Yoko Ono et l’art dont vous êtes le héros

Yoko Ono, aux côtés de son «Play It by Trust», dans le jardin de la LongHouse Reserve
Photo: Studio One Yoko Ono, aux côtés de son «Play It by Trust», dans le jardin de la LongHouse Reserve

Son défunt mari, l’illustre John Lennon, disait d’elle qu’elle était la plus « célèbre artiste inconnue du monde ». Pourtant, depuis ses toutes jeunes années, Yoko Ono n’a jamais cessé de créer. Artiste multidisciplinaire avant la lettre, elle évolue, dès les années 60, en phase avec le mouvement d’avant-garde Fluxus, en cinéma, en musique, en arts visuels, en littérature.

Publié en 1964, son recueil de poésie, Pamplemousse, pose déjà les bases de l’art conceptuel, dont elle sera précurseure. « Tout objet est un événement, et tout événement a une qualité d’objet », disait-elle.

En 2018, octogénaire, elle lançait son dernier disque, Warzone, qui revisitait entre autres certains titres d’un album de 1985, Starpeace.

Ce printemps, la Fondation Phi propose l’exposition Yoko Ono. Liberté conquérante. La première partie est consacrée aux Instructions de Yoko Ono, et regroupe des oeuvres réalisées au cours des six dernières décennies. « Depuis le début de sa pratique, Yoko Ono créée des oeuvres qui donnent des instructions aux visiteurs. Et certaines instructions sont très poétiques. Par exemple, en 1955, elle a fait Lighting Piece, une oeuvre dans laquelle elle demande au visiteur d’imaginer qu’il allume une allumette. Elle ne lui demande pas de réellement allumer une allumette, mais d’imaginer qu’il en allume une et qu’il la laisse brûler jusqu’à la fin », explique Cheryl Sim, commissaire de l’exposition de Montréal et amie de Yoko Ono.

« Les oeuvres sont basées sur un texte au mur. Le visiteur formule une image dans sa tête en suivant les instructions. »

Certaines oeuvres sont plutôt des installations participatives. On y retrouvera, par exemple, l’oeuvre Ceiling Piece, par laquelle John Lennon et Yoko Ono se sont rencontrés, à la galerie Indica de Londres, en 1966. On y trouve un escabeau. « On monte dans l’escabeau, on va jusqu’en haut. Puis, avec l’aide d’une loupe, on peut voir un petit mot qui est écrit [en tout petit] sur un tableau au plafond », raconte Cheryl Sim. Ce mot, écrit à l’encre de Chine, est « yes ».

Avec l’oeuvre Debout, Yoko Ono a sollicité le témoignage de Montréalaises, trois mois avant l’ouverture de l’exposition. « Femmes de tous âges, écrivait-elle. Vous êtes invitées à transmettre un témoignage d’un tort qui vous a été fait parce que vous étiez une femme. »

La seconde partie de l’exposition s’intéresse aux oeuvres collaboratives de Yoko Ono et John Lennon. On y célèbre le 50e anniversaire du fameux bed-in, organisé par Yoko Ono et John Lennon fraîchement mariés, à l’hôtel Le Reine Elizabeth, à Montréal, qui a donné lieu à l’enregistrement du hit Give Peace a Chance. « C’est une partie de l’exposition qui est plus historique », dit Cheryl Sim. Le Fondation Phi a notamment récolté des témoignages de Montréalais qui ont participé à l’époque à l’événement.

Rappelons que John Lennon et Yoko Ono avaient célébré un premier bed-in, en 1969, à Amsterdam, notamment pour protester contre la guerre du Vietnam. Le couple avait décidé de renouveler l’expérience à New York, mais Lennon n’était pas autorisé à séjourner aux États-Unis en raison d’une arrestation pour possession de cannabis. C’est donc dans la chambre 1742 du Reine Elizabeth de Montréal que le couple tiendra un bed-in de huit jours. Yoko Ono est pour sa part revenue à Montréal en 2009, alors que le Musée des beaux-arts de Montréal présentait une sélection de ses oeuvres.

En prévision de l’exposition, «Le Devoir» a envoyé quelques questions par écrit à Yoko Ono.

Quel est, selon vous, le courant qui a eu le plus d’influence sur l’art visuel du XXe siècle ?
Je pense que tous les artistes ont contribué avec leur travail.

L’une des œuvres que vous exposez à Montréal explore l’abus envers les femmes. Est-ce que vous croyez que le mouvement #MoiAussi aura un impact à long terme sur ce type d’abus ?

Oui, bien sûr. Il est temps qu’on en discute publiquement.

Que pensez-vous de la place des femmes dans le monde des arts visuels ? Est-ce que votre carrière aurait été différente si vous aviez été un homme ? Comment ?

Oui, cela aurait été absolument différent si j’avais été un homme. C’était très difficile, et ça l’est encore, d’être ce que l’on veut être lorsqu’on est une femme dans cette société. Même aujourd’hui, lorsque j’y pense, lorsque je me rappelle des souvenirs, cela me met en colère.

Est-ce qu’il y a des aspects de vous-mêmes que vous ne livrez pas dans l’art ?

J’aimerais dire qu’il n’y a rien que je ne donne pas dans l’art, mais ça n’est pas vrai. Nous sommes tous, toujours, en prison.

Quelle est la pièce que vous préférez dans cette exposition ?

J’aime dire que j’apprécie toutes les œuvres que j’ai faites, parce que c’est la vérité.

Comment qualifieriez-vous la situation de la paix dans le monde ?

Cela va arriver très, très bientôt.

Votre travail récent est très inspiré par la musique. Est-ce que vous avez d’autres projets ? Dans quelle discipline artistique êtes-vous plus engagée présentement ?

J’ai toujours été engagée autant dans la musique que dans l’art visuel. C’est probablement parce que mon père m’a fait faire de la musique à partir de l’âge de trois ans.

 

Yoko Ono: Liberté conquérante

À la Fondation Phi pour l’art contemporain, du 25 avril au 15 septembre