CCA depuis près de 15 ans. Le musée et également institut de recherche, fondé par Phyllis Lambert, fête par ailleurs ses 40 années d’existence en 2019.

Ici les personnes qui viennent, elles viennent pour voir l’exposition. C’est jamais pour moi une question de quantité, mais de qualité du public. Bien sûr, j’aimerais augmenter ce public, mais celui qui est intéressé. Je ne chercherais pas à attirer des visiteurs juste pour un chiffre.

 

« J’attends avec impatience de découvrir les nouvelles idées et interrogations qu’apportera Giovanna lorsqu’elle prendra les rênes de l’institution », a déclaré dans un communiqué Mme Lambert, qui fait partie du Conseil des fiduciaires du CCA.

Sans trop s’avancer, l’architecte de formation Giovanna Borasi laisse filer quelques angles d’attaque. « On a réalisé que notre public est réparti un peu partout dans le monde, et on a commencé à développer la stratégie d’avoir des commissaires dans d’autres pays, et je veux pousser sur ça ».

Mme Borasi note aussi qu’elle s’intéresse beaucoup aux thématiques qui relient modernité et transformation sociales, ou le rapport à l’espace et au temps. Elle évoque le lien entre les sans-abri et l’architecture, par exemple, ou à la notion de propriété. « La question de la propriété, c’est plus du tout la même chose. On le voit dans la musique, tout le monde utilise Spotify, on n’achète plus. Ça donnerait quoi comme réflexion dans le domaine de l’habitation ? »

Numérique

La nouvelle directrice espère en ce sens « inventer de nouveaux formats pour engager le public », et compte pousser davantage le CCA vers le numérique.

« On va éventuellement revoir notre site Web, mais en même temps, on est en train d’utiliser toutes les autres plateformes numériques qu’on a, comme YouTube, Instagram, les podcasts et tout ça. On veut les utiliser pour partager du contenu. »

Quant à l’achalandage du CCA, qui accueille annuellement quelque 60 000 visiteurs, Mme Borasi reste réaliste.

« Ici les personnes qui viennent, elles viennent pour voir l’exposition. C’est jamais pour moi une question de quantité, mais de qualité du public. Bien sûr, j’aimerais augmenter ce public, mais celui qui est intéressé. Je ne chercherais pas à attirer des visiteurs juste pour un chiffre. »

Le moment de partir

Joint par Le Devoir, le directeur sortant Mirko Zardini estime que le moment est bon pour quitter ses fonctions. « L’institution d’aujourd’hui a un bon niveau de stabilité, elle a aussi changé beaucoup, elle est innovante et imaginative, comme Phyllis Lambert le voulait déjà dans les années 1970. »

M. Zardini rappelle que lorsque Mme Lambert lui a offert le poste de directeur en 2005, sa première réponse a été un refus. « Je ne suis pas un directeur de profession. Mais pour moi cette position a été un outil pour développer un discours différent sur l’architecture, d’avoir un nouvel agenda pour le XXIe siècle. C’est la chose la plus importante, explique-t-il au bout du fil dans un français un peu cassé. C’est la raison de tout le travail que nous avons fait sur l’idée de la santé, de l’énergie, de l’environnement, de la vitesse, de la technologie. »

Il rejette d’ailleurs une vision neutre de l’institution muséale, soulignant que le CCA doit laisser une trace non seulement sur le culturel, mais aussi sur le politique. L’établissement, dit-il, a avancé une « position critique de l’idéologie néolibérale ».

M. Zardini retournera travailler à Milan pour « initier un nouveau cycle de recherche et développer de nouvelles idées. »

Démocratiser davantage

Le chroniqueur en développement urbain Marc-André Carignan, qui s’intéresse beaucoup à l’architecture dans ses projets (dont l’émission de télé Archi branchés), estime que le CCA est actuellement une institution « hyper respectée dans le domaine ».

« C’est un petit bijou pour ce qui est des archives, par exemple. Du point de vue de la recherche, il a une bonne réputation, explique-t-il. Mais dans leur volet expositions, je dirais qu’il y a le défi de s’ouvrir un peu plus à la communauté. On n’arrête pas de dire qu’il y a un manque de culture ou de connaissances sur l’architecture, et le CCA doit réussir à contribuer à ça, et peut-être démocratiser davantage ses expositions. »

Aux yeux de Philippe Lupien, architecte et directeur du programme de design de l’environnement à l’UQAM, le CV de Mme Borasi inspire confiance, notamment dans un certain intérêt « à prendre un sujet en l’apparence banal et de le découper sous toutes ses coutures ». Il cite l’exposition Asfalto : Il carattere della città (2003), qui lui fait penser à Surface du quotidien : la pelouse en Amérique, une exposition tenue par le CCA en 1998 et qui l’avait jadis bouleversé.

« C’est le rôle du CCA de faire de l’architecture en parlant d’architecture, illustre M. Lupien, Dans les dernières années on a beaucoup apprécié les aspects sociaux qui ont été soulevés dans les expositions, mais je trouvais que la mise en espace était un peu moins recherchée depuis quelque temps. On retournait dans les habitudes scénographiques habituelles, moins porteuses. »