Une photographe italienne chez les Innus

Moment de tendresse à la maison chez une famille innue de Schefferville
Photo: Elena Perlino Moment de tendresse à la maison chez une famille innue de Schefferville

Elena Perlino est une photographe italienne qui rêvait d’explorer le territoire québécois. C’est dans les communautés innues de Schefferville, de Natashquan, de Sheshatshit et de Maliotenam qu’elle a pu assouvir sa curiosité. La photographe, qui a signé plusieurs ouvrages, notamment sur l’immigration en Europe, a en effet bénéficié d’une résidence offerte par les Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie, pour approfondir son sujet.

Photo: Elena Perlino Hommage à la Vierge Marie, au début d’un sentier en forêt

En résultent une exposition de photographies, intitulée Indian Time, et une vidéo du même nom, qui ont été présentées à l’ouverture des Rencontres, qui se déployait cette fin de semaine à Carleton-sur-Mer et à Percé.

« J’étais désireuse de travailler dans une communauté isolée et éloignée », dit la photographe en entrevue. Elle souhaitait aussi remettre en question les préjugés prévalant en Italie au sujet des Autochtones du Québec.

Au cours de ses trois séjours dans ces communautés, la photographe a notamment participé à la mise en place d’une réunion d’aînés à Sheshatshit.

Photo: Elena Perlino Jeune Innu à la coiffure traditionnelle à Sheshatshit, au Labrador

La vidéo qu’elle a conçue à partir des témoignages d’Innus qu’elle a récoltés est émouvante. Les Innus qu’elle y rencontre ont traversé des épreuves, mais ils gardent un attachement profond au territoire. « Nos parents savaient tout faire, dit l’un d’entre eux, qui est né dans les bois, à 70 kilomètres de Schefferville, et qui a grandi dans un pensionnat. Quand tu as dix enfants dans le bois… » Au pensionnat, dit-il, « j’ai essayé de faire ce qu’on me demandait. J’ai essayé de devenir un Blanc. […] On ne savait pas ce qu’on perdait. […] L’affection parentale… On nous a enlevé notre langue, et la responsabilité de se prendre en main. »

Un autre raconte avoir été tourmenté par la consommation au point de tuer son père et de faire sept ans de pénitencier.

Pour Elena Perlino, ces Innus, qui vivent en communautés éloignées, demeurent plus liés à la terre. « Il y a un lien avec le territoire qu’on ne trouve pas ailleurs, dit-elle. Un retour aux racines, dans le bon sens du terme. Les enfants grandissent avec la connaissance du patrimoine. »

Photo: Elena Perlino Jeune fille qui s’offre un moment de détente sous le porche de la maison, à Goose Bay

Reste qu’un aîné innu relève que les légendes qui ont enchanté son enfance, et qui enseignaient aux jeunes comment faire face aux difficultés de la vie, ont disparu de sa vie à son arrivée au pensionnat.

Elena Perlino doit retourner à Schefferville en octobre, notamment pour donner des ateliers de photographie aux jeunes. Elle travaille présentement à une possibilité d’échanges d’étudiants entre les communautés innues du Québec et l’Italie.