Le MOCA, le musée universel revisité

Hall d’entrée du MOCA avec les œuvres « BELIEVE », de Kendell Geers et « ?<em>DEMOS – A Reconstruction</em> », d’Andreas Angelidakis.
Photo: Toni Hafkenscheid Hall d’entrée du MOCA avec les œuvres « BELIEVE », de Kendell Geers et « ?DEMOS – A Reconstruction », d’Andreas Angelidakis.

Montréal a-t-elle perdu sa place de centre culturel du Canada ? Nous avons certes un bassin de créateurs exceptionnels, mais nos institutions ont une très sérieuse concurrence à Toronto. La Biennale de Montréal est morte, emportant avec elle la défunte Triennale québécoise du Musée d’art contemporain (MAC), triennale sabordée afin de, pourtant, aider à faire de cette biennale un des événements les plus courus à travers le monde. Nous avions deux événements, il n’en reste aucun. Quelle crédibilité aura cette Biennale lorsqu’elle aura réussi à renaître de ses cendres ? À voir.

Dans moins d’un an, la nouvelle Biennale de Toronto prendra une place incontestable dans le paysage culturel canadien. Cela risque de rendre encore plus criante la bien visible absence de la Biennale de Montréal. Et il faudrait aussi parler de la foire d’art de Toronto, foire d’envergure. Malgré toutes les qualités de la foire Papier à Montréal, elle est à l’évidence d’une plus petite échelle.

Et ce n’est pas tout… Alors que le Musée d’art contemporain de Montréal va bientôt fermer ses portes pour s’agrandir, le MOCA à Toronto vient de rouvrir les siennes. L’espace n’est pas si grand, mais les expositions et activités présentées dénotent une prise de position très forte et très intelligente.

Du « local » au « mondial », et vice versa

Officiellement, ce musée a changé de mandat. En passant de MOCCA à MOCA, ce Museum of Contemporary Art a laissé tomber un C et a abandonné du même coup son mandat exclusivement canadien. Pourtant, voici un musée très branché sur sa communauté. Au rez-de-chaussée, le MOCA a élaboré pour deux ans une collaboration avec Art Metropole — organisme fondé en 1974 par le collectif General Idea — et a ouvert une librairie-boutique qui vend des ouvrages et objets pensés par des artistes. Et on y retrouve bien des livres élaborés par ou pour des artistes canadiens. On en profitera pour se demander où est passée la librairie du MAC à Montréal.

Photo: Toni Hafkenscheid Vue générale de l’exposition Believe au MOCA. À gauche: Rajni Perera, Banners for New Empires. Au premier plan: Rajni Perera, Talisman. Nep Sidhu et Maikoiyo Alley-Barnes, Nicholas Galanin, No Pigs in Paradise, Series 2. À droite: Nep Sidhu, The Sound Sculpture Forms & Knowledge Transfers of Kahil El’Zabar (When My Drums Come Knocking, They Watch Series).

Au 4e étage de son bâtiment, en collaboration avec Akin Projects — organisation artistique basée à Toronto —, le MOCA offre 32 petits studios de création pour un an. Dans une ville où les prix des loyers ont explosé, voilà une coopérationimportante. Toujours au même étage, le programme Art in use se demande « comment l’art peut être utile pour les communautés actuelles  ». Élaboré avec l’artiste Tania Bruguera — qui vit et travaille entre La Havane et Chicago —, ce programme d’interventions est issu de l’Association de l’art utile, qui a déjà réalisé des plateformes d’art socialement engagé à New York, San Francisco, Liverpool… Cette espace comprend aussi des interventions par les artistes torontois Ange Loft et Hiba Abdallah.

L’art et ses fidèles à travers le monde

Aux 2e et 3e étages, l’exposition Believe mélange des artistes venus du monde entier, artistes ayant tous des parcours complexes dans différents pays et villes de la planète sans être pour autant les artistes internationaux à la mode. On y retrouve certes Barbara Kruger, artiste célébrée, mais qui est presque démodée aux yeux de ceux qui cherchent la saveur du mois. Le commissaire David Liss n’a pas choisi des vedettes du marché de l’art mondial, artistes qu’on retrouve présentés dans tous les musées d’art contemporain de la planète souvent avec les mêmes oeuvres.

Pour la grande majorité des créateurs présentés dans Believe, artistes basés à Toronto, Vancouver, Istanbul, Detroit, Los Angeles, New York — et j’en passe —, les parcours furent multiples, tout comme les enracinements et les formes d’art utilisées… Certes, cette expo montre comment « les croyances personnelles et collectives définissent nos existences sur la planète ». Mais c’est avant tout de cette réalité pluraliste, multiculturelle et multidisciplinaire que parle cette exposition.

Une manière d’énoncer clairement que ce n’est pas nécessairement l’art dit international — en fait reconnu par le marché à New York — qu’il faut exposer localement en le parachutant un peu partout sur la planète. Il faut plutôt s’intéresser à l’art d’artistes qui, comme des nomades, se connectent momentanément et fortement aux collectivités où ils travaillent, communautés qui reformulent les formes de création et valeurs de ces artistes sans domicile fixe.

Art in Use. Dialogue public et programme engagé / Believe

Artistes multiples. Jusqu’en septembre 2019. / Commissaire : David Liss. Au MOCA à Toronto, jusqu’au 6 janvier.