Pas de murale pour Simonne Monet-Chartrand

Simonne Monet Chartrand, en 1996
Photo: Office national du film du Canada Simonne Monet Chartrand, en 1996

La murale en hommage à Simonne Monet-Chartrand ne sera jamais réalisée. L’arrondissement Ville-Marie a résilié en août le contrat signé avec la Société de développement environnemental de Rosemont (SODER), l’organisme qui portait le projet. Le conseil d’arrondissement a entériné la décision le 11 septembre.

La résiliation survient deux ans presque jour pour jour après la mise en place, par le Bureau d’art public (BAP), d’un concours pour la conception et la réalisation d’une murale en hommage à la militante décédée en 1993. L’oeuvre devait compléter les aménagements du parc Simonne-Monet-Chartrand, un espace en dénivelé reliant les rues Sherbrooke et Saint-Christophe. Elle bénéficiait d’un budget de 45 000 $.

Ce projet destiné à faire « référence aux valeurs de paix, d’équité et d’amour si chères à cette femme d’action ayant défendu de nombreuses causes », selon l’avis du BAP, a connu une succession de reports et de revers. Lancé en août 2016, le concours a d’abord dû être recommencé trois mois plus tard.

La proposition défendue par la SODER et conçue par Dodo Ose, un muraliste français très actif à Montréal, a été retenue en janvier 2017 et devait, selon les règlements du concours, apparaître au début de l’été de la même année. Or, lorsque la SODER amorce en juin 2017 les travaux de nettoyage, elle constate le mauvais état du mur choisi pour accueillir l’oeuvre.

La murale [à Simonne Monet-Chartrand] a une grande signification. On a investi du temps, des gens se sont impliqués. On s’y est attachés. On souhaite continuer le projet.

 

Une étude externe demandée par l’arrondissement confirme la première évaluation. La brique de chaux s’avère peu résistante à l’abrasion et à l’eau. « En janvier 2018, l’arrondissement a informé le propriétaire de l’édifice de la non-réalisation de la murale », lit-on, dans le document approuvé par les conseillers cette semaine.

Selon la Ville de Montréal, les maçons de l’arrondissement avaient approuvé l’état du mur. « Cette évaluation a été faite avant la tenue du premier concours », dit Linda Boutin, du Service des communications.

Mur recherché

À la SODER, on affirme être encore étonné de la résiliation du contrat. Selon son gestionnaire, Victor Oudet, l’organisme s’active depuis 2017 à trouver un nouveau mur. « On en avait trouvé plusieurs dans le quartier », affirme-t-il. L’inspection était encore à faire, la SODER attendant l’accord de l’arrondissement.

Engagé dans le développement de projets environnementaux à caractère social, l’organisme pilote plusieurs dossiers, dont des jardins communautaires. Les murales lui sont chères parce qu’elles « apportent plus de sécurité et permettent de lutter contre les graffitis », estime le porte-parole de la SODER.

« La murale [à Simonne Monet-Chartrand] a une grande signification. On a investi du temps, des gens se sont impliqués. On s’y est attachés. On souhaite continuer le projet », insiste celui qui pense pouvoir relancer les discussions.

Victor Oudet était incapable de préciser le montant d’argent investi jusqu’à aujourd’hui dans la réalisation de la murale. Il n’a pas été possible de savoir si l’artiste avait été rémunéré par la SODER. Ni celui-ci ni l’agence d’art urbain qui le représente, Ashop, n’ont voulu commenter le dossier.

Dans le document remis aux élus, il est stipulé que la Ville de Montréal a versé 33 750 $ à la SODER. Elle s’attend à récupérer « les sommes non utilisées », qui « seront redistribuées aux instances de la Ville » concernées. La murale était notamment soutenue à hauteur de 25 000 $ par le ministère de la Culture et des Communications dans le cadre de l’Entente sur le développement culturel de Montréal.

La restauration du parc Simonne-Monet-Chartrand, qui a consisté en un nouvel escalier, de nouveaux murs de soutènement et un aménagement paysager, a déjà coûté près de 2 millions de dollars en fonds publics. Selon Linda Boutin, du Service des communications, le projet d’une oeuvre d’art n’est pas abandonné. « La Ville souhaite toujours rendre hommage à Simonne Monet-Chartrand et reste à l’affût de toute nouvelle opportunité dans un contexte significatif, avec l’accord de sa famille », résume-t-elle.