Cinq expos à ne pas manquer cet hiver

Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté (1869 –1937), «Nu agenouillé vu de profil ou Muse endormie», 1921
Photo: Jean-François Brière MBAM Marc-Aurèle de Foy Suzor-Coté (1869 –1937), «Nu agenouillé vu de profil ou Muse endormie», 1921

Les arts contemporain et moderne sont à l’honneur dans les musées cet hiver et ce printemps. Voici un survol d’expositions à surveiller, dont plusieurs s’intéressant à la culture autochtone.

1. Paul Klee. La collection Berggruen du Metropolitan Museum of Art, Musée des beaux-arts du Canada.Tout comme Picasso et bien d’autres modernes, Klee a su dialoguer avec des formes d’art et des motifs perçus comme étant primitifs, sans que cela soit interprété pour autant comme étant négatif. Vu par les nazis comme un artiste dégénéré, il a su développer un art inspiré par la spontanéité de l’enfance et qui avait un fond ironique ainsi que sarcastique. Plus de 70 dessins, aquarelles et huiles sont à l’affiche à Ottawa. Jusqu’au 17 mars. Toujours au MBAC suivra une autre grande exposition, dès le 24 mai, portant sur les portraits de Gauguin, dont plusieurs réalisés en Polynésie, région du monde qui inspira l’artiste français.

2. Le modèle dans l’atelier. Montréal 1880-1950. Nouvelles acquisitions, Musée des beaux-arts de Montréal.Le nu fut souvent censuré dans les écoles d’art et dans les expositions au pays. Dans les années 1940, Alfred Pellan se querella avec Charles Maillard, alors directeur de l’École des beaux-arts de Montréal, à propos d’un nu qui aurait été provocant, poussant Pellan à obtenir la démission du bien-pensant censeur. Pour que l’on puisse juger du niveau de libertinage de cette époque, le conservateur Jacques Des Rochers nous dévoilera des nus nouvellement acquis par le MBAM, dont six réalisés pas des femmes. À voir dès le 29 janvier. Au MBAM, il faudra aussi se rendre pour Thierry Mugler. Couturissime, dès le 2 mars. Après les expositions sur Yves Saint Laurent en 2008 et Jean-Paul Gaultier en 2011 et 2017, voici le temps de la rétrospective des créations du couturier Mugler.

 
Photo: Kent Monkman Kent Monkman, «The Scream», 2017. Acrylique sur toile. Collection du Denver Art Museum, fonds d’acquisition, Arts autochtones.

3. Kent Monkman. Honte et préjugés : une histoire de résilience, Musée McCord.Ce sera la 2e exposition de Monkman dans ce musée. En 2013, il y avait réalisé son immense tableau Bienvenue à l’atelier, hommage à la fois à Gustave Courbet et à William Notman. Cette fois, Monkman a créé une expo en forme de réponse aux célébrations du 150e anniversaire du Canada. Une présentation qui mélange des artefacts des cultures autochtones à des oeuvres de l’artiste. Il y sera question des politiques génocidaires canadiennes, mais aussi de la capacité des peuples autochtones à se remettre de cette histoire pourtant accablante. On y verra à nouveau le personnage, le travesti Miss Chief Eagle Testickle, effectuant avec panache une relecture de l’histoire et de l’histoire de l’art. Dès le 8 février.

4. Carl Trahan. Das Gleitende – III, Musée d’art contemporain des Laurentides. Ce sera le 3e volet de cette série d’expositions dont la première partie fut présentée dans ce musée, et la seconde à la galerie Nicolas Robert. Trahan y poursuit sa réflexion sur les liens glissants entre modernité, révolution industrielle et dictatures… Dès le 13 février.

5. Nos jours heureux. Architecture et bien-être à l’ère du capitalisme émotionnel, Centre canadien d’architecture. Le CCA fête ses 40 ans cette année. Parmi les expositions qui permettront encore une fois de constater le travail de fond effectué par cet établissement renommé, cette présentation permettra de voir comment, de nos jours, nos états mesurent nos indices de bonheur et l’impact de cette vision sur la manière d’envisager nos bâtiments. Expo commissariée par Francesco Garutti. Dès le 8 mai.

Photo: Guy L’Heureux Daniel Corbeil, «Cité Laboratoire», 2012-2018

Incontournable biennale

La seule biennale au Québec, La Manif d’art 9 – La biennale de Québec, se déploiera dans la capitale nationale dans une dizaine de lieux. Après la Française Alexia Fabre en 2017, c’est au tour de l’Anglais Jonathan Watkins d’en être le commissaire invité. Directeur de la Ikon Gallery à Birmingham en Angleterre, Watkins a un curriculum vitae impressionnant. Conservateur à la Serpentine Gallery à Londres à la fin des années 1990, il fut aussi commissaire des biennales de Sydney (1998), de Shanghaï (2006), de Sharjah aux Émirats arabes unis (2007), ainsi que des triennales de la Tate en Grande-Bretagne (2003) et de Guangzhou en Chine (2012). Il a de plus publié maints ouvrages, dont en particulier une monographie de l’artiste d’origine japonaise On Kawara, aux Éditions Phaidon en 2002.

Le Musée national des beaux-arts du Québec, qui est associé à l’événement, présente le thème de cette année comme étant « percutant ». Son titre est tiré de la chanson Stories of the Street (1967) de Leonard Cohen, créateur qui n’en finit pas d’inspirer le milieu des arts visuels…

Sur le thème « Si petits entre les étoiles, si grands contre le ciel », cette biennale traitera du fait que « des expériences esthétiques sont comparables à l’émerveillement que peut procurer la nature ». Avec la participation de plusieurs artistes autochtones, dont Manasie Akpaliapik et Shuvinai Ashoona. Watkins dit être « très attentif aux artistes qui ne souhaitent pas correspondre au modèle “artistique”. C’est dans une certaine mesure la raison pour laquelle je suis tellement intéressé par les sociétés non occidentales — sociétés ingénieuses, créatives, etc., mais qui n’ont pas une définition de l’art tel que nous le comprenons. Les artistes autochtones de la biennale ont des conceptions très différentes de la nature — généralement moins exploiteuse — et cela m’intéresse beaucoup. » Avec aussi la participation de Patrick Bernatchez, Vija Celmins, Michael Flomen, Haroon Mirza, Cornelia Parker…

Au Musée national des beaux-arts et en divers lieux à Québec, du 16 février au 21 avril.

Photo: Michael Flomen, «Double Trouble», 2001.