Jim Carrey, esprit libre

Jim Carrey s’est remis au dessin ces dernières années.
Photo: Jim Carrey Jim Carrey s’est remis au dessin ces dernières années.

Il a prêté son corps aux imitations les plus diverses. Aujourd’hui, c’est derrière ses dessins et ses caricatures que Jim Carrey grimace à propos du monde. Des dessins qu’il publie presque chaque jour sur Twitter, et qui sont désormais réunis dans une exposition, This Light Never Goes Out : les dessins engagés de Jim Carrey, au Centre Phi de Montréal.

Bien qu’il soit canadien de naissance, l’acteur vit désormais à Los Angeles, et c’est l’actualité américaine qui retient en premier lieu son attention. Sa principale tête de Turc, c’est Donald Trump lui-même, à qui il envoie sans se gêner des pointes féroces. Sous un dessin de Donald Trump se triturant le mamelon devant un dessert à la crème glacée, il écrit : « Chère Smithsonian Portrait Gallery, je sais qu’il est tôt, mais j’aimerais vous soumettre cette oeuvre comme portrait officiel du 45e président des États-Unis, Donald Trump. Cela s’appelle Tu cries, je crie. Est-ce qu’on va arrêter un jour ? »

 
Photo: Centre Phi «Moron Motherlode», Jim Carrey

Une autre cinglante caricature montre la tête de la gouverneure de l’Alabama surmontant un corps de bébé. « Si vous avez à avorter, mieux vaut le faire avant que le foetus devienne gouverneur de l’Alabama », écrit-il.

« Petite vengeance »

Jim Carrey ne s’en cache pas, mettre ses dessins sur Twitter représente pour lui une « petite vengeance contre toute la cabale des pleutres de la morale qui jouent du coude pour vendre notre âme contre de l’argent, du pouvoir et bien sûr… DU PRESTIGE ». C’est ce qu’il explique dans le carton explicatif qui présente l’exposition. « Je ne déteste pas les gens que je dessine. Je déteste leur inconscience. Je les plains de penser qu’ils peuvent gagner en vendant leur âme pour un nom. J’ai envie de les secouer pour qu’ils se réveillent et comprennent à quel point on se sent bien de gagner en jouant juste. »

Ces dessins, qui sont disponibles gratuitement sur Twitter, le rendent plus libre.

Pour la directrice du Centre Phi, Phoebe Greenberg, l’usage de la caricature allait de pair avec le désir du centre de s’ancrer dans la vie sociale. Et le fait que ces caricatures se retrouvent sur Twitter est en accord avec la vocation technologique du Centre Phi, poursuit Myriam Achard, directrice des relations publiques et des communications du Centre Phi.

Jim Carrey a pratiqué le dessin enfant, et s’y est remis ces dernières années. Ceux présentés dans l’exposition défilent de manière chronologique, et on peut même y voir sur écran le Twitter du jour. Un autre écran fait également défiler les nouvelles qui mettent en contexte certains dessins de Carrey.

 
Photo: Sandra Larochelle L’exposition est présentée jusqu’au 1er septembre.

Dans les petits textes qui accompagnent ses dessins, l’acteur s’en prend souvent directement aux personnages représentés. De Paul Manafort, avocat qui a dirigé la campagne de Donald Trump, et qui a été inculpé en mars pour fraude, il dit « l’horreur ambulante qui se fait appeler Paul Manafort met son masque d’être humain pour une petite photo ». À propos de Steve Bannon, il parodie « je me nomme Steve Bannon et j’appuie Roy Moore au Sénat. Il est accusé d’avoir molesté une jeune fille de 14 ans mais au moins il n’est pas démocrate ! »

Parmi les drames qu’il dénonce, il y a notamment les tueries d’enfants dans les écoles, les changements climatiques, le traitement des immigrants par le gouvernement Trump, la libre circulation des armes.

Mais Carrey ne dessine pas que des gens qu’il désapprouve. Une section est consacrée à ceux qu’il admire. On y trouve un portrait de Robin Williams, dont l’esprit était, écrit-il « un ordinateur quantique », de Barack Obama, « je m’ennuie déjà de votre intelligence, de votre intégrité, de votre élégance et de votre humour », ou encore de la juge Ruth Bader Ginsburg. « Si la juge est en vie, la justice l’est aussi », écrit-il.

Le Centre Phi prévoit de recevoir la visite du célèbre comédien cet été.

This Light Never Goes Out : les dessins engagés de Jim Carrey

De Jim Carrey, au Centre Phi jusqu’au 1er septembre 2019