Alexander Calder, l’homme qui faisait bouger l’art, au MBAM

La sculpture «Three discs», érigée par l'artiste Alexandre Calder sur l'île Sainte-Hélène à l'occasion d'Expo 67, photo couleur
Photo: 2018 Calder Foundation, New York / Artists Rights Society (ARS), New York / SOCAN, Montréal La sculpture «Three discs», érigée par l'artiste Alexandre Calder sur l'île Sainte-Hélène à l'occasion d'Expo 67, photo couleur

Après lui, l’art s’est mis à danser, à bouger, à voler. Le Musée des beaux-arts de Montréal présente à partir de vendredi la première rétrospective canadienne de l’artiste, Alexander Calder : Un inventeur radical. Au moment de présenter l’exposition, la directrice du musée, Nathalie Bondil, a parlé de Montréal comme d’une « ville Calder ». C’est en effet sur l’île Sainte-Hélène que Calder a érigé, à l’occasion de l’Expo 67, sa deuxième plus grande sculpture, la monumentale Three discs. On l’appelle aussi L’homme, même si Calder préférait laisser à chacun le soin d’interpréter ses oeuvres. Cette oeuvre d’art public, de 20 mètres de haut, est conçue pour résister à des vents de 200 kilomètres à l’heure.

Pourtant, Mme Bondil déplore que les Montréalais connaissent mal Calder, pourtant très célèbre aux États-Unis et en France, où il a vécu pendant des décennies.

C’est pour nommer ses oeuvres que Marcel Duchamp a inventé le mot « mobile ». Einstein lui-même, lorsqu’il voit le mobile motorisé de Calder, The Universe, créé en 1934, dira « J’aurais aimé y penser moi-même ».

Le MBAM a décidé d’aborder l’oeuvre de Calder de façon chronologique. On y entre avec l’artiste, enfant, qui dès l’âge de neuf ans, fait un autoportrait de lui avec des pinces et des marteaux. Deux années plus tard, le petit Calder fait cadeau à ses parents de deux petites miniatures d’un canard et d’un chien. Peut-être était-ce le début de son interrogation sur la mobilité de l’art ?

Alors que son père et sa mère étaient respectivement sculpteur et peintre, c’est en maniant le fil de fer qu’Alexander Calder se distingue.

Fasciné par les arts du cirque, il fabrique, à partir de 1926, 69 figurines miniatures, et 18 mécanismes pour les animer, 34 instruments de musique et 19 disques de phonographes. Un film muet de 1928, projeté au musée, le montre, pliant le fer pour lui donner la légèreté des acrobates, tandis qu’un totem de bois, sculpté par Calder, représente trois équilibristes montés sur les épaules les uns des autres.

Rapidement, Jean Cocteau, Joan Miro, Piet Mondrian, Thomas Wolfe, notamment, s’intéressent au cirque de Calder. Ce spectacle, animé par l’artiste, sera filmé en 1961, et on peut en visionner une copie au musée.

Grand admirateur de Mondrian, Calder proposera à celui-ci d’apporter du mouvement à ses oeuvres, de les « faire osciller dans différentes directions et à différentes amplitudes ». Mondrian rejette l’idée, et Calder décide d’explorer « les rapports entre figure et fond pour repousser les limites du bidimensionnel », précise-t-on dans l’exposition.

Calder écrira dans son autobiographie : « Cette visite [de Mondrian] m’a donné un profond choc. Un choc plus grand même que celui ressenti, huit années auparavant, quand au large du Guatemala j’avais vu le début d’un lever de soleil flamboyant, d’un côté, et la lune qui avait l’air d’une pièce d’argent de l’autre », peut-on lire dans le catalogue créé pour l’exposition, sous la direction des co-commissaires Elizabeth Hutton Turner et Anne Grace.

Habité par l’idée de « libérer l’art de son immobilité », Calder crée ses premiers mobiles en 1931. Il y exploitera ensuite tant l’espace que la lumière, tant l’air que la couleur. À la même époque, Calder crée ses immenses structures de métal fixes, toujours abstraites, baptisées « stabiles » par l’artiste Jean Arp.

Déployés au MBAM, les mobiles de Calder, du plus petit au plus grand, oscillent, en même temps que leur ombre, entre les murs blancs, se balançant doucement dans le souffle léger de l’air.

Dans une autre salle, ce sont quatre figures de fer blanc, qui se tiennent sur une corde raide, entre deux figures totémiques.

Photo: 2018 Calder Foundation, New York / Artists Rights Society (ARS), New York / SOCAN, Montréal. Photograph by Herbert Matter, courtesy Calder Foundation, New York / Art Resource, New York Herbert Matter, «Untitled» (1936), mobile de Calder suspendu, en mouvement, vers 1939, photo Calder Foundation, New York

L’exposition présente également un assortiment de bijoux conçus par Calder, dont l’un a été prêté au musée par la petite-fille de Marc Chagall, et qui avait été donné par Calder à sa grand-mère. « Calder n’a jamais créé des bijoux à des fins commerciales ; c’était des cadeaux », précise Nathalie Bondil.

À côté de ces bijoux, le mobile gigantesque Jaraconda, conçu en 1949, a emprunté son nom à un arbre du Brésil qui peut atteindre 20 mètres.

Après la Seconde Guerre mondiale, Calder se spécialise dans les sculptures monumentales, qui peuvent être assemblées et démontées un peu partout sur la planète.

En 1967, il conçoit la pièce Three discs, qu’on appelle depuis L’Homme, pour l’Exposition universelle de Montréal. L’oeuvre est commandée par la Commission canadienne de l’Exposition universelle de 1967. Les pièces de cette sculpture, après avoir voyagé dans 12 caisses d’Anvers à Montréal sur un cargo russe, ont été assemblées par une équipe locale, « principalement formée de travailleurs autochtones », peut-on lire encore dans le catalogue.

Nathalie Bondil admet qu’elle aurait souhaité que l’exposition Alexander Calder : Un inventeur radical, ouvre ses portes pour le 50e anniversaire de l’Expo 1967, en 2017. Mais le parc Jean-Drapeau étant en rénovations majeures, l’oeuvre Three discs, de Calder, ne peut y être admirée.

D’ici là, on peut toujours en voir la maquette, à l’extérieur du MBAM, rue Sherbrooke, ou une plus petite maquette, intégrée à l’exposition.

 
 

Une version précédente de ce texte indiquant que la sculpture serait relocalisée a été modifiée.

Alexander Calder: Un inventeur radical

Musée des beaux-arts de Montréal, du 21 septembre 2018 au 24 février 2019