«Omar Ba: vision partagée»: troublante Afrique actuelle

Omar Ba, «Afrique Now», 2015
Photo: Courtoisie de l’artiste et de la Hales Gallery Omar Ba, «Afrique Now», 2015

Le Sénégalais Omar Ba peint l’Afrique telle qu’il la vit, avec ses femmes courageuses, ses luttes intestines et sa corruption, ses jeunes qui trop souvent veulent vivre ailleurs à n’importe quel prix, mais aussi ses jeunes qui restent et qui portent l’espoir avec eux. Ses toiles de grand format, à l’esthétique magnifique et porteuse de messages ardents, font l’objet d’une exposition solo, Omar Ba : vision partagée, au Musée des beaux-arts de Montréal.

Déjà, une toile d’Omar Ba, Afrique, pillage, arbres, richesses, sur laquelle un lion semble poser en dictateur, avait été exposée au MBAM dans le cadre de l’exposition sur les liens entre Picasso et l’Afrique. Omar Ba : vision partagée propose cette fois un dialogue entre les oeuvres de Ba, qui témoignent autant des côtés sombres du pouvoir que de la jeunesse qui fera l’avenir de l’Afrique.

« C’est la première fois au Musée des beaux-arts de Montréal que l’on présente une exposition d’un artiste africain vivant », mentionne Mary Desmarais, commissaire de l’exposition.

La vision à la fois esthétique, globale et communautaire de Ba « crée un dialogue en accord avec la vision du musée. C’est une union idéale », poursuit-elle.

Les toiles regroupent des éléments d’« actualité et des éléments mythologiques, un bestiaire fantastique et des traditions de griots africains », relève Nathalie Bondil, directrice générale du MBAM.

Le message, quant à lui, est brûlant d’actualité. Sur une toile intitulée Afrique now, on peut voir plantés, sur le continent africain, les drapeaux de toutes les nations qui y font affaire, pas toujours pour le bien des populations locales.

À ce sujet, Omar Ba mentionne en entrevue comment les politiques du Fonds monétaire international empêchent des pays comme le Sénégal et le Mali de développer un mode d’agriculture autosuffisant, en les cantonnant dans les monocultures qui servent les intérêts étrangers. La toile Visa pour le terrorisme présente des jeunes tentés par l’aventure du terrorisme, surtout pour quitter leur terre d’origine, à l’aide de bateaux reflétés dans leurs lunettes noires.

La domination en dérision

Au cours des huit derniers jours, Omar Ba a travaillé jour et nuit à la création d’une oeuvre in situ, sur un mur érigé au milieu de la salle d’exposition du musée.

Cette oeuvre, intitulée La monnaie comme outil de développement, propose une réflexion sur la domination monétaire internationale.

« C’est une façon d’ironiser ; la monnaie devrait être un outil de développement, mais quand elle devient un frein au développement, là, c’est autre chose. On voit que la monnaie, le franc CFA [franc de la communauté financière africaine], est complètement subordonnée à l’euro. C’est une monnaie qui est censée être utilisée pour les pays de la communauté africaine, mais on sait que lorsqu’on passe d’un pays à un autre de la zone CFA, il faut changer de monnaie », dit-il en entrevue.

Une toile, qui représente sa mère et sa femme, rend hommage aux femmes, gardiennes du matriarcat, avant la colonisation et la conversion de l’Afrique au christianisme et à l’islam.

Mais malgré sa vive conscience des enjeux qui traversent l’Afrique, Omar Ba est confiant pour l’avenir.

« Je suis très, très optimiste », dit-il, mentionnant que le peuple est désormais mieux renseigné, grâce à Internet, et qu’il peut ainsi exercer davantage de pressions sur les gouvernements pour que les choses changent.

« Omar Ba semble s’être adouci ces deux ou trois dernières années, abordant des sujets plus positifs dans son oeuvre », écrit à son sujet Roger Malbert, dans un catalogue produit par la galerie Power Plant sur l’oeuvre de l’artiste. Omar Ba partage présentement son temps entre Dakar, au Sénégal, et Genève, en Suisse.

Cette exposition a d’abord été présentée cet hiver à la galerie Power Plant, de Toronto.

Omar Ba : vision partagée

Au Musée des beaux-arts de Montréal, du 30 mai au 10 novembre 2019