Hanganu, une oeuvre et mille vues

Photo tirée d’une session de Michel Brunelle réalisée en 2000
Photo: Michel Brunelle Photo tirée d’une session de Michel Brunelle réalisée en 2000

Sept mois déjà qu’il est décédé, mais l’architecte Dan Hanganu n’est pas près d’être oublié. Son oeuvre, immense et apparente un peu partout en ville et au-delà de l’île, fera sans doute inlassablement l’objet d’études et de relectures. Voilà donc une première exposition posthume fort bienvenue.

Cette première, donc, n’est cependant qu’un « modeste hommage que la Maison de l’architecture du Québec a tenu à rendre au très regretté Dan Sergiu Hanganu ». Car ce n’est pas à un survol rétrospectif de son legs qu’on nous convie. L’attention n’est portée que sur un seul édifice, comme l’annonce le titre de l’expo Nouveaux regards sur l’édifice de HEC Montréal.

Succinct et limpide, le projet de la Maison de l’architecture du Québec (MAQ) est avant tout une expo de photographie. Les « nouveaux regards » auxquels l’intitulé fait allusion, ce sont ceux de six photographes d’architecture (que des hommes) qui se sont penchés sur l’édifice du chemin de la Côte-Sainte-Catherine sur l’invitation de la revue ARQ. Leurs reportages ont d’abord été publiés par le périodique dans la foulée de la mort d’Hanganu

« Le mastodonte » ou le « tendre monstre en béton », ainsi que le désigne le communiqué de la MAQ, apparaît dans la splendeur de ses courbes, ainsi que dans sa manière soignée d’intégrer l’environnement boisé. On ne sait trop en quoi ces regards sont nouveaux (où sont les anciens ?), sinon qu’ils nous révèlent l’état des lieux après vingt ans d’existence. Précisons que les images d’un des photographes (Michel Brunelle), longtemps au service de la firme d’Hanganu, ont été réalisées en 2000.

Le commissaire de l’exposition, le cofondateur de la MAQ Alain Laforest, est lui-même photographe d’architecture et professeur dans ce domaine précis à la Faculté d’aménagement de l’Université de Montréal. C’est non sans surprise que l’interprétation de HEC d’Hanganu, voisine de ladite faculté, passe à travers sa lentille, entre autres.

Lancés sur un seul et même sujet, Laforest et ses cinq acolytes n’en produisent pas pour autant les mêmes images. Le constat est simple, mais percutant : la photographie d’architecture, et la photographie documentaire de manière plus générale, dépend de celui qui pose son regard sur elle, que celui-ci soit nouveau ou pas.

Le commissaire ne s’est d’ailleurs pas privé de sélectionner des images qui répètent un détail, un espace, mais vu par des yeux différents. Plus ça change, moins c’est pareil. En ce sens, la photographie d’architecture sera toujours nouvelle, puisqu’elle repose sur le fait qu’elle « revisite » une oeuvre en principe immuable.

Contrastes et dialogue

Photo: Raphaël Thibodeau Pour Raphaël Thibodeau, le projet de HEC propose un dialogue entre deux échelles, le monumental du langage industriel et l’intime des détails uniques.

C’est une expo de photos, mais qui souligne, voire exalte, l’oeuvre d’un autre artiste, en l’occurrence l’architecte Hanganu. Maxime Brouillet fait ressortir le contraste entre les formes ondulantes et vitrées près du boisé et l’aspect brutaliste de la façade. Adrien Williams a cherché des lieux lui permettant d’accentuer en une prise de vue « l’amalgame de ligne et de rondeurs ».

Pour Raphaël Thibodeau, le projet de HEC propose un dialogue entre deux échelles, le monumental du langage industriel — chose rare dans un campus, signale le photographe — et l’intime des détails uniques, presque artisanaux, un langage organique comme ce « plan qui intègre, par sa morsure, le boisé ». Dans ses images se dessine un parcours qui permet de passer dans un même mouvement, dit-il, « du plus public au plus intime, de l’architectonique à l’organique ».

En bonne expo sur l’architecture, celle-ci comporte aussi des maquettes, des plans et des dessins. Il n’y en a pas une tonne, mais ils suffisent à donner le contexte de cet édifice né après un concours tenu en « juin 1992 », selon le document de la firme Dan S. Hanganu architectes.

Le principal intéressé parle du concept comme découlant d’un geste ferme et simple, en respectant notamment la forêt voisine. « Ces lieux de savoir, en incitant à la découverte de l’espace et de la lumière, écrit Dan Hanganu, devront en retour susciter chez ceux qui les fréquenteront le désir d’apprendre et d’enseigner. »

L’auteur du musée Pointe-à-Callière, du TNM et du siège social du Cirque du Soleil, parmi tant d’autres projets, devrait avoir droit à une exposition plus vaste que ce que les espaces et moyens de la MAQ permettent. Mais déjà, cette exposition Nouveaux regards sur l’édifice de HEC Montréal est un premier pas et un incitatif. Souhaitons qu’une grande institution publique prenne le relais.

Nouveaux regards sur l’édifice de HEC Montréal

Maison de l’architecture du Québec, jusqu’au 10 juin