Pour que le public s’approprie les collections du Musée de la civilisation de Québec

Alice Mariette Collaboration spéciale
Couteau croche innu (montagnais) et appeau à orignal anichinabé (algonquin)
Photo: Jessy Bernier Perspective Couteau croche innu (montagnais) et appeau à orignal anichinabé (algonquin)

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

« Notre rôle est d’aider à comprendre notre passé, à construire notre présent et à rêver notre futur », explique Stéphan La Roche, directeur général du MCQ. Le musée souhaite avant tout donner aux visiteurs accès à « la collection qui appartient à tous les Québécois. » Le musée est un véritable lieu de référence et de crédibilité. C’est pourquoi l’équipe continue de mettre en valeur 225 000 objets, 1,2 km de documents d’archives historiques et 197 000 volumes rares ou anciens que contient la collection muséale. « À l’heure des technologies, de la dématérialisation, des fausses nouvelles, nos visiteurs n’ont jamais eu autant besoin d’avoir accès à des objets réels et tangibles », croit M. La Roche.

Faire ressortir l’émotion

Dans sa nouvelle exposition, Sortir de sa réserve : 400 objets d’émotion, le musée a décidé de mettre en valeur des pièces hétéroclites de sa collection. « Nous avons demandé à nos conservateurs de choisir les objets qui suscitaient chez eux une émotion, ceux qu’ils trouvaient les plus étonnants, bizarres, troublants… » raconte Stéphan La Roche. À partir de la liste de chaque conservateur, les artefacts ont été répartis en neuf zones, chacune représentant une aspiration humaine : s’enraciner, paraître, se transporter, apprendre, jouer, s’exprimer, habiter, s’élever et se perdre. Les visiteurs peuvent déambuler dans les corridors et y découvrir, par exemple, une veste tricotée de cheveux humains, un tourne-disque des années 1960 ou encore un vélocipède.

Dans cette exposition, les objets ne sont pas les seuls à sortir de leurs réserves, les conservateurs le font aussi. « Dans des vidéos, ils expliquent leur travail, pourquoi ils préfèrent tel ou tel objet, et cela permet une démocratisation de leur rôle », croit Stéphan La Roche. D’ailleurs en début d’exposition, les visiteurs sont invités à jouer eux-mêmes les conservateurs, en choisissant parmi plusieurs objets contemporains celui ou ceux qui, selon eux, devraient faire partie de la collection du MCQ. IPhone première génération, foulard de Régis Labeaume, bouteille de bière ou encore carte de guichet automatique, quel sera l’objet exposé dans 100 ans ? « Ce n’est pas si banal une carte de guichet, pourquoi ne serait-ce pas le témoin de notre quotidien ? » dit Stéphan La Roche en souriant.

À l’ère de la technologie

L’exposition permanente Le temps des Québécois — dont l’objectif est de faire connaître l’histoire de la Belle Province — a quant à elle été réactualisée, avec l’ajout d’une zone couvrant les années 1980 à 2010. Les visiteurs peuvent aussi toujours découvrir les expositions De trappeurs à entrepreneurs. 4 siècles de commerce à Québec ; Bibis, cloches et escarpins. Regards sur la donation Anne-Cantin-et-Pierre-Cantin et Dallaire. De l’idée à l’objet.

Par ailleurs, le MCQ offre maintenant la totalité de ses collections en ligne. Avec quelque 500 000 résultats de recherches possibles, il s’agit d’une des plus vastes bases de données au pays. « Nous sommes le premier musée à mettre en ligne l’entièreté de ses collections », assure M. La Roche, ajoutant pourtant qu’il ne pense pas être un jour remplacé par la technologie. « L’artefact a une magie qui ne peut pas se transmettre en ligne, notre plateforme est un outil d’enrichissement, un complément », ajoute-t-il.

En outre, 2018 sera une année de transformation pour le Musée de l’Amérique francophone. « Dans nos collections, la moitié des objets viennent du Séminaire de Québec, et nous trouvons que cette collection n’est pas assez mise en valeur », souligne Stéphan La Roche. Le chantier pour souligner la richesse de ces objets vient de démarrer et devrait aboutir d’ici deux ou trois ans.