Souriez! Le Polaroid revient parmi nous

L’exposition présentée au Musée McCord se décline en huit salles présentant les photographies de différentes époques de divers photographes.
Photo: Marilyn Aitken L’exposition présentée au Musée McCord se décline en huit salles présentant les photographies de différentes époques de divers photographes.

Sur la couverture du magazine Life d’octobre 1972, on voit le Dr Edwin Land en train de prendre des photos d’enfants avec son Polaroid. Au-dessus, un titre : « A genius and his magic camera ».

Magie, c’est le mot qui convient pour décrire l’invention de la photographie Polaroid, des décennies avant l’invention du téléphone cellulaire doté d’une caméra. Symbole de l’instantanéité, ce petit appareil permettait de voir immédiatement la photo prise, voire de la donner aux personnes qui y figuraient.

L’entreprise Polaroid a fait faillite en 2009 et sa superbe collection de photos, récoltées auprès de grands photographes, a bien failli être disséminée aux quatre vents. Mais elle a été récupérée de justesse par le Massachusetts Institute of Technology (MIT), à Boston.

C’est dans le musée du MIT qu’est né le Projet Polaroid, une exposition de clichés pris avec cette petite machine, présentée cet été au Musée McCord.

Au milieu du XXe siècle, l’invention de l’appareil n’est rien de moins que révolutionnaire. D’abord, il avait pour effet de démocratiser la photographie, et il cristallisait l’instantanéité puisqu’on pouvait enfin voir la photo tout de suite après l’avoir prise.

Cette invention « avait un potentiel créatif extraordinaire », disait mardi la directrice du Musée McCord, Suzanne Sauvage. « Elle faisait de chacun de nous un artiste et un scientifique », ajoutait mardi Deborah G. Douglas, directrice des collections au Musée du MIT, également cocommissaire de l’exposition.

Pour William E. Ewing, fondateur de la galerie Optica, à Montréal, et ancien directeur du Musée de l’Élysée à Lausanne, l’émotion ressentie à travers l’utilisation du Polaroid se résume en un mot : « magie ».

Une empreinte au Québec

Auprès des clichés de Robert Mapplethorpe, d’Andy Warhol ou de Barbara Crane, le McCord a intégré ceux de trois photographes montréalais habitués du Polaroid : Benoit Aquin, Louise Abbott et Charles Gagnon.

L’exposition présentée au Musée McCord se décline en huit salles. Les photographies, prises à différentes époques par différents photographes, y ont été regroupées autour de différents thèmes. Dans la catégorie « Observations », on a réuni des oeuvres qui livrent la réalité sans fard. Les « mises en scène » présentent des scénographies plus étudiées, dont de magnifiques photographies de Guy Bourdin, prises pour Charles Jourdain, ou un portrait d’Alfred Hitchcock par Philippe Halsman. Les « contemplations » proposent tant des collages que des arrangements sériels.

Parmi les « configurations », où on détourne la photographie de la réalité, on trouve entre autres le travail sur la lumière d’Ellen Carey, dont la série Tirages innove en faisant de la photographie un art abstrait. Ses très grands clichés ont été pris à l’aide d’un appareil de très grande dimension. « On n’en trouve que cinq dans le monde », note-t-elle en entrevue.

L’exposition présente ailleurs des appareils Polaroid de différentes tailles, allant de l’appareil classique à des appareils, plus rares, de très grande taille.

Photo: Marilyn Aitken

Pour Benoît Aquin, qui a utilisé le Polaroid pour mener un projet sur la prostitution à Montréal, cet appareil était le seul permettant de mener à bien cette entreprise. Une fois le cliché pris, Aquin proposait en effet à son sujet d’écrire un mot sur la photographie.

Avec cet appareil, le SX70, il n’y a aucun négatif. « C’est un sujet tabou. Je ne voulais pas être moraliste, et ça permettait aux gens photographiés de s’approprier le dispositif, raconte-t-il. En fait, c’est un sujet cru, mais je les laisse s’exprimer comme ils veulent […]. Je n’aurais pas pu réaliser ce sujet-là avec un autre appareil, revenir faire écrire des choses. Ces gens-là disparaissent. Ils sont plus volatils que les autres sujets. »

Pour remettre l’objet physique de la photographie de Polaroid et son instantanéité à l’ordre du jour, le Musée McCord invite les Montréalais à apporter leurs propres photos Polaroids pour les présenter dans une installation. Déjà, des membres de 11 organismes ont apporté les leurs. On peut y voir des photos prises chez Eaton en 1965 comme d’autres, plus récentes.

Pour ceux qui ont envie de prendre de nouveaux clichés, le musée mettra gratuitement à la disposition des visiteurs des appareils pour quelques heures, et récoltera les fruits de ce prêt pour les joindre à l’installation.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait erronément que l'inventeur du Polaroid était le Dr Edward Palmer et qui citait erronément le titre en une du magazine Life d'octobre 1972, a été corrigée.

Le projet Polaroid - Art et technologie

Musée McCord
Du 13 juin au 15 septembre