Le monde en flammes sous l’oeil de la caméra au World Press Photo

Les flammes lèchent le corps du manifestant vénézuélien José Victor Salazar Balzar, lors d’un rassemblement anti-Maduro à Caracas.
Photo: Ronaldo Schemidt Agence France-Presse Les flammes lèchent le corps du manifestant vénézuélien José Victor Salazar Balzar, lors d’un rassemblement anti-Maduro à Caracas.

Lorsque son corps a pris feu, lors d’une manifestation contre le président vénézuélien Maduro, à Caracas, José Victor Salazar Balza ne pensait sans doute pas au crépitement des caméras autour de lui. Le jeune homme de 28 ans, qui venait de faire exploser une moto des forces de l’ordre, est aujourd’hui toujours en vie après avoir reçu quarante greffes de peau. Les photos qui le montrent brûler vif, prises par deux photographes différents, Ronaldo Schemidt et Juan Barreto, ont remporté respectivement le 1er et le 3e prix dans la section Spots d’information du concours World Press Photo.

La photo prise par Ronaldo Schemidt, qui montre le manifestant coiffé d’un masque, a été sacrée photo de l’année. Elle est une allégorie du pays « qui brûle », a fait valoir Whitney Johnson, membre du jury. Elle a été choisie pour l’émotion qu’elle déclenche, a précisé la présidente du jury, Magdalena Herrera. Le jeune homme, qui a subi des brûlures sur 72 % de son corps, ne souhaite pour sa part pas retourner dans l’oeil des médias, selon une entrevue accordée au quotidien El Pais.

L’exposition présentant les photos lauréates s’ouvre ce mercredi, au Marché Bonsecours dans le Vieux-Montréal. Pour l’occasion, deux des lauréats donneront des conférences au sujet de leur travail.

Le Belge Alain Schroeder a gagné le premier prix dans la catégorie Sports pour une série de photos intitulée Enfants jockeys, captée sur l’île de Sumbawa, en Indonésie. Schroeder y a photographié le Maen Jaran, une course à cheval annuelle tenue par des enfants de moins de dix ans, sans souliers et sans selles. Les enfants participant à cet événement traditionnel sont payés moins de sept euros par course, et les lauréats repartent souvent avec des frigos ou des matelas comme prix.

Le photographe donne une conférence jeudi sur le sport comme phénomène social à l’UQAM. Au cours des prochains mois, il prévoit visiter la Corée du Nord, puis la Corée du Sud, où il veut faire un reportage sur des dames âgées qui plongent, sans bouteille, pour pêcher des coquillages au fond de l’eau.

Liberté aquatique à Zanzibar

Anna Boyiazis a quant à elle passé six mois sur l’île de Zanzibar, à suivre les participantes au projet Panje, qui signifie « gros poisson ». Ce projet vise à apprendre à nager à des femmes, qui jusque-là n’avaient pas pu le faire pour des raisons culturelles. Le projet photographique qui en a découlé, intitulé Trouver la liberté dans l’eau, a été publié dans le National Geographic et a remporté le deuxième prix dans la catégorie Reportage de société.

Photo: Anna Boyiazis Des femmes tanzaniennes vêtues de longs maillots apprennent à nager à Zanzibar.

« Je n’ai jamais pu parler à ces femmes, parce que l’interprète ne voulait pas faire ce travail », reconnaît la photographe californienne. Les photos, cependant, où l’on voit ces femmes flotter vêtues de longs burkinis qui leur couvrent tout le corps, valent mille mots.

« Au moment où j’ai commencé à photographier le projet, il y avait déjà une génération de jeunes femmes qui avaient appris à nager et qui étaient devenues monitrices pour les autres », dit-elle. Savoir nager est pourtant un apprentissage crucial lorsque l’on vit sur une île et que des noyades surviennent fréquemment dans le va-et-vient des transbordeurs.

Anna Boyiazis continue de s’intéresser aux femmes et à l’activité sportive et prépare présentement un photoreportage dans ce domaine à Los Angeles.

Parallèlement à l’exposition du World Press Photo, on peut visiter, à l’étage, le projet Photos dans la rue, qui présente des clichés pris par des clients de l’organisme Dans la rue, qui s’occupe de jeunes en situation d’itinérance. Ce projet a été mis en place par Alexandre Lepage et Alejandra Ariza.
 


 

Une version précédente de ce texte, qui attribuait à André Shroeder la série de photos Enfants jockeys, a été corrigée.

 

L’exposition du World Press Photo

Au Marché Bonsecours, du 29 août au 30 septembre.