Des nids et des arbres à Espace pour la vie

Jérôme Delgado Collaboration spéciale
Un papillon monarque
Photo: André Payette Insectarium de Montréal Un papillon monarque

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Des abris d’animaux, des habitats pour la reproduction des papillons, des écosystèmes à la cime des arbres… Au Jardin botanique et à l’Insectarium, le thème de l’été sera celui de la vie en milieu naturel.

Premier été, en 26 ans, sans Biodôme : qu’à cela ne tienne, à Espace pour la vie, de gîtes et d’animaux, il sera beaucoup question pendant la saison chaude. La programmation originale du complexe muséal de sciences naturelles mettra en effet l’accent sur les habitats que les animaux se construisent eux-mêmes. Pas besoin de Biodôme !

Fermé pour rénovations jusqu’en août 2019, le zoo sous toit de Montréal ne sera pas remplacé cet été — ni le prochain. À Espace pour la vie, on a ainsi accepté de passer les prochains mois amputé d’un de ses quatre membres. Voici la manière choisie pour cette première saison.

Abris géants

Architectes exemplaires, les animaux font preuve d’ingéniosité, tant ils sont capables de se construire des gîtes avec les moyens du bord, comme diraient les humains. Leurs nids, terriers et refuges de toutes sortes sont construits avec ce que la nature propose. Le castor et son barrage, l’abeille et sa ruche… les cas connus ne manquent pas. Mais les aviez-vous déjà expérimentés ?

Au Jardin botanique, c’est ce qui sera proposé : entrer, se coucher, se cacher à la manière d’un animal. L’exposition La nature pour toit consistera en un parcours de sept abris géants. Une grotte d’ours noir, un nid de pygargue, un cocon de papillon, une fourmilière ou encore l’habitat en soie de la chenille à tente seront parmi les cas exposés.

Selon la brochure du Jardin botanique, ce « salon de l’habitation animal » donne la preuve que l’on vit dans « un monde où les animaux donnent encore des leçons aux [humains] ». Le Stade olympique de Pékin, conçu par les starchitectes suisses Herzog de Meuron, n’est-il pas surnommé le Nid d’oiseau ? Présentée dans l’Arboretum du Jardin botanique, un vaste espace doté de 7000 spécimens arbres, La nature pour toit se déroulera du 15 juin au 3 septembre.

Aire pour monarques

Papillon en grand danger, le monarque voit sa survie menacée notamment par la disparition de son habitat. Une plante indigène au Québec lui est très chère : c’est sur l’asclépiade, et seulement sur elle, que ce grand migrateur pond ses œufs. Comme les champs d’asclépiades se font de plus en plus rares, l’Insectarium veut inciter la population à faire repousser la précieuse plante, source alimentaire des chenilles. L’établissement met en place l’événement Fiesta Monarque ! qui se voudra annuel. Y seront présentées les actions qui peuvent être prises pour la sauvegarde du papillon emblématique. La plantation d’asclépiades en est une, une action que la Ville de Montréal s’est engagée à faire dans ses jardins, comme l’ont déjà fait près de 300 municipalités nord-américaines. Fiesta Monarque ! aura lieu les 25 et 26 août.

En haut des arbres

Il n’y a pas que des animaux qu’on peut prendre des leçons. Les arbres et parmi eux les plus grands sont aussi de précieux professeurs. En matière d’habitat, il n’y aurait pas meilleur modèle que la canopée. Les visiteurs du Jardin botanique auront pour une rare fois l’occasion d’en voir une de près.

C’est que la canopée est un « habitat exceptionnel » qui se forme au sommet des grands arbres, notamment dans les régions tropicales, où la lumière et la chaleur facilitent la naissance d’écosystèmes riches et diversifiés. La reconstitution d’une canopée sera le point culminant d’une exposition consacrée à un botaniste français, dont la réputation s’est bâtie autour de ses explorations en haut des arbres. Intitulée Francis Hallé : carnets d’un botaniste, l’expo étalera dans l’Arboretum 18 dessins grand format. Au travers de leur promenade, les visiteurs tomberont sur la canopée.

Selon la brochure d’Espace pour la vie, Francis Hallé a constaté que la « surface totale d’un arbre de 15 mètres de hauteur représente environ 200 hectares », en calculant feuilles, tronc, racines… « De quoi nous faire pâlir avec nos 2 mètres carrés de peau », écrit l’auteur et journaliste Charles Prémont.

Ami des arbres, Francis Hallé a développé ses recherches autour de l’idée que ceux-ci ont beaucoup à nous enseigner. Pour son projet Le radeau des cimes, en cours depuis 30 ans, il a inventé une structure lui permettant de monter dans les arbres et d’en explorer la tête. « On y voit des conditions environnementales très différentes de ce que l’on trouve au sol », affirme le botaniste montréalais Alain Cogliastro, au sujet de la canopée, comme cité par Charles Prémont. « Quand on y reste quelques jours, on s’aperçoit de l’incroyable dynamisme de cet écosystème. »

Francis Hallé est un scientifique doublé d’une âme d’artiste. Ses dessins de la nature, résultats de ses observations, fusionnent ses deux expertises. Francis Hallé : carnets d’un botaniste se tiendra du 15 juin au 31 octobre.

Cinq ans sous ce toit

Déménagé du centre-ville et réinventé depuis 2013, le Planétarium célèbre cet été son 5e anniversaire en tant que quatrième morceau d’Espace pour la vie. Comment ? Par un retour sur « les deux spectacles multimédias coup de coeur des visiteurs ». Le programme double de 63 minutes réunit Continuum, oeuvre de Michel Lemieux et Victor Pilon (avec la musique de Philip Glass), et Aurorae, de Philippe Baylaucq et Sébastien Gauthier (avec DJ Champion). Rappelons que le premier propose un « poème cosmique » qui fait voyager de l’infiniment petit à l’infiniment grand. Le second couvre un vaste territoire, de Montréal à Yellowknife, à la recherche des aurores boréales. Le programme est en cours jusqu’en avril 2019.