Télévision - Excentricités surréalistes

Il y a trois ans, lorsque la chaîne Artv n'était pas encore en ondes, on n'avait évidemment aucune idée de ce que pouvait être sa programmation réelle, mais on possédait quand même une référence: la chaîne devait présenter les soirées Thema qui étaient offertes sur Arte en France.

Le concept d'une soirée avec plusieurs émissions autour du même thème avait quelque chose d'alléchant. D'autant plus qu'à lire les journaux et les magazines français, on pouvait constater que les soirées Thema en France faisaient souvent l'événement et suscitaient des débats.

Mais sur Artv, ces soirées Thema n'ont jamais créé d'engouement. Sujets trop éparpillés? Manque d'encadrement? Habitudes d'écoute trop différentes? On a pourtant pu y voir des trucs vraiment bien (dont un fabuleux documentaire sur la construction des cathédrales l'année dernière) mais, avouons-le, certaines soirées furent fort ennuyeuses.

D'ici la fin de l'été, Artv relance ces soirées Thema le dimanche avec différents thèmes très variés: une soirée sur le strip-tease par exemple, une autre sur le flamenco, ou encore sur le journal intime, sur l'exil, sur le glam-rock, ou encore sur Victor Hugo.

Pour en revenir à cette semaine, la soirée Thema est placée sous le signe de Salvador Dali. Le documentaire de la BBC présenté en programme principal est assez intéressant. Mais j'y ai cherché quelque chose qui puisse s'approcher de l'âme de l'homme sans vraiment trouver, comme si le réalisateur avait été submergé par une vie trop spectaculaire.

Le document permet quand même de refaire le parcours de Dali, avec cet exceptionnel talent de peintre décelé à l'adolescence, ses rencontres avec García Lorca et Buñuel aux Beaux-Arts à Madrid, puis le séjour à Paris où il s'insère dans le mouvement surréaliste (en entrevue dans le film, Man Ray explique qu'il ne s'agissait pas d'une époque merveilleuse, car «il y avait de la tension, de l'amertume, ça manquait d'humour, et on dérangeait»).

En 1934, Dali ose ridiculiser Lénine dans une toile, ce qui lui vaut un «procès» de la part d'un André Breton ulcéré, qui l'expulse du mouvement pour déviation politique. Dali entreprend alors, en parallèle à son oeuvre créatrice forte, une carrière centrée sur son autopromotion, où s'accumulent les commandes commerciales (il faut voir dans le film cette publicité complètement folle d'Alka-Seltzer dans laquelle il jouait... ) et les phrases provocatrices («je suis apolitique, monarchiste et anarchiste»).

Ses excentricités ont rapidement fait ombrage à son talent de peintre. Mais lui-même n'a-t-il pas déclaré: «Je ne suis pas un bon peintre. C'est la vie qui prime. Je préfère peindre de mauvais tableaux et vivre plus longtemps.»

Le deuxième programme de la soirée est une curiosité: Babaouo, un film de Manuel Cusso-Ferrer, cinéaste qui a voulu en 1999 relever le redoutable défi de tourner un scénario écrit par Dali en 1932. Dali avait collaboré avec Buñuel pour deux films, Le Chien andalou et L'Âge d'or, et dans son esprit ce Babaouo, qu'il avait écrit seul, devait compléter une trilogie surréaliste. Le film n'a jamais été tourné, et disons que cette version récente, qui ne va nulle part, a tout pour éprouver votre patience...

Mais le film est précédé d'une petite introduction intéressante sur les rapports de Dali avec le cinéma. On savait peut-être que Dali avait été engagé par Hitchcock pour concevoir la séquence onirique dans son film Spellbound de 1945. On ne savait probablement pas que Dali avait aussi écrit un scénario pour les Marx Brothers qui a failli être tourné (j'aurais vraiment voulu voir ça) et qu'il avait travaillé sur deux projets avec Walt Disney!

Thema: Salvador Dali, dimanche 9 mai, Artv, 21h.