Entre histoire ancienne, modernité et actualité

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
À gauche, Justin Verret, né à Québec en 2016. À droite, un fragment de statue représentant un enfant rieur (entre 300 et 101 av. J.-C.) qui fait partie de la collection du Musée d’art et d’histoire de Genève.
Photo: François Brunelle À gauche, Justin Verret, né à Québec en 2016. À droite, un fragment de statue représentant un enfant rieur (entre 300 et 101 av. J.-C.) qui fait partie de la collection du Musée d’art et d’histoire de Genève.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Musée de la civilisation, à Québec, souffle ses 30 bougies. « Nous sommes le plus jeune des trois musées d’État, mais 30 ans, c’est l’âge de la maturité si on fait une comparaison avec les êtres humains ; à 30 ans, on est en pleine possession de ses moyens, on se connaît et on est sur notre élan pour les décennies à venir. C’est un peu comme ça que je vois le Musée de la civilisation », affirme son directeur. Le Musée a connu une croissance constante depuis son ouverture.

Vendredi, on fêtait les 30 ans du musée, et les festivités se poursuivront tout le week-end avec des visites des coulisses, un spectacle musical et, dimanche, ce sera la journée familiale avec photos, animation musicale par les Chats de ruelles et l’incontournable gâteau d’anniversaire.

« Ce qui a fait la marque du musée depuis 30 ans, et ce, dès le départ, c’est son audace, c’est être à l’avant-garde. Le musée a marqué l’histoire de la muséologie au Québec et même dans le monde, puisqu’il a été le premier à développer une approche thématique interdisciplinaire très pédagogique et, depuis, le modèle a beaucoup été repris, ce qui est extrêmement flatteur pour nous », avance Stéphan La Roche.

Mais depuis 30 ans, les choses ont évolué et le directeur affirme que « la marque d’un musée de société, c’est de n’être ni un musée d’histoire, ni un musée d’ethnologie, ni d’anthropologie, d’art ou de science, mais un peu tout ça à la fois ! » Le rôle d’un musée de société, c’est de suivre et même d’essayer de devancer les phénomènes de société. La société québécoise a évolué au cours des 30 dernières années et « 30 ans sur l’histoire de l’humanité, c’est bien peu de chose, mais à l’échelle de nos perceptions humaines, ces années ont été celles de l’accélération, et notamment à cause du numérique », ajoute-t-il.

30 ans sur l’histoire de l’humanité, c’est bien peu de chose, mais à l’échelle de nos perceptions humaines, ces années ont été celles de l’accélération

Mais l’utilisation de la technologie n’est pas une nouveauté pour le Musée de la civilisation. Il y a 30 ans, on parlait de multimédia, « c’était déjà très audacieux et très présent au musée parce que, dès le départ, on le voulait interactif et participatif et on y arrivait grâce à différentes approches très ludiques, explique Stéphan La Roche. Au cours des dix, sinon des cinq dernières années, le numérique a pris toute sa place et fait en sorte que notre muséologie et muséographie évoluent en conséquence pour intégrer toutes ces nouvelles technologies qui permettent de nouvelles approches pour nos visiteurs ».

Aujourd’hui, le musée peut rejoindre ses visiteurs non seulement au moment où ils sont dans le musée, mais en aval et en amont grâce à des applications mobiles. « Tous ces éléments font en sorte que la visite au Musée de la civilisation est plus englobante qu’avant et qu’on peut s’y préparer avant et la partager par la suite avec ses amis et sa famille. »

Plus de 500 000 objets

Mais le Musée de la civilisation, c’est aussi des réserves qui regorgent de plus de 500 000 objets : des livres, des oeuvres d’art, des artefacts, des archives, etc. « Actuellement, on n’a jamais exposé autant d’objets tirés des réserves et, pourtant, on n’en présente que 4000 », lance Stéphan La Roche directeur du musée. Et pourquoi y a-t-il autant d’objets ?

« À l’heure du numérique, on s’aperçoit que les gens ont besoin d’être confrontés, dans le bon sens du mot, à des objets réels, tangibles qui sont porteurs d’une identité forte parce qu’à l’heure des fake news, les musées sont maintenant des lieux de référence et de crédibilité où la population vient chercher des informations fiables. Elle vient aussi chercher de l’émotion : un visiteur face à un jouet datant d’une autre décennie sera plus fasciné que s’il le voyait en photo sur Internet. »

La nouvelle exposition Mon sosie a 2000 ans ouvrira ses portes le 24 octobre et restera fidèle à l’image et à la mission du musée : « C’est une exposition audacieuse, une exposition d’avant-garde pour démontrer que le musée l’est toujours et peut l’être encore longtemps ! » s’exclame Stéphan La Roche.

L’exposition allie histoire ancienne, modernité et actualité. Elle présente une collection qui à la base est très classique puisque les pièces sont issues d’une collection de bustes gréco-romains qui ont été prêtés par le Musée d’art et d’histoire de Genève et la Fondation Gandur pour l’Art. « On a réfléchi à la manière de présenter des bustes gréco-romains qui en soi sont intéressants, mais plutôt statiques… » Il fallait présenter ces objets de façon à créer un intérêt et une résonnance dans la société actuelle, et c’est là que l’idée a surgi de trouver des sosies à ces bustes dans la société actuelle. « On a lancé, il y a un an et demi un site Web et on a fait un appel à tous ; si vous croyez ressembler ou si vous connaissez quelqu’un qui ressemble à César, à Vénus ou à Aphrodite, envoyez votre photo (il y avait un logiciel de reconnaissance faciale sur le site). On a lancé une ligne à l’eau », se rappelle Stéphan La Roche. Les réponses n’ont pas tardé et 108 000 personnes ont répondu à l’appel de partout dans le monde. Il a fallu procéder à une immense sélection pour arriver aux 25 sosies de l’exposition. « C’est impressionnant parce que ce sont des sosies parfaits ! » lâche le directeur qui ajoute que « ce qui est fascinant, et une partie de l’exposition traite de cet aspect, c’est que, lorsque des gens se ressemblent, il y a des similitudes dans leur parcours de vie même à 2000 ans de distance. » L’exposition interpelle les visiteurs sur ce monde de l’image dans lequel on vit à l’heure des égoportraits.

Quand vient le temps de définir le rôle d’un musée de société aujourd’hui, Stéphan La Roche se montre déterminé : « Je ne crois pas qu’un musée doive prendre position, mais il doit révéler différentes positions. On est dans la recherche de l’objectivité, mais on essaie de toujours d’offrir le plus de points de vue possible. Il faut laisser parler les gens, les groupes et les thèses en les confrontant, en les mettant côte à côte et en laissant aux visiteurs le choix de se faire leur opinion.» Selon lui, le musée est un révélateur qui doit mettre en avant des sujets et des thèmes d’actualité porteurs d’avenir. «On le fait, et toujours à la recherche de l’objectivité, dit-il. C’est ce que les gens viennent chercher au Musée de la civilisation depuis 30 ans. »