«Les bons voisins»: l’harmonie dans le brouhaha

Vue de l’exposition «Les bons voisins» à la galerie FOFA de l’Université Concordia
Photo: Guy L’Heureux Vue de l’exposition «Les bons voisins» à la galerie FOFA de l’Université Concordia

Ils ne sont ni trois ni même quatre, mais bien douze, parfois treize. Ces mousquetaires de l’image ne défendent la maison d’aucun roi et font même le contraire. Chez ce collectif de photographes baptisé Outre-vie/Afterlife, les murs sont poreux.

L’actuelle exposition à la galerie FOFA de l’Université Concordia — l’établissement universitaire est le dénominateur commun aux membres du groupe — appelle au mélange et à la cohabitation de la différence. Avec Outre-vie, une expo (ou un film ou un livre) a toujours l’air d’une déclaration de principes et celle-ci, intitulée Les bons voisins, ne fait pas exception.

Il y a panoplie d’images (chaque artiste y va de sa contribution), disparité des genres (entre document, fiction, photomontage…), absence d’évidences. Pourtant, Les bons voisins forme un tout pratiquement indissociable, tant chaque morceau semble avoir été minutieusement placé dans la séquence.

Collectif de photographes, expo de photographie ? Oui et non. En fait, pas seulement de photos. Le bon voisinage chez ces artistes de l’image s’exprime par l’intégration d’oeuvres 3D, d’objets trouvés, de textes, de sons et d’installations en réalité virtuelle. Les jeux d’associations et d’influences des uns vers les autres conduisent nécessairement à la transformation de leur pratique.

Raymonde April, fondatrice du groupe, expose ainsi une série d’aquarelles au titre explicite (Onze études de paysage achetées à Chor Bazaar, Mumbai, en 2014, signées [onze noms]). Dans un geste à la fois d’appropriation et d’humilité, l’artiste offre une sorte d’abrégé d’Outre-vie : une diversité de points de vue autour d’un projet commun.

Chacun des douze exposants s’approprie une vaste idée. Chih-Chien Wang et Katie Jung font dans la collecte (d’objets), Andrea Szilasi et Lise Latreille en transforment la matière recueillie. D’autres observent la transformation (Jinyoung Kim), la vivent même (Velibor Bozovic).

Photo: Guy L’Heureux

Les va-et-vient dans l’espace et dans le temps épicent l’expo. « On atous un peu des doubles vies […], un pays d’origine qu’on a laissé, ou un pays de plaisance où on s’invente une autre vie. Dans le travail de chacun, il y a cette idée de distance, de projection sur l’avenir, de retour sur la mémoire. C’est la vie après la vie », lit-on dans le feuillet imprimé pour l’occasion.

L’installation de réalité virtuelle La chambre aux ectoplasmes, signée Jacques Bellavance, magnifie cette double — ou multiple — existence. Les images projetées, comme tirées d’outre-tombe tant elles demeurent peu nettes, donnent à voir une salle à manger entourée de portes ouvertes vers le néant.

De Mumbai à Montréal

Outre sa salle et sa boîte noire, la galerie FOFA possède une vitrine qui donne sur le corridor intérieur du pavillon d’ingénierie, d’informatique et d’art visuels. Habituellement, cette vitrine sert à exposer d’autres artistes que ceux en salle. Pas cette fois.

Le prolongement des Bons voisins jusque dans le corridor permet de déployer le projet How Many Seas, qu’Outre-vie avait conçu pour l’Inde (à Mumbai, en 2017). Le recyclage d’images prend ici une nouvelle dimension.

Photo: Guy L’Heureux

Affichées jadis dans l’espace public et désormais derrière une paroi vitrée, les photos gagnent en ambiguïté. Reflets aidant, ou malgré eux. L’occupation d’un lieu, exercice de vaste ampleur dans la version indienne de How Many Seas, prend des airs de mise en boîte. Choc culturel hier, distance muséale aujourd’hui.

Au-delà de la volonté de réinterpréter et de reformuler une oeuvre, ou un ensemble d’oeuvres, cette quatrième exposition en sol québécois du collectif est un bel appel au vivre-ensemble. À l’opposé du célèbre film d’animation Les voisins de Norman McLaren, qui dénonçait guerres et divisions par le biais d’un récit violent, Les bons voisins bâtit dans l’harmonie et l’éclectisme.

Les bons voisins

Du collectif Outre-vie/Afterlife. À la galerie FOFA, 1515, rue Sainte-Catherine Ouest, Montréal, jusqu’au 5 avril.