Décès de Louis Belzile, dernier des Plasticiens

Photo de groupe prise lors d’une exposition de l’Association des artistes non figuratifs de Montréal, organisée au printemps 1957 au YMCA, vue à l’exposition «Hommage aux premiers Plasticiens» tenue à la galerie Simon Blais en 2005. Au premier rang: Louis Belzile, à gauche, et Fernand Toupin, à droite.
Photo: Galerie Simon Blais Photo de groupe prise lors d’une exposition de l’Association des artistes non figuratifs de Montréal, organisée au printemps 1957 au YMCA, vue à l’exposition «Hommage aux premiers Plasticiens» tenue à la galerie Simon Blais en 2005. Au premier rang: Louis Belzile, à gauche, et Fernand Toupin, à droite.

Un chapitre de l’histoire de l’art québécois vient de prendre fin, avec le décès, le 12 février, de Louis Belzile. Âgé de 89 ans, le peintre et sculpteur natif de Rimouski, formé à Toronto et à Paris, était le dernier survivant du premier groupe des Plasticiens.

Avec Jauran (1928-1959), Jean-Paul Jérôme (1928-2004) et Fernand Toupin (1930-2009), Belzile a formé un groupe dont le fait d’armes aura été la publication, en 1955, du Manifeste des Plasticiens.

À noter que d’autres artistes dits plasticiens, sans manifeste, prendront le relais de la peinture géométrique et chromatique. De ceux-là, associés à l’illustre Guido Molinari, survit Claude Tousignant (né en 1932).

Au moment du Manifeste des Plasticiens, l’art abstrait du Québec est en pleine expansion. Le quatuor plasticien y contribue, à l’instar de la galerie L’Actuelle, ouverte la même année par Molinari. En 1956, Belzile, Jauran, Jérôme et Toupin figurent parmi les fondateurs de l’Association des artistes non figuratifs de Montréal.

« Les Plasticiens s’attachent […] aux faits plastiques : ton, texture, couleurs, formes, lignes, unité finale qu’est le tableau, et aux rapports entre ces éléments », lit-on dans le document de 1955. Le manifeste paraît sept ans après celui des automatistes de Paul-Émile Borduas, Refus global.

 
Photo: MACM Louis Belzile, «Méditation sur le bleu», 1958

Sous la plume de Jauran, pseudonyme de Rodolphe de Repentigny, critique de La Presse, les Plasticiens appellent à l’intuition, « unique forme de vérité », et s’inscrivent dans l’histoire de la peinture, notamment celle de Piet Mondrian. Ils concèdent que leur « solution » est redevable de la « révolution amorcée par Borduas », qualifiée cependant de « germinale ».

Compositions géométriques, angles droits, cercles tronqués, champs de couleur bien francs… La peinture de Louis Belzile, dans les années 1950, est empreinte de ces manières. La touche est moins lyrique que dans la peinture automatiste, mais le geste demeure palpable.

Encore actif à un âge avancé, Louis Belzile a peu suscité l’attention après les années 1960, en s’éloignant des principes plasticiens. Il a néanmoins eu droit à sa rétrospective, en 1996, au Musée du Bas-Saint-Laurent.

« Comme chez Mondrian, la peinture de Belzile s’appuie sur un goût de l’ordre. La filiation entre formes et valeurs morales […] le contraindra à toujours organiser son travail selon une formulation plastique contrôlable », avance Charles Bourget, dans la publication de la rétrospective Ordre et liberté.

Présent dans les collections des musées d’État, Belzile a eu droit de cité dans de récentes expositions historiques : Les Plasticiens (2005), au Musée des beaux-arts de Sherbrooke, La question de l’abstraction (2012), au Musée d’art contemporain de Montréal, et Les Plasticiens et les années 1950-1960 (2013), au Musée national des beaux-arts du Québec.

Louis Belzile a travaillé dans la fonction publique, au ministère de l’Éducation, jusqu’en 1985. Et en 2005, c’est à la peinture qu’il a mis fin.

« Il m’avait alors confié que le feu sacré de la création l’avait abandonné, confie sa fille, Céline Belzile. Il ne savait plus comment avancer vers de nouvelles expérimentations et décida de tout arrêter. Mon père regardait toujours en avant. »

Un hommage lui sera rendu le 2 mars, lors d’une cérémonie au complexe funéraire Yves Légaré de LaSalle. Pour honorer sa mémoire, la famille invite les gens à faire un don, soit au Musée du Bas-Saint-Laurent, soit au Musée d’art contemporain de Montréal.