La fondation de Montréal comme si on y était

Martine Letarte Collaboration spéciale
Vue sur une partie des fondations du fort de Ville-Marie
Photo: Pointe-à-Callière Vue sur une partie des fondations du fort de Ville-Marie

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Pointe-à-Callière ouvrait enfin au public en mai une partie du premier égout collecteur construit en Amérique du Nord, mis en valeur par Moment Factory. En même temps, les visiteurs ont pu découvrir la nouvelle exposition permanente Ici a été fondée Montréal, avec l’inauguration du Fort de Ville-Marie — Pavillon Québecor. Un legs de la Ville de Montréal à l’occasion de son 375e anniversaire qui reconnecte les Québécois à leurs origines.

Le musée d’histoire et d’archéologie Pointe-à-Callière, ouvert en 1992, est situé sur le lieu de fondation de Montréal. Comme preuve, on avait découvert sur ce site le premier cimetière qui remonte à 1643. Mais, jusqu’à tout récemment, on n’avait pas de traces du fort de Ville-Marie, la première installation temporaire de 1642 qui a permis aux Français venus évangéliser les Amérindiens de passer leur premier hiver dans le climat nord-américain.

« Normalement, le cimetière est à l’extérieur du fort, mais pas loin », explique Francine Lelièvre, fondatrice et directrice générale de Pointe-à-Callière.

Premières fouilles

Après des recherches infructueuses dans les alentours, un couple de personnes âgées s’est présenté au musée pour vendre un terrain voisin. Dessus, il y avait un entrepôt sous lequel personne n’avait jamais creusé. C’est ainsi que Francine Lelièvre est allée voir l’Université de Montréal pour créer un cours en archéologie historique sur Montréal afin de fouiller le site.

« Le premier vestige trouvé a été un foyer amérindien qui précède la fondation de Montréal », raconte Mme Lelièvre.

Ensuite, ils ont trouvé des traces du fort construit en 1642, puis agrandi en 1643. Comme les trous dans la terre qui ont été faits par les pieux utilisés pour construire la palissade. Un puits, construit en 1658, a aussi été trouvé. Des 49 fondateurs de Montréal, dont Paul de Chomedey de Maisonneuve et Jeanne Mance, on connaît le nom de 23.

« Seulement trois familles ont des descendances directes jusqu’à aujourd’hui : les Archambault, les Gadoua (Godé à l’époque), puis les Hébert », énumère Mme Lelièvre.

Plusieurs artefacts liés à leur vie quotidienne sont exposés, dont un cadran solaire gravé sur une ardoise, le plus ancien trouvé en Amérique.

En 1667, le fort a été transformé en atelier de métallurgie : on a trouvé d’autres traces dans le sol ainsi que des vestiges qui ne trompent pas, comme des scories, des résidus de la fusion métallurgique.

Puis, en 1688, le gouverneur de Montréal Louis-Hector de Callière a acquis le terrain où se dressait le fort pour y construire sa résidence.

« On a découvert que comme ce site était souvent inondé, il a ajouté un mètre de terre avant de se construire, ce qui a protégé les vestiges », explique Francine Lelièvre.

C’est donc grâce à une accumulation de hasards qu’on peut maintenant, après 15 ans de fouilles, visiter les entrailles du lieu de fondation de Montréal.

Pointe-à-Callière a opté pour un environnement épuré, qui laisse une place au recueillement, afin de rendre hommage aux fondateurs de Montréal. Un plancher de verre suspendu, avec des mécanismes pour assurer la conservation du sol, a été installé pour protéger les vestiges.

Un égout collecteur mis en valeur par Moment Factory

Pour découvrir le fort de Ville-Marie, il faut d’abord emprunter le premier égout collecteur d’Amérique du Nord, construit entre 1832 et 1838. À l’époque, les gens jetaient leurs déchets dans la Petite rivière, alors l’eau est devenue contaminée. Cela a atteint les puits et causé des épidémies, notamment de peste. On a donc décidé de recouvrir la rivière et de construire un égout pour recueillir les eaux de pluie et usées.

« Construit en pierre taillée, avec un axe cintré, l’égout est une oeuvre d’art en plus d’être une oeuvre d’ingénierie », affirme Francine Lelièvre.

L’installation Collecteur de mémoires, créée par la firme montréalaise Moment Factory, permet de vivre une expérience multisensorielle, un brin mystérieuse, à travers 110 mètres d’égout.

Spécialement pour les enfants

Pour les jeunes familles maintenant, Pointe-à-Callière a conçu spécialement l’exposition permanente Pirates ou corsaires ? C’est l’occasion de plonger dans la rude époque des marins de la Nouvelle-France. Pierre Le Moyne d’Iberville, capitaine de navire, doit enrôler de jeunes recrues pour affronter l’ennemi dans le golfe du Saint-Laurent. Avez-vous les capacités pour être retenu ? C’est ce que vous pourrez tester !

Vous êtes plutôt du type Indiana Jones ? Archéo-aventure permet aux jeunes de vivre l’expérience d’une fouille archéologique simulée. Avec de vrais outils, vous passerez du chantier à la tente de l’archéologue à l’espace laboratoire.