Nouvelle vision du MNBAQ sous la direction de Jean-Luc Murray

Jean-Luc Murray est le premier directeur du MNBAQ en 25 ans, si ce n’est davantage, à ne pas avoir un passé de conservateur.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Jean-Luc Murray est le premier directeur du MNBAQ en 25 ans, si ce n’est davantage, à ne pas avoir un passé de conservateur.

Faire rêver, à nouveau. Jean-Luc Murray arrive à la tête du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) avec la ferme intention de relancer l’établissement public sur les rails d’une nouvelle grande aventure. Elle reste à définir, mais rien ne semble plus beau au successeur de Line Ouellet que de réinventer la roue.

« J’ai accepté le mandat, dit-il lors de sa première entrevue depuis sa nomination en novembre, parce que le conseil d’administration ne cherchait pas le statu quo. Il cherche quelque chose. Quoi ? Ce n’est pas exprimé clairement, mais on a aimé mon enthousiasme à l’idée de tenter l’aventure. »

Quelque part entre l’établi et l’inconnu. Entre le « tumulte immobilier » d’hier — ce sont ses mots pour évoquer le pavillon Lassonde, inauguré en 2016 — et le rêve de demain. Ou entre le savant et le populaire. Pris dans d’inévitables entre-deux, le MNBAQ doit trouver un juste équilibre, dit son nouveau directeur général.

« Si on veut avoir l’air intelligent, on parle de concaténation, [sinon] c’est simplement la chanson Trois petits chats. » C’est par cette comparaison, citée pour évoquer le travail de l’historien de l’art Jean-Hubert Martin, que Jean-Luc Murray a révélé toute sa personnalité. Sa tâche sera de placer le MNBAQ entre les pôles intellectuel et émotif.

« On ne sait pas exactement ce qu’on veut faire, mais ce que je dis, c’est que ce n’est pas normal qu’un visiteur sorte d’un musée sans avoir été confronté, séduit, désarçonné », estime-t-il.

Directeur atypique

Jean-Luc Murray est le premier directeur du MNBAQ en 25 ans, si ce n’est davantage, à ne pas avoir un passé de conservateur. Artiste de formation, le natif de Charlevoix a néanmoins occupé de multiples fonctions dans de multiples musées québécois. Il se qualifie lui-même de « fier produit de la muséologie ». C’est dans les services d’éducation, notamment au Musée des beaux-arts de Montréal (2009-2016), qu’il a fait sa réputation.

Pour un directeur, son profil « est assez atypique », reconnaît celui qui a quand même dirigé le Musée de Charlevoix entre 2007 et 2009. « C’est probablement [une conséquence] de la volonté des musées de rendre plus accessibles les oeuvres », juge-t-il au sujet de sa propre nomination.

Le nouvel homme fort du MNBAQ n’obtient pas carte blanche, puisqu’un « plan stratégique » court jusqu’en 2022. Dans le dernier rapport annuel, la présidente du conseil d’administration, Christiane Germain, évoque même l’occasion de « voir loin et grand ».

Ce musée sera aussi enthousiasmant que ce que les équipes ont dans le ventre. Après le tumulte du projet immobilier, il faut les remettre dans un état de rêver.

Le budget du musée d’État tourne autour de 20 millions de dollars. S’il concède que le MNBAQ n’est pas riche, M. Murray a été rassuré par le crédit que le nouveau gouvernement caquiste lui accordera lors du prochain budget. « On ne saute pas au plafond, mais on est satisfaits », confie-t-il.

Jean-Luc Murray a compris le plan stratégique comme celui de se diriger vers « un musée citoyen, inclusif, un lieu de vie ». Après le chantier autour du pavillon Lassonde, place au « chantier humain ». « On est dans la phase où il faut humaniser le musée. Le premier humain dont on doit s’occuper, ce sont nos employés », dit-il, reconnaissant par là l’essoufflement auquel a été poussé le personnel.

S’il évoque du bout des lèvres la suppression de postes pendant le chantier du pavillon Lassonde, il assure être désormais dans un processus d’embauche. Deux semaines après l’entrevue, le MNBAQ annonce en effet chercher notamment deux nouveaux directeurs (à la médiation et expérience des visiteurs et aux communications et marketing). En tout, précise M. Murray, « une dizaine de postes sont à pourvoir ».

Ingrédient secret à trouver

Ambitieux, Jean-Luc Murray ne prétend pas arriver avec ses gros sabots. Il préfère d’ailleurs se présenter comme un collègue plutôt que comme un patron. Il tend la main et l’oreille, valorise la communication. C’est avec tous les employés que le MNBAQ se redéfinira.

« Ce musée sera aussi enthousiasmant que ce que les équipes ont dans le ventre. Après le tumulte du projet immobilier, il faut les remettre dans un état de rêver. »

Les défis ne manquent certes pas. Le directeur général veut trouver « le dénominateur commun » avec les gens de la conservation, donne-t-il en exemple. Sinon, il manque un « petit ingrédient secret », celui qui poussera plus loin le musée.

« Notre force d’attraction pour l’instant n’est pas sur nos collections, elle est sur notre savoir-faire et nos bâtiments. À un moment donné, on aura l’ingrédient supplémentaire et ce sera la personnalité du musée », dit-il, dans son langage imagé, lorsqu’on le questionne sur ses visées internationales.

Le directeur ne donne pas de détails sur les collaborations futures avec l’étranger, sinon que ses récentes visites à Dallas et à Paris sont liées à de « bonnes idées ». Il faut préciser que la programmation est déjà ficelée jusqu’en 2021. Le prochain gros morceau s’intitule Miró à Majorque. Un esprit libre, prévu pour l’été et issu d’une collaboration avec la fondation du peintre catalan.

Ludique, surprenant, inclusif… Dans la bouche de Jean-Luc Murray, ces mots font la qualité d’une exposition et de sa muséographie. Sans avoir de projets précis d’expositions — ou sans vouloir encore les dévoiler, qui sait ? —, il mise sur le mélange des genres, les rapprochements inusités entre, par exemple, un objet ethnographique et un tableau abstrait. Ce qu’il a vu ces derniers mois en Europe, à La Piscine, musée de Roubaix, près de Lille, au Musée de la chasse et de la nature, à Paris, ou encore au Musée d’ethnographie de Neuchâtel, lui donne raison.

Il assure ne pas vouloir changer la mission du MNBAQ, mais sait qu’il faut ouvrir davantage ses portes à des arts moins soutenus. La nouvelle exposition tirée des collections — 350 ans de pratiques artistiques au Québec — fait le constat d’un musée peu représentatif des diversités.

« Il faut moins aller dans le collectionnement classique d’artistes reconnus. Ça change la posture du musée, qui sera moins dans la validation, davantage dans un discours de découvreur, d’explorateur », affirme Jean-Luc Murray.