La murale en hommage à Alanis Obomsawin sera autochtone

MU a toujours eu de l'intérêt pour l'art autochtone, selon sa directrice Elizabeth-Ann Doyle. Ici, Qanuqtuurniq, réalisée en 2016 par des jeunes de Cape Dorset, au Nunavut, en collaboration avec des muralistes professionnels.
Photo: Olivier Bousquet MU a toujours eu de l'intérêt pour l'art autochtone, selon sa directrice Elizabeth-Ann Doyle. Ici, Qanuqtuurniq, réalisée en 2016 par des jeunes de Cape Dorset, au Nunavut, en collaboration avec des muralistes professionnels.

L’oeuvre de la cinéaste abénaquise Alanis Obomsawin sera le sujet d’une grande murale montréalaise pensée par MU, aux côtés de celles dédiées à Michel Tremblay, Dany Laferrière ou Clémence DesRochers. Or, le concours pour trouver l’artiste qui signera cette 20e oeuvre, Hommages aux bâtisseurs culturels montréalais, essuie des critiques en s’adressant « exclusivement aux artistes professionnels autochtones canadiens ». Discrimination ou démarche bénéfique ?

Ces « concours dédiés » se font régulièrement en Alberta et en Colombie-Britannique, surtout en art public ou lorsqu’on parle de contenu autochtone, comme le contextualise le professeur en histoire de l’art à l’UQAM, Jean-Philippe Uzel.

Dans le Journal de Montréal, Sophie Durocher a nommé la démarche comme « discriminatoire ».

Un qualificatif que la cofondatrice de MU, Elizabeth-Ann Doyle, réfute. « On ne fait pas toujours des concours pour trouver nos artistes. Le plus souvent, ils sont sur invitation seulement », une manière de faire plus exclusive encore, qui n’a pourtant jamais attiré de holà. De son côté, le Regroupement des artistes en arts visuels du Québec n’a pas voulu commenter, spécifiant toutefois que le sujet est à l’ordre du jour.

Droit de regard

Comme pour toutes les murales de cette série, celle-là se pense en collaboration avec « le bâtisseur » concerné, « jusque dans le choix de l’artiste qui va les représenter ; et c’est normal, c’est une représentation de soi pérenne dans l’espace public », poursuit la directrice artistique et générale de l’organisme producteur de murales. Alanis Obomsawin aurait aimé que Leo Yerxa, qui avait fait son portrait pour la pochette du disque Bush Lady (1984), signe l’oeuvre. Mais il est décédé en 2017. « Ce serait un cadeau pour moi s’il y avait un artiste de nos peuples mêlé à ça », a confié madame Obomsawin. « Ça fait tellement longtemps que la voix de nos gens est dite par des étrangers, qu’on nous dit qui on est, qu’on n’a même pas le droit de dire nous-mêmes qui on est. Maintenant, ça change. Des artistes des Premières Nations, des Innus, des Métis, y’en a plein. Moi, j’aimerais qu’une personne des Premières Nations soit là, parmi les autres — parce que ça se fait à plusieurs — pour travailler cette murale-là. »

Ce serait un cadeau pour moi s’il y avait un artiste de nos peuples mêlé à ça

C’est Elizabeth-Ann Doyle qui a pensé, conséquemment, à ouvrir le concours seulement aux autochtones. « J’assume parfaitement le choix de donner une vitrine particulière aux artistes autochtones pour rendre hommage à madame Obomsawin, parce qu’ils sauront représenter la richesse de l’héritage culturel avec toute la finesse et la profondeur qui la distingue, et qui devrait pouvoir aller plus loin qu’un simple portrait. De façon générale, poursuit la directrice, l’art mural s’inscrit de manière cohérente dans une démarche, dans un quartier — on cherche un mur dans Ville-Marie parce que c’est là que Mme Obomsawin réside depuis 50 ans —, dans une communauté, dans la diversité de Montréal. Quand on a fait la murale coin Saint-Laurent et René-Lévesque, à l’entrée du quartier chinois, on a choisi deux artistes asiatiques », illustre la directrice.

Le politique de l’art public

L’art public, rappelle le prof Uzel, est marqueur de territoire. « Il y a les questions symbolique et immédiatement politique de l’art public, très fortes, liées au territoire où l’oeuvre est présentée. Et il y a un vide criant à Montréal en oeuvres d’art public pérennes signées par des Autochtones. La seule, c’est le Totem Kwakiutl, de Henry et Tony Hunt, construite pour le pavillon des Indiens d’Expo 67. Toutes les autres sont éphémères, ou faites par des artistes amateurs du Nunavik ou du Nunavut qui ont travaillé avec des professionnels non autochtones. La démarche de MU s’inscrit donc dans une prise de conscience générale, bénéfique », croit le spécialiste.

« ll y a un mouvement extraordinaire actuellement en arts visuels autochtones », a continué Mme Doyle. « Les muralistes sont rares. J’ai, comme directrice artistique, un intérêt à aider à en former. Il n’est pas dit que ce projet ne sera pas fait en collaboration avec des Blancs, qui aideraient un artiste peintre autochtone, par exemple. Mais mon rêve, je ne le cache pas, ce serait que ce soit une femme autochtone qui signe ce projet-là. Parce que ce serait cohérent. »

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait que la cofondatrice de MU se dénommait Elizabeth-Ann Boyle, a été corrigée.