Exposition: maux de momies

Vases canopes de Djedbastetiouefankh, XXXe dynastie, vers 380-343 avant J.-C, Hawara, Égypte, calcaire, EA 22374, EA 22375, EA 22376 et EA 22377.
Photo: The Trustees of the British Museum Vases canopes de Djedbastetiouefankh, XXXe dynastie, vers 380-343 avant J.-C, Hawara, Égypte, calcaire, EA 22374, EA 22375, EA 22376 et EA 22377.

On savait peut-être qu’Irthorrou était un prêtre égyptien de la ville d’Akhim, près de Thèbes, mais on ignorait jusqu’à récemment à quel point il avait mal aux dents. C’est un peu ce qui ressort de l’exposition Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés, qui ouvre ses portes au Musée des beaux-arts de Montréal. Cette exposition est le fruit d’une étroite collaboration avec le British Museum de Londres.

Elle profite de l’avènement de nouvelles technologies, qui permettent littéralement de voir les personnes momifiées à travers leurs bandelettes, sans qu’on les déballe. La tomodensitométrie permet en effet d’identifier chaque couche de la personne momifiée, de la peau aux organes, pour en restituer l’apparence.

Au-delà du rite funéraire que constitue la momification, l’expo plonge donc au plus près de la vie des personnes momifiées. On sait par exemple que ce jeune homme, momifié au début de l’époque romaine, faisait de l’embonpoint dans les cuisses. Et l’on pense que c’est peut-être une consommation excessive de sucre qui serait la cause de la grosse carie que l’on retrouve dans sa dentition.

La tomodensitométrie permet aussi de reconstituer les images perçues en trois dimensions, ce qui permet au visiteur de procéder à un genre d’autopsie virtuelle des corps.

Momies égyptiennes : passé retrouvé, mystères dévoilés nous mène donc à la rencontre de six personnes momifiées, ayant vécu à différentes époques et dans différentes conditions. Nestaoudjat était par exemple une femme mariée de Thèbes, qui a eu droit à trois cercueils emboîtés les uns dans les autres. Son corps a d’abord été séché dans le natron, oint d’huiles parfumées, puis rembourré, comme en témoigne la vidéo qui la présente au public. La forme de son bassin indique qu’elle a dû mourir entre 35 et 49 ans. Les lésions que l’on détecte dans sa colonne vertébrale se trouvent généralement chez des personnes âgées et des athlètes.

« On essaie de pousser la science au maximum et d’utiliser la technologie pour transformer des rayons X en images 3D. C’est difficile de donner une cause de mort, mais on a remarqué que certaines momies ont des plaques dans leurs artères, donc ils souffraient de maladies cardiovasculaires. C’est possible qu’ils soient morts d’un AVC ou d’une crise cardiaque », explique Daniel Antoine, bio-archéologue au British Museum, et co-commissaire de l‘exposition.

Étant donné le mauvais état de leur dentition, il n’est pas impossible non plus que certaines personnes momifiées soient décédées des suites d’abcès dentaires. « Ils avaient tellement de maladies dentaires que ça pourrait être une cause de mort, parce que l’infection peut entrer dans le système sanguin et cela crée d’énormes complications. Certaines momies ont cinq ou six abcès », ajoute-t-il.

Au-delà des cercueils richement ornés, au-delà du statut social élevé immanquablement associé à la momification, ce sont donc des êtres vulnérables, que l’on rencontre ici, de chair, de sang, et de souffrance.

On ne sait d’ailleurs pas de façon sûre comment les Égyptiens soignaient leur souffrance, l’analgésique ayant plutôt été introduit à l’époque romaine, expliquent les experts. « On sait qu’il y avait beaucoup de recherche au niveau médical. Mais pour certains problèmes comme les problèmes dentaires, il devait y avoir une souffrance qui allait avec », ajoute Marie Vandenbeusch, égyptologue et conservatrice au British Museum, co-commissaire de l’exposition.

Le British Museum abrite à lui seul quelque 80 momies, dont une vingtaine a été examinée grâce à la tomodensitométrie.

Les six momies présentées au MBAM ont été choisies de façon à présenter une certaine diversité. On y retrouve Tamout, chanteuse d’Amon, le roi des dieux, durant le début de la troisième dynastie. Elle souffrait d’artéoriosclérose. Sur son tombeau, elle est représentée en robe transparente, comme une autre chanteuse de l’exposition.

On peut aussi y voir la momie d’un enfant de deux ans, dont le cercueil doré, qui représente une figure bouclée, est orné d’un bouquet de fleurs. On a cru longtemps qu’il s’agissait d’une fille, mais la tomodensitométrie a révélé qu’il s’agissait d’un garçon. Alors que peu d’enfants étaient momifiés dans l’Égypte ancienne, cette pratique est devenue plus courante à l’époque romaine. Des jeux d’enfants côtoient les momies dans la pièce, balles, toupies, ou jeux de société, documentant également les moeurs de l’époque.

Momies: passé retrouvé, mystères dévoilés

Musée des beaux-arts de Montréal, du 14 septembre au 2 février 2020