Une collection nationale redéployée au MNBAQ

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Vue de l’exposition «Marcel Barbeau. En mouvement»
Photo: MNBAQ, Idra Labrie Vue de l’exposition «Marcel Barbeau. En mouvement»

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Ces jours-ci, les murs du Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ), et plus précisément ceux du pavillon Pierre Lassonde, s’illuminent des œuvres de Marcel Barbeau. Pour la première fois, une exposition est consacrée à ce peintre de Refus global, figure notoire de l’art contemporain au Québec.

Mais avant que le public puisse admirer ces tableaux, il aura fallu beaucoup de travail à l’équipe d’Eve-Lyne Beaudry, conservatrice de l’art contemporain au MNBAQ et commissaire de l’exposition : « Pour un monument comme Marcel Barbeau, il y a beaucoup de choses à lire et à comprendre avec ses 70 ans de carrière. Cela représente trois ans de recherches ! » explique Annie Gauthier directrice des collections au MNBAQ.

Durant sa vie, Marcel Barbeau a réalisé plus de 4000 œuvres, et l’exposition en compte une centaine : « On voulait mettre en avant-plan le thème du mouvement. On a souvent dit de Marcel Barbeau qu’il était toujours dans la création et cherchait continuellement quelque chose de nouveau. La contrepartie, c’est qu’on peut sentir des coupures entre ces différentes périodes », explique Annie Gauthier. Pourtant, elle ajoute que, quand on plonge dans l’œuvre, on constate que le peintre aborde de manière séparée certains éléments. Tout au long de sa vie, il mêlera ces éléments : « Il y a un aller-retour sur le même vocabulaire qui forme à la fin un plus grand langage. »

L’exposition est d’une grande cohérence pour la fille de l’artiste, la cinéaste Manon Barbeau, qui, présente durant différentes périodes de la vie de son père, admire aujourd’hui son travail rassemblé en un tout.

Reconstituer le Soleil

Solar Equation, une installation de l’artiste Rafael Lozano-Hemmer, présente une reconstitution du Soleil dans le grand hall du pavillon Pierre Lassonde. La pièce est constituée de DEL suspendues dans l’aire publique, à l’entrée du Musée. « Le Musée possède déjà une de ses pièces, mais on avait envie d’une œuvre plus actuelle, puis est arrivée cette occasion de développer une pièce dans cette version numérique », précise Annie Gauthier.

L’artiste avait déjà exposé une œuvre portant le même titre en Australie en 2010. C’était alors une installation extérieure portant un soleil gonflé à l’hélium animé par des projections montrant les turbulences du Soleil. Cette œuvre portait la même thématique. L’hélium est contrôlé par les États-Unis, s’en procurer est difficile et la somme nécessaire pour acheter le gaz était trop élevée pour le Musée : « Rafael Lozano-Hemmer, en collaboration avec le Musée de Séoul, avait la possibilité de développer cette œuvre dans une nouvelle technologie, qui est celle qui est présentée ici », raconte la directrice. D’abord présentée à Séoul, la pièce est arrivée ici en septembre dernier.

Solar Equation veut retracer la réalité du Soleil. Pour y parvenir, le projet s’appuie sur des données captées par l’observatoire du Soleil de la NASA. Grâce à une animation, un mouvement créé est perpétuellement renouvelé offrant aux visiteurs un aperçu des différents types de mouvements représentant les turbulences qui peuvent être observés sur la surface du Soleil, un phénomène naturel découvert récemment par les chercheurs en astronomie. L’œuvre est émouvante et possède la qualité de sensibiliser le public au réchauffement climatique et à notre rapport à l’environnement vivant. « On aura la chance de voir le Soleil ne jamais se coucher jusqu’à la mi-février de l’an prochain », lance Annie Gauthier.

Laisser entrer la lumière

En 2016, le MNBAQ ouvrait les portes du nouveau pavillon Pierre Lassonde. Aujourd’hui, le public pourra découvrir l’actualisation du pavillon Gérard-Morisset pour la troisième phase du redéploiement des collections. « On revoit complètement le contenu des salles après avoir actualisé son architecture. On réserve des surprises au niveau architectural », explique avec beaucoup de fierté Annie Gauthier. Des ouvertures vers l’extérieur ont été aménagées offrant de nouveaux points de vue sur le parc. Désormais, la lumière naturelle pénètre jusque dans les salles. « On s’est inspirés de la beauté du pavillon Pierre Lassonde, très lumineux, où les visiteurs se sentent bien dans les aires publiques, affirme-t-elle. On a voulu reproduire ce sentiment pour que la visite puisse se poursuivre dans un prochain pavillon où l’on vit la même expérience. »

Pour cette troisième phase du redéploiement des œuvres, ce sont les collections d’art ancien et moderne qui s’étendent dorénavant dans cinq salles qui présentent 350 ans de pratique artistique au Québec et qui marient les deux collections, représentant plus de 20 000 objets illustrant toute la période. « On commence à voir apparaître l’art religieux, le début de la pratique artistique où les artistes copient les grands maîtres français jusqu’aux années 1960 », rappelle la directrice. Un tel déploiement, c’est du jamais vu au MNBAQ.

S’ajoutent à ce redéploiement dans le même pavillon, deux autres expositions qui accueillent les visiteurs au rez-de-chaussée. D’où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? est une œuvre de Jean McEwen présentée en vis-à-vis de Mirage blanc, qui comporte 70 œuvres où l’hiver est magnifié. Ces deux expositions sont signées Maude Lévesque, qui en assure le commissariat.

Ces deux expositions touchent les questions identitaires et le fameux « nous » collectif. « Quand on a posé notre regard sur le redéploiement de l’art ancien et moderne, on a eu un malaise », raconte Annie Gauthier. Le MNBAQ a 85 ans cette année et il abrite la collection nationale où « il y a des angles morts. Mais on ne peut pas réécrire l’histoire », ajoute-t-elle. Aujourd’hui, le Musée a choisi de présenter certaines de ses œuvres dans leur état parfois négligé en abordant le sujet des enjeux de préservation du patrimoine, « et on a voulu montrer l’envers du décor et donner la voix à certains absents », précise la directrice soulignant que ces deux expositions du rez-de-chaussée viennent démontrer que les pratiques du Musée en matière d’acquisitions ont changé et que « notre volonté d’être plus inclusifs au niveau des genres, des générations, de la représentation d’artistes des premières nations se manifeste maintenant dans nos nouvelles priorités d’acquisitions », conclut Annie Gauthier.