«Instrument à vent»: traduire le vacarme urbain en musique

L’œuvre «Instrument à vent» d’Étienne Paquette demeurera installée à la station de métro Saint-Laurent pour un mois et demi. Après, elle devrait rejoindre la collection d’œuvres publiques du Quartier des spectacles.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir L’œuvre «Instrument à vent» d’Étienne Paquette demeurera installée à la station de métro Saint-Laurent pour un mois et demi. Après, elle devrait rejoindre la collection d’œuvres publiques du Quartier des spectacles.

L’artiste Étienne Paquette vit à la campagne. Et même dans ces terres reculées, en pleine zone agricole, il lui arrive de chercher, en vain, le silence. Il a d’ailleurs remarqué que le bruit du vent, lorsqu’il est assez fort, peut masquer le vacarme environnant.

Cette constatation forme un peu la genèse de l’oeuvre monumentale Instrument à vent, qu’Étienne Paquette a érigée sur le terrain qui entoure la station de métro Saint-Laurent.

Il s’agit d’une série de gigantesques tubes de métal, qui semblent projeter des sons harmonieux, créés à partir du vacarme, ou de la musique, environnante.

« Instrument à vent tire son origine d’une réflexion sur la quête du silence dans des lieux où le bruit est omniprésent. Si on ne peut faire taire son environnement, il demeure possible de jouer avec ses sonorités », lit-on dans la présentation de l’oeuvre.

Instrument à vent tire son origine d’une réflexion sur la quête du silence dans des lieux où le bruit est omniprésent. Si on ne peut faire taire son environnement, il demeure possible de jouer avec ses sonorités.

« L’homme est l’animal le plus bruyant sur terre, dit pour sa part Paquette. Là où il y a du monde, il y a du bruit. La question est alors moins de chercher le silence que de savoir ce qu’on veut entendre et faire entendre. »

De onze heures du matin à onze heures du soir, les tubes d’Instrument à vent projetteront donc une interprétation dite apaisante des sons environnants, incluant ceux que le public peut faire en chantant dans l’un des tubes. L’intensité du son ambiant a également un impact sur le son rendu.

« Il y a une chanteuse classique qui l’a essayé, et l’effet était saisissant », raconte Étienne Paquette.

La mélodie ainsi produite s’approche de celle générée par une corne de brume.

Elle n’est pas aléatoire, et est composée des cinq notes d’une gamme pentatonique, sans demi-ton.

Un faux instrument

Les tubes, peints de couleurs vives, peuvent atteindre 28 mètres de hauteur. Mais ce ne sont pas eux qui génèrent la musique, explique Étienne Paquette. C’est plutôt un dispositif électronique dissimulé à l’intérieur. L’Instrument à vent n’en est donc pas un. Mais l’effet visuel demeure, malgré tout, évocateur.

À travers chaque tuyau est par ailleurs émise une note, et ce processus se traduit en lumière durant la soirée.

L’artiste a d’ailleurs travaillé en collaboration avec Philippe Hughes pour le design sonore et la programmation d’interactivité et avec Mélanie Crespin pour le design scénographique. Le tout est une coproduction du Quartier des spectacles, de l’ONF et de La Serre, qui l’a soutenu dans le cadre de la série des Possibles.

Étienne Paquette n’en est pas à sa première création qui convoque la participation citoyenne. C’est aussi lui qui était derrière le Mégaphone, créé en 2013 en collaboration avec Moment Factory.

Pour l’instant, Instrument à vent demeurera installé à la station de métro Saint-Laurent pour un mois et demi. Après, il devrait rejoindre la collection d’oeuvres publiques du Quartier des spectacles. À moins que la Ville de Montréal ne décide de le récupérer, pour masquer ou transformer le bruit ambiant de travaux publics, jugé trop envahissant, et le rendre plus doux aux oreilles des citoyens.