«Aquarelle»: la variable aquarelliste

Vue de l’exposition «Aquarelle»
Photo: Galerie McClure Vue de l’exposition «Aquarelle»

L’aquarelle est un art beaucoup plus varié que ce que l’on pourrait croire. Elle peut aboutir en des oeuvres riches en couleurs, comme des noir et blanc. Des petits formats, comme des installations qui vont bien au-delà du cadre. Des pièces uniques, comme des variations sur un même thème.

L’exposition « Aquarelle » — notez les guillemets —, à la galerie McClure, aborde en toute simplicité cette étendue. Dix artistes en font partie et un onzième, Michael Merrill, assume le rôle de commissaire. Selon lui, par sa transparence si caractéristique, contrairement à la gouache, opaque, l’aquarelle « expose la pensée de l’artiste ».

Aquarelliste lui-même, Merrill a fait preuve de retenue et n’expose ses idées qu’à travers celles des autres. Il faut dire qu’au même moment, à la galerie Lambert-Bellemare, une expo intitulée Aquarelles (sans les guillemets, et au pluriel) présente des oeuvres de Merrill aux côtés de celles d’autres artistes.

Sous ce si distinctif « Aquarelle », il y a l’idée qu’il est finalement difficile de définir cette technique. Les seuls points communs d’un artiste à l’autre seraient les matériaux : « Une combinaison de pigment, de gomme arabique, d’eau, de suie, de colle et de papier », écrit le commissaire dans son texte de présentation.

L’expo s’appuie sur deux plus que classiques « aquarelles sur papier », oeuvres d’Henri Michaux (1899-1984) et de Goodridge Roberts (1904-1974). Ce clin d’oeil historique sert à établir les deux pôles entre lesquels naviguent les aquarellistes actuels. Michaux, c’est la voie abstraite ou imaginaire, ou « vision intérieure », Roberts, le paysage réel, ou « vision extérieure ».

Fluide et imprévisible

Les huit artistes actifs qui forment le noyau dur de l’expo titillent l’une ou l’autre des deux manières, voire les deux. Or, l’expo ne s’empêtre pas dans une démonstration fastidieuse de ces écoles de pensée. La présentation dans les deux espaces de la galerie est fluide et en même temps imprévisible, comme l’aquarelle finalement.

Les dessins pratiquement imperceptibles de Karilee Fuglem et les constructions pointillistes au pigment « sec » de Marie-Claire Blais se suivent, et pourtant… Ce sont deux explorations du papier totalement différentes, dont on ne nous donne à voir que deux exemples.

La grande salle de la galerie réunit des séries plus longues, avec bonheur, notamment en ce qui concerne les suites narratives et hautes en couleur de Pierre Dorion et d’Yves Tessier. Deux corpus bien distincts : l’urbanité selon le style hyperréaliste de Dorion suit un tracé précis et frontal ; les scènes intérieures et intimes chez Tessier sont teintées d’onirisme et de zones plus vagues.

Si les grands panneaux de Jim Holyoak et de Matt Shane se démarquent par leurs compositions uniquement en noir et en blanc, c’est l’ambiguïté du résultat qui vaut leur présence. Il y a un va-et-vient fascinant entre le motif de la nature et le regard introspectif, ou entre les visions extérieure et intérieure dont parlait le commissaire.

Intercalés au travers ou près de Shane et de Holyoak — deux artistes qui à l’occasion travaillent en duo —, Sky Glabush et Catherine Bolduc mélangent aussi, à leur manière, le réel et l’imaginaire, le personnel et l’universel.

Le portrait Précipices et l’installation La femme dans la lune (la table de l’explorateur), tous deux de Bolduc, terminent de manière magistrale le parcours. La touche fantastique et féministe propre à l’artiste prend de l’ampleur, surtout dans le cas de la seconde pièce : une étendue horizontale et un ton documentaire, cartes lunaires à l’appui.

Cet aspect scientifique (ou sérieux ?) ne laisse pas moins ouverte la porte à l’exubérance. Et la magie, telle que ces sphères vitreuses dont on ne peut deviner ni l’origine ni la fonction.

« Aquarelle »

À la galerie McClure, 350, avenue Victoria, jusqu’au 30 mars