«Cartes sur table»: oser la sincérité

Pour son exposition au Musée d’art contemporain des Laurentides, l’accent a été mis sur d’autres formes d’expression de Marie-Claude Bouthillier.
Photo: Lucien Lisabelle Pour son exposition au Musée d’art contemporain des Laurentides, l’accent a été mis sur d’autres formes d’expression de Marie-Claude Bouthillier.

Les murs de l’exposition de Marie-Claude Bouthillier au Musée d’art contemporain des Laurentides (MACL) affichent plusieurs séries de peintures, dont la plupart sont marquées de la grille et d’autres motifs géométriques chers à l’artiste. Les tableaux semblent pourtant ici secondaires et même, osons le dire, presque décoratifs.

Quelque part entre le jeu (de cartes) et le sérieux (de l’art), l’expo intitulée Cartes sur table n’est pas qu’une affaire de peinture. Ou si elle l’est, de peinture, celle-ci se manifeste en sourdine, en tant qu’élément d’un propos beaucoup plus vaste.

Ce n’est pas très important de savoir que l’exposition découle d’une relation épistolaire de l’artiste avec celui qui agit ici comme commissaire, Richard Gagnier, restaurateur d’oeuvres dans son autre vie — au Musée des beaux-arts de Montréal, pour ne pas le nommer. Cependant, leur échange de mots et de cartes postales a laissé des traces, notamment dans la réflexion sur l’art et la vie ainsi que dans la franchise des propos qui colorent Cartes sur table.

Marie-Claude Bouthillier n’a pas délaissé la peinture, mais ici, dans le musée de Saint-Jérôme, l’accent a été mis sur d’autres formes d’expression, l’art vidéo et l’art de la marionnette, pratiques nouvelles chez elle. Le côté artisanal, bricolé, disons, traduit sa volonté d’aller là où parfois on n’ose pas, de peur de franchir ce qui nous est déconseillé.

Comme un exutoire

Photo: Marie-Claude Bouthillier

La salle d’expo a des airs de plateau de jeu avec ses lignes au sol. Ceux qui oseront franchir la convention muséale du « ne pas toucher » découvriront, à l’intérieur d’une boîte en bois, un jeu de cartes. En d’autres mots, sans tomber dans la lourdeur d’un art relationnel quelque peu désuet, Marie-Claude Bouthillier invite le visiteur à interagir avec elle, avec son propos.

L’artiste n’est pas présente en chair et en os, mais à travers un alter ego baptisé Marinette, une marionnette très en verve dans une série de petites vidéos diffusées en boucle. Fabriquée à l’image de son auteure (chignon sur la tête, lunettes, entre autres), Marinette discourt sur de grands enjeux de la vie d’artiste. Il est question d’influences historiques, du travail en atelier, du marché de l’art, etc.

Drôle et attachante, la figurine à l’effigie de Marie-Claude Bouthillier fonctionne un peu aussi comme un exutoire : elle exprime tout bas ce qu’on dit rarement bien haut. Marinette, c’est la pensée intérieure de la peintre qu’on entend, et ce n’est pas sans raison si la marionnette s’adresse à nous (ou à la caméra) de sa niche, entourée de peintures semblables à celles exposées dans l’espace réel du musée.

Ces va-et-vient entre le vrai et le faux, entre le réel et le simulé, c’est aussi celui de l’univers des jeux. Ceux-là sont dotés de damiers ou de territoires à couvrir, à découvrir, que l’artiste voit comme des métaphores sociales, avec des règles qui imposent des comportements et des hasards qui nous forcent à faire des choix.

La prise de risques et le plaisir à jouer d’audace sont les leçons que donne la sympathique Marinette. On peut bien sûr la laisser parler intra-muros, à l’intérieur de ses vidéos. Mais on peut aussi mettre en pratique ses commentaires dans la salle du MACL.

À noter que les peintures exposées, des oeuvres sur laine feutrée pour la plupart, sont présentes à l’état nu, sans cadre, sans grande protection. En « toile libre ». Elles sont la preuve de ce que Marinette cherche à exprimer, soit de ne pas « incarcérer » l’oeuvre, de laisser vivre la fragilité, le danger, la « temporalité de l’atelier ». Autrement, déduit-on, l’art perd de sa véracité.

Le jeu de cartes qu’on est invité à trier offre, au hasard des associations, de petites maximes à prendre (ou non) au mot. C’est comme si on avait devant nous une diseuse de bonne aventure, personnage que Marie-Claude Bouthillier a par ailleurs déjà incarné dans le passé.

Cartes sur table, c’est un peu ça. Une occasion de s’exprimer ou d’agir de manière franche et honnête. À nous de décider si on ne le prend que comme un jeu, qu’on ne le fait qu’à l’intérieur des murs du MACL, ou aussi à l’extérieur.

Cartes sur table

De Marie-Claude Bouthillier. Au Musée d’art contemporain des Laurentides (101, place du Curé-Labelle, Saint-Jérôme), jusqu’au 31 mars.