Nature, urbanité et autres lieux à revoir

«Study for Fallen Warrior: Annie», Kent Monkman, 2018
Photo: Pierre-François Ouellette art contemporain «Study for Fallen Warrior: Annie», Kent Monkman, 2018

De la précarité des écosystèmes à l’empreinte humaine sur le territoire, les enjeux environnementaux teinteront les programmations dans les centres d’artistes et galeries. Faut-il s’en surprendre ? Sans doute pas. Faut-il s’en réjouir ? Sur le plan de la création, oui, malgré tout.

La première bonne nouvelle, c’est le retour de Diane Morin. L’auteure d’installations cinétiques et de théâtres d’ombres aime se fait rare. La revoilà au centre Oboro avec un projet mêlant animation, procédés informatiques, imagerie médicale. Le « projet-laboratoire » États provisoires (Vertebrata) parle d’évolution, de fragmentation, d’assemblage, tout ça « en lien avec l’idée de la préservation d’une expérience de la nature ». À compter du 2 février.

Plus alarmiste, Juan Ortiz Apuy reproduira, au centre Optica, la fragilité de l’écosystème dans lequel vivent des fleurs tropicales, en particulier l’orchidée. L’exposition La Guaria Morada ne lésinera pas sur les moyens avec la présence d’humidificateurs et de déshumidificateurs et servira de métaphore à un autre système fragile, celui de l’art. À compter du 19 janvier.

Le paysage est indissociable de l’histoire de l’art canadien, et notamment de la pratique photographique. Au centre Artexte, la commissaire Karla McManus propose de revoir cette histoire en scrutant les transformations du territoire. L’exposition Inside/Outside : images du territoire pose une question : se place-t-on devant ces photos en regardeur neutre (et passif) ou critique ? À compter du 6 février.

Parmi les autres expositions portées à observer la nature et à interroger notre présence, soulignons le projet photographique de Marie Jeanne Musiol autour de la dimension holographique de la flore (galerie Pierre-François Ouellette, dès le 26 janvier), et celui en grands formats de Geneviève Cadieux autour du désert (galerie René Blouin, dès le 16 mars).

Urbanité

L’urbanité et les regards critiques ne seront pas en reste. Au Centre de design de l’UQAM, les friches industrielles et sites abandonnés de Montréal font l’objet de photos et dessins issus d’une quête de la professeure Carole Lévesque. L’exposition La précision du vague, qui dresse une sorte d’« atlas du terrain vague », projettera une autre image de ces lieux méprisés. À compter du 7 février.

Lucie Rocher a aussi erré, mais dans des chantiers et autour de « bricolages » urbains japonais. Ses photos, qui révèlent autant « ce qui a fonctionné » que « ce qui a peut-être échoué » avec des constructions tangibles ou simulées, seront à l’honneur au centre Occurrence. À compter du 17 janvier.

Le duo formé de Mathilde Forest et Mathieu Gagnon s’inscrit dans cette même démarche. Ses images et impressions 3D, qui parlent autant de métamorphoses urbaines que de patrimoine architectural, seront présentées à la Maison de la culture Plateau-Mont-Royal. À compter du 15 mars.

Parmi les autres artistes qui puisent dans l’errance, les souvenirs et l’observation de l’environnement, notons Victor Yudaev, auteur non pas d’images, mais d’objets hétéroclites (centre Diagonale, dès le 18 janvier), ou encore Olya Zarapina, dont une installation photo-film fait de l’édifice Belgo le sujet (centre Skol, déjà en cours).

 
Photo: Skol Olya Zarapina, «H3B 1A2», 2019

C’est au centre Expression de Saint-Hyacinthe qu’il faudra se rendre pour une implosion de technologie, d’images et de sons inspirés par notre monde sans cesse en transformation. Puisant entre autres dans le monde des algorithmes et des drones, François Quévillon met en place des espaces à la fois sensés et chaotiques. L’exposition Manoeuvrer l’incontrôlable est signée Eric Mattson, commissaire réputé en art audio. À compter du 9 février.

Lieux fermés ?

Ni ancrés en milieu naturel ni en milieu urbain, d’autres projets de cette nouvelle saison explorent la notion d’un lieu, ou d’un tout, non sans en pointer les irrégularités. L’exposition Espace sans espèces de Karine Payette, à la Maison des arts de Laval, semble en être l’archétype. Connue pour ses installations incongrues, l’artiste se penche cette fois sur le non-sens des habitats artificiels pour animaux (zoos, animaleries, cirques…). À compter du 17 février.

 
Photo: François Quévillon François Quévillon, «Conduite algorithmique», 2018

Décloisonnement d’un tout et rapport d’échelle entre deux espaces sont au coeur d’une exposition des galeries Roger Bellemare et Christian Lambert. Présentée en 2018 à Tokyo, elle entremêle la peinture de Jérôme Bouchard et la sculpture de Mathieu Gaudet. L’échelle des choses parle du proche et du lointain, tout comme elle incite au déplacement et à une nouvelle compréhension des disciplines. À compter du 2 mars.

Février, c’est le mois du Mois Multi, le festival de Québec voué aux arts électroniques et numériques. Vingt ans que ça dure. Un projet inusité, intitulé Infiltrations, a été mis en place pour la 20e édition. Il s’agit d’une rencontre interdisciplinaire (musique, arts visuels, métiers d’art) entre trois artistes qui se manifestera par des installations low-tech disséminées dans le complexe Méduse. L’antre du Mois Multi sortira de sa banale normalité. À compter du 24 janvier.

Parmi les autres propositions appelées à observer des réseaux, quitte à les corrompre, soulignons le travail photo de Jo-Anne Balcaen décortiquant le milieu de l’art new-yorkais, y compris ses coulisses (centre Optica, dès le 13 avril), ou les tableaux d’inspiration historique de Kent Monkman, qui scrute les internats du gouvernement canadien où l’on enfermait les Autochtones (galerie Pierre-François Ouellette, dès le 14 mars).

Capital, le temps

La Galerie de l’UQAM a fini l’année 2018 en portant aux nues, avec justesse, la révolte — l’exposition Soulèvements. Voilà qu’elle entame l’année 2019 dans le même esprit rebelle (et salutaire) avec une autre manifestation collective rassemblant des artistes d’ici (le duo Jean-Maxime Dufresne-Virginie Laganière, notamment) et d’ailleurs (Harun Farocki, par exemple). L’expo L’attente, portée par « un potentiel subversif et de résistance », porte un regard critique sur le capitalisme et ses notions du temps, du travail, de la productivité. Jadis au CCA, Fabrizio Gallanti en est le commissaire. En cours jusqu’au 23 février.