«Phantom»: espèces menacées

Lorraine Simms, «Balaenoptera crane», 2019
Photo: Lorraine Simms Lorraine Simms, «Balaenoptera crane», 2019
Un rapport accablant déposé cette semaine par l’ONU parle d’un million d’espèces menacées. Lorraine Simms traduit à sa façon la préoccupation pour ce désastre planétaire dans une nouvelle série d’oeuvres qu’elle expose dans un solo à la galerie Deux Poissons (18 mai), ainsi qu’à la Biennale du dessin au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire (26 mai). L’artiste chevronnée a pendant un mois examiné des spécimens d’espèces menacées, ou vulnérables, conservées au Musée américain d’histoire naturelle de New York.

Les dessins au graphite qui en résulte tracent méthodiquement les pourtours des ombres portées et les silhouettes de figures animales (ossements, peau) que sont entre autres la baleine, l’ours polaire et le loup. La précision du dessin dit le temps long investi par l’artiste en présence de ces modèles observés dans un contexte d’accès limité, qui a donné à l’expérience un caractère sacré. Les spécimens en question, raconte l’artiste, étaient vieux de 100 ans, dans une position loin de dioramas exposés au public, dans lesquels la mise en scène des animaux empaillés fait oublier leur fragilité.

Les couches maintes fois appliquées pour obtenir des gris plus profond évoquent les strates temporelles qui nous séparent de ces êtres tout en les faisant apparaître dans le présent ; leur qualité spectrale saisit fortement. En réponse au déclin de la biodiversité dont le rythme s’accélère et qui somme d’agir vite, Simms ne compte pas s’arrêter ; elle ajoutera d’autres spécimens à sa série de dessins, un geste où se mêlent espoir, respect et gravité.

Phantom

Lorraine Simms, galerie Deux Poissons, 372, rue Sainte-Catherine O. espace 414, jusqu’au 18 mai. Et à la Biennale du dessin, au Musée des beaux-arts de Mont-Saint-Hilaire, jusqu’au 26 mai.