«Cycles»: les configurations insoupçonnées d’une nature sous tension

Les œuvres de Philippe Caron Lefebvre sont comme les éléments de la nature qui l’inspire; il les développe par cycles et il les multiplie.
Photo: Philippe Caron Lefebvre Les œuvres de Philippe Caron Lefebvre sont comme les éléments de la nature qui l’inspire; il les développe par cycles et il les multiplie.

Ce n’est pas le premier Cycles de Philippe Caron Lefebvre, et la marque du pluriel dans le titre de l’exposition est significative. Les oeuvres de l’artiste sont comme les éléments de la nature qui l’inspire ; il les développe par cycles et il les multiplie. Cette expo est aussi une déclinaison d’une autre, du même titre, qui a eu lieu à Plein sud, en 2018, dont elle se distingue en couvrant cinq ans de pratique. Ce premier survol d’envergure sur la production du jeune artiste permet d’en apprécier les dessins, les sculptures et les collages qui, plutôt que traités isolément, sont intégrés au sein d’installations sciemment déployées dans l’espace. Cette exposition en fait l’éclatante démonstration.

Caron Lefebvre, est-il permis de constater, travaille en créant des ensembles, méthode qui rappelle vaguement la taxinomie dans ses efforts pour comprendre et ordonner la nature. C’est elle d’ailleurs qui est pour l’artiste un inépuisable répertoire de références dans lequel il puise à qui mieux mieux, pour en retenir les formes et les textures dans des images trouvées qu’il accumule. Ce processus de travail de l’artiste est évoqué en fin de parcours dans l’exposition avec une table qui accueille pêle-mêle cette matière visuelle. Parmi les motifs de flore et de faune s’immiscent des vues d’oeuvres d’art contemporain et d’architecture. Le jeu d’associations formelles révèle et conçoit des liens entre ces domaines.

Dans la grande salle, sur des présentoirs, les créations de l’artiste se présentent comme des spécimens étudiés par les scientifiques ou exposés, dans un temps futur, dans des musées d’histoire naturelle. La survie de l’espèce humaine ne pourra pas se passer de la nature, et cette alliance n’a jamais semblé aussi menacée que maintenant. Ce constat donne une autre résonance au biomimétisme, domaine des sciences appliquées qui intéresse l’artiste pour sa façon de puiser dans la nature des solutions à des problèmes.

Fascination

C’est toute la fascination de Caron Lefebvre pour la nature qui transparaît dans ses réalisations. Les sculptures et les dessins en déclinent les formes complexes, en particulier le motif de la pointe qui s’effile en toutes sortes de dimensions. Les cartons mousses découpés et les papiers pliés explorent des configurations multiples et en apparence infinies. Sa palette de couleurs se fait vive et contrastée, alors que des surfaces iridescentes font la preuve répétée que ce phénomène bien naturel trouve son pendant artificiel dans plusieurs produits et matériaux fabriqués. Et quand le blanc caractérise certains groupes de sculptures, un éclairage coloré vient les unir au reste en plus de jouer sur la dimension scénographique bien présente dans l’expo.

La force de l’artiste est de brouiller la ligne de partage entre le trouvé et le fabriqué, ce qu’il fait en employant des techniques traditionnelles et récentes. Découpe au laser et manipulation numérique de l’image sont combinées à la céramique, au dessin et à l’origami, sans que l’une prime l’autre. Cette confusion des âges technologiques sert bien le propos de l’artiste qui, imprégné par des récits de science-fiction, imagine des sociétés du futur par métaphores formelles. Sur une des tables, un régiment de cônes noirs assemblés serrés suggère une vision dystopique ; seuls trois éléments irréguliers, blancs et tachetés de couleurs, laissent entendre une forme de dissidence.

Les collages situés dans la seconde partie de l’expo font partie des créations plus récentes de Caron Lefebvre. Là encore, des réalités a priori disjointes se retrouvent par un jeu de superposition et de juxtaposition qui ont cet effet persuasif de nous rendre encore plus attentifs aux moindres formes qui nous entourent et à leurs propriétés insoupçonnées.

Cycles

Philippe Caron Lefebvre, Maison de la culture Claude-Léveillé, jusqu’au 13 octobre.