«Recorded Cargo»: les broderies insoumises d’Anna Torma

Anna Torma, «Question to Ask», 2019
Photo: Istvan Zsako Anna Torma, «Question to Ask», 2019
Au Belgo, à quelques pas de Projet Pangée, la production en vue d’Anna Torma mérite aussi qu’on s’y arrête. C’est la galerie Laroche / Joncas qui a récemment pris sous son aile l’artiste d’origine hongroise aujourd’hui établie à Baie-Verte, au Nouveau-Brunswick. Son isolement géographique a peut-être joué dans le fait que son travail a reçu une attention tardive ici, elle qui pratique son art depuis la fin des années 1980.

Jusqu’à tout récemment, le travail de Torma était peu visible au Québec. Il y a eu, en 2016, le 1700 La Poste qui a présenté de ses œuvres dans une exposition de groupe. L’été dernier, l’exposition Fait main / Hand made au Musée national des beaux-arts du Québec à Québec a joué un rôle encore plus déterminant en reconnaissant son travail, tout en le situant parmi ces pratiques où le faire artisanal en constitue à la fois la force critique et la cause d’un maintien dans la marge. Torma participe de l’héritage féministe, bousculant les hiérarchies de genres et de disciplines.

Datées de 2016, deux œuvres de la trempe de celles montrées à Québec se trouvent chez Laroche / Joncas. Des surfaces textiles accueillent une imagerie fournie et complexe du corps, qui manifeste, par la broderie et la couture, une forte insoumission aux conventions scientifiques. Ces œuvres volent quelque peu la vedette aux créations plus récentes. Caractérisées par leur épuration, elles tendent vers des représentations cosmogoniques, peuplées d’animaux. D’autres se présentent comme un réseau de fils abstraits déroutant toute lecture, une voie nouvelle qu’emprunte l’artiste.

Recorded Cargo

D’Anna Torma à la galerie Laroche / Joncas, 372, rue Sainte-Catherine Ouest, espace 410, jusqu’au 15 juin