De saint Jérôme à Marcel Duchamp

Avec la série «Le souffle des ancêtres», Elly Strik se laisse guider par la voix des anciens pour nourrir son intuition, et pour créer ses propres références. Sur la photo, son tableau «Universal String» (2011). 
Photo: Elly Strik Avec la série «Le souffle des ancêtres», Elly Strik se laisse guider par la voix des anciens pour nourrir son intuition, et pour créer ses propres références. Sur la photo, son tableau «Universal String» (2011). 

Dans l’espace de la galerie du 1700 La Poste, l’artiste néerlandaise Elly Strik a regroupé ses oeuvres autour de trois thèmes : la féminité, Darwin et la quête des origines, et le cosmos. L’exposition intitulée To All the Long Gone Darlings. And to You, à voir du 23 mars au 24 juin, est un hommage à la fois aux grands maîtres passés et à Jean-Christophe Ammann, commissaire d’exposition indépendant et directeur de plusieurs grands musées européens, décédé en 2015.

Photo: Elly Strik «Little friend» (2014)

Mais l’artiste, rencontrée lundi parmi ses oeuvres, souhaite que l’on circule dans la galerie selon notre propre intuition, vers ce qui nous attire avant tout.

Avec la série Le souffle des ancêtres, elle se laisse guider par la voix des anciens pour nourrir son intuition, et pour créer ses propres références. Son tableau Little Friend montre une main tenant entre ses doigts un crâne miniature. Dans la série de tableaux autour de Darwin, « l’artiste interroge la théorie de l’évolutionnisme », écrit, dans les textes accompagnant l’exposition, la commissaire Isabelle de Mévius.

« Le visage de Darwin se développe en portraits évolutifs, jusqu’à un dessin complètement obscur, introduisant symboliquement la démarche de l’artiste. »

Au fil des oeuvres, l’artiste évoque Vincent van Gogh, Edvard Munch, Marcel Duchamp, autant de maîtres auxquels elle rend hommage.

Photo: Elly Strik «A Window for Darwin II» (2015-2016) 

Dans la salle La chambre des rêves, Elly Strik consacre trois tableaux à l’univers de Sigmund Freud. L’un d’eux est un portrait de Freud, un autre représente son siège et un troisième, son divan.

À ce sujet, Elly Strik disait à Jean-Christophe Ammann : « Je voulais avoir ce meuble dans mon studio, pour voir ce que cela donnerait. Je pense que Freud est toujours présent. Nous vivons avec ses idées depuis longtemps, nous avons grandi avec elles. Avec la valeur qu’il accorde à notre conscience, à nos instincts et à nos rêves. Par lui, ou mieux encore, par la contemplation de ma version de son canapé, je voulais me rapprocher de ces aspects de moi. »

Juste derrière le portrait de Freud, on plonge 2000 ans en arrière en regardant celui de saint Jérôme. « Né en 347 à Stridon, Jérôme traduisit la Bible de l’hébreu au latin et fut considéré comme un des quatre pères de l’Église », écrit Isabelle de Mévius.

Dans la suite Dear Mystery. For Jean-Christophe, Elly Strik propose cinq tableaux qui font référence à l’écoute que Jean-Christophe Ammann a eue pour elle.

Photo: Elly Strik «Bride» (2002-2010)

Dans la série abordant la féminité, les tableaux se déploient en très grands formats. On y évoque tant le voile intégral, le voile de mariée, que la dualité des femmes face au chemin qu’elles prennent dans la vie. « Elly Strik fait la démonstration d’une dualité essentielle qui peut être vécue par ses personnages féminins, cette possible hésitation entre l’une ou l’autre attitude dans la vie », écrit encore De Mévius.

Née en 1961 à La Haye, Elly Strik vit présentement à Bruxelles. En 1987, elle s’est jointe à l’exposition A Choice, de Jean-Christophe Ammann, au KunstRAI d’Amsterdam. En 2014, elle a monté une exposition dans huit pièces du musée Reina Sofia, à Madrid.