La Biennale de Montréal déclare faillite

La Berlinoise Isa Genzken est l’une des figures internationales qui ont participé à l'évènement d'art visuel.
Photo: VG Bild-Kunst La Berlinoise Isa Genzken est l’une des figures internationales qui ont participé à l'évènement d'art visuel.

L’issue était incontournable, il ne manquait que la date : le 9 février dernier, la Biennale de Montréal a déclaré faillite, étouffée par une dette de 230 700 $.

Une trentaine de créanciers sont touchés par la faillite de l’événement d’art visuel. Les sommes dues vont de quelques centaines de dollars à plus de 86 000 $ — pour la compagnie Pacart, spécialisée en transport d’oeuvres d’art.

Dans un rapport aux créanciers daté du 28 février, le syndic détaille ainsi les causes de la faillite : « Selon la direction, le domaine de la philanthropie est très compétitif et les causes nécessitant du soutien sont nombreuses. Le financement pour la production d’événements dont les coûts sont fixes représente donc un défi important. »

230 700$
C’est le montant de la dette à laquelle fait face la direction de l’événement d’art visuel. Une trentaine de créanciers sont touchés par la faillite.

Il ajoute que « dans les mois précédant la faillite, [la Biennale] était dans l’incapacité de générer les produits nécessaires au soutien de [ses] événements par les campagnes de financement et les démarches personnalisées, notamment en raison des coûts élevés pour perpétuer ceux-ci. »

En bref : le plan d’affaires ne fonctionnait pas, et le projet coûtait trop cher.

Les créanciers pourraient recouvrer une partie des sommes dues. « Le syndic est d’avis qu’une distribution aux créanciers est probable », lit-on dans le document.

Moins de 4,5 %

Si c’est le cas, ce seront des sommes minimes. En janvier, Le Devoir rapportait que la direction de la Biennale avait transmis aux créanciers une proposition de remboursement couvrant 4,5 % des sommes qui leur étaient dues.

La lettre envoyée aux créanciers soutenait que « cette solution à l’amiable [leur serait] plus avantageuse qu’un processus formel d’insolvabilité, dont le coût diminuerait d’autant les montants » à recevoir. Le document précisait que « l’accord de tous les créanciers est requis afin de pouvoir procéder au paiement ».

Or, deux des plus importants créanciers avaient aussitôt rejeté la proposition. Le président de Pacart, Pierre Béchard, s’était dit « dégoûté de la façon dont [sont] traités les fournisseurs dans cette affaire », et jugeait la proposition « malhonnête ».

Mardi, M. Béchard ajoutait que le dossier souligne à son avis les « lacunes de gestion de la part d’un conseil d’administration bien naïf, bien que ses administrateurs soient des professionnels dans divers domaines. »

Défense

Le président du conseil d’administration de la Biennale, Cédric Bisson, a plusieurs fois défendu la gestion du conseil dans cette histoire. « On a fait tout ce qu’on a pu, disait-il en janvier. Dès qu’on a su [qu’il y avait un problème], on a agi. Mais il était rendu trop tard. On a fait tous les suivis qu’on pouvait, mais le conseil ne peut réagir que sur l’information qu’il reçoit. »

Quelques mois plus tôt, M. Bisson avait expliqué le déficit de l’événement par des revenus plus faibles, des dépenses imprévues… et par la gestion « perfectible » de l’administration précédente. La directrice générale et artistique de l’événement, Sylvie Fortin, a quitté ses fonctions en janvier 2017.

M. Bisson n’a pas rappelé Le Devoir mardi.

La Biennale a été mise en place en 1998 par le Centre international d’art contemporain de Montréal. Celui-ci a produit les sept premières éditions. La Biennale de Montréal s’est transformée en organisme à but non lucratif indépendant en 2013.

Un partenariat avec le Musée d’art contemporain de Montréal avait été signé pour la présentation de trois événements — celui prévu en 2018 avait été annulé dès l’été dernier.