«La conduite des conduites»: moins éblouissant?

Un grand axe développé pour ce nouveau corpus prend la forme du nœud, motif récurrent dans la pratique de l’artiste. Le nœud apparaît comme un trublion dans une ligne droite, comme l’anomalie qui confirme la règle.
Photo: Richard Max Tremblay Un grand axe développé pour ce nouveau corpus prend la forme du nœud, motif récurrent dans la pratique de l’artiste. Le nœud apparaît comme un trublion dans une ligne droite, comme l’anomalie qui confirme la règle.

Des circuits, des systèmes et leurs défauts, voire leur mise hors service, Michel de Broin en a fait ses thèmes de prédilection. Depuis ses débuts il y a près de 25 ans, l’artiste conceptuel pointe, par une diversité de moyens et avec une diversité de résultats, les tensions qui régissent le monde.

L’exposition La conduite des conduites ne fait pas exception, et ceux qui connaissent les torsions et distorsions qui animent Michel de Broin reconnaîtront rapidement dans quel univers est plongée la dernière salle de la galerie Division.

Astuces et métaphores sociales et politiques traversent le tout. Les cinq séries de sculptures et de tableaux réunies cette fois (que des œuvres de 2018, et il y en a 14) ne manquent pas d’évoquer le principe de la subversion — ou de la résistance, terme plus juste lorsqu’il s’agit de faire allusion au système électrique cher à l’artiste.

Avec ses centaines d’ampoules cassées, la série Crépuscule est emblématique de ce travail évocateur du monde de l’électricité que l’artiste s’est toujours plu à corrompre. Ici, ce n’est pas tant le circuit intérieur qui est déformé que sa résultante, son apparence.

Les sept tableaux exposés ne peuvent servir de murs lumineux. Ils se présentent davantage comme de simples compositions abstraites, rythmées soit par les codes de la grille ou la diagonale, soit par des lignes dignes d’un œuvre gestuelle. On est devant une sorte d’op art quelque peu éteint.

On a déjà vu un Michel de Broin plus agitateur, ou éveilleur de consciences. Il faut dire, à sa décharge, que La conduite des conduites surgit cinq ans après la rétrospective à laquelle le Montréalais a eu droit au Musée d’art contemporain et trois ans après sa précédente apparition à la galerie Division. À cela, ajoutons son travail dans l’espace public, dont l’œuvre Dendrites (2017), située dans le nouvel aménagement autour du boulevard Robert-Bourassa, est parmi les meilleures apparues ces dernières années à Montréal.

Moins perturbateur

La série Crépuscule saura sans doute plaire à ceux qui apprécient « la poésie de la ruine technique » — ce sont les mots de la galerie. Il s’agit d’œuvres soignées, plutôt bien réalisées. Elles se situent cependant loin du geste davantage destructeur qui, chez Michel de Broin, s’est déjà manifesté par la mise à terre d’un lampadaire (Trancher dans la noirceur, 2005) ou par le mouvement polluant d’un vélo (Keep on Smoking, 2010).

L’autre grand axe développé pour ce nouveau corpus d’œuvres prend la forme du nœud, motif récurrent depuis longtemps dans la pratique de l’artiste. Le nœud apparaît une fois de plus comme un trublion dans une ligne droite, comme l’anomalie qui confirme la règle. Les quatre ensembles de tuyaux ainsi tordus intitulés Anomalie se présentent comme un étonnant champ à la fois d’ordre et de désordre.

Les nœuds sont à lire aussi comme des enlacements de corps, montrés dans des positions presque érotiques, avec des éléments qui s’insèrent les uns dans les autres. Michel de Broin s’est souvent servi du thème de l’amour comme d’un élément potentiellement perturbateur. C’est le cas dans les sculptures Anomalie, ça l’est peut-être moins dans Syndrome, autre sculpture d’apparence industrielle, et dans la photo Tube.

Malgré son apparence plus jolie et délicate, l’exposition conserve le ton absurde qui a fait la renommée de l’artiste. Et une œuvre de Michel de Broin sera toujours une œuvre de Michel de Broin. Ses admirateurs ne seront pas déçus.

La conduite des conduites

De Michel de Broin. À la galerie Division, 2020, rue William, jusqu’au 17 novembre.