Freiner son élan pour faire peau neuve

Etienne Plamondon Emond Collaboration spéciale
Extrait de l’installation vidéo <em>Manifesto</em> de Julian Rosefeldt mettant en scène l’actrice Cate Blanchett, qui prononce des manifestes artistiques à travers 13 rôles différents.
Photo: Julian Rosefeldt et VG Bild-Kunst Extrait de l’installation vidéo Manifesto de Julian Rosefeldt mettant en scène l’actrice Cate Blanchett, qui prononce des manifestes artistiques à travers 13 rôles différents.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Musée d’art contemporain (MAC) de Montréal vient de dépasser son record de visiteurs pour une seule exposition. Le 27 février dernier, il a annoncé que plus de 200 000 personnes étaient déjà entrées dans son établissement pour visiter Leonard Cohen. Une brèche en toute chose / A Crack in Everything, depuis son inauguration le 9 novembre dernier.

« Notre fréquentation augmente », se réjouit John Zeppetelli. Le directeur général et conservateur en chef du MAC observe du même souffle que la notoriété du musée ne cesse de croître. Le MAC va devoir en revanche freiner sa lancée en début d’année 2019. Afin de doubler son espace d’exposition et mettre en valeur sa collection permanente dans un tout nouvel environnement, l’établissement sera forcé de ralentir temporairement ses activités.

« C’est vraiment dommage de devoir interrompre tout ça, mais, ultimement, on va aboutir avec un magnifique nouveau bâtiment, qui sera vraiment à la hauteur de l’ambition de la communauté artistique de Montréal. » Le projet architectural de la rénovation devrait être dévoilé d’ici quelques semaines. Celui-ci doit attendre le feu vert du Conseil des ministres avant d’être montré au grand public, le gouvernement du Québec étant l’un des principaux bailleurs de fonds de ce chantier de plus de 44 millions. « Ça va être un très bel objet, extrêmement bien intégré dans le tissu urbain de la place des Festivals », assure M. Zeppetelli.

La programmation 2018 du MAC a été annoncée au début du mois de février comme la dernière à se dérouler dans la version actuelle de l’établissement. Dès la fin des dernières expositions temporaires planifiées, soit le 20 janvier 2019, le MAC prévoit de se réorganiser pour faire place aux travaux et au déménagement des quelque 8000 oeuvres de sa collection permanente.

Si au départ il prévoyait de garder ouvert un segment du musée le temps des rénovations, le MAC a dû se rendre à l’évidence que la teneur du chantier ne permettra pas un tel aménagement temporaire à l’intérieur de ses murs. « J’ai confiance que dans les prochaines semaines, on va pouvoir confirmer un lieu pour opérer un MAC temporaire, réduit bien sûr, parce qu’on ne peut pas à la fois mener un chantier complexe de rénovation d’un côté et faire une programmation intense d’une autre, dit M. Zeppetelli. C’est clair qu’on ne veut pas disparaître pendant deux ans. On va être actif, mais d’une autre façon. Peut-être avec des projets ponctuels […] Mais il nous faudra aussi un peu de temps de réflexion pour déployer la collection lors de la grande réouverture et préparer d’autres expositions temporaires qui vont être pertinentes et intéressantes. »

M. Zeppetelli l’admet : ce grand bouleversement lui apparaît à la fois « enthousiasmant » et « stressant ». « Personnellement, je me sens mal, parce qu’on a développé un public fidèle, puis on va lui demander d’aller dans un autre lieu, qui sera peut-être plus petit et où on ne pourra pas vraiment faire quelque chose d’aussi ambitieux. L’idée sera de faire quelque chose de super excitant, mais d’une nouvelle façon. »

Il reste néanmoins au moins un an aux amateurs d’art contemporain pour visiter le MAC tel qu’on le connaît avant les grands travaux. À partir du 24 mai et jusqu’au 9 septembre, l’établissement exposera l’artiste Rafael Lozano-Hemmer. L’automne, quant à lui, se fera sous le signe des manifestes. Du 18 octobre au 20 janvier prochain, l’établissement accueillera l’installation vidéo Manifesto de Julian Rosefeldt. Celle-ci met en scène l’actrice Cate Blanchett, qui prononce des manifestes artistiques à travers 13 rôles différents. Le MAC profitera de l’occasion pour présenter, durant la même période, une rétrospective de la cosignataire du Refus global, Françoise Sullivan.

Quant à l’exposition Leonard Cohen. Une brèche en toute chose / A Crack in Everything, les Montréalais ont jusqu’au 9 avril pour l’admirer. Ensuite, il y a de fortes chances qu’elle poursuive sa vie à l’étranger. « Cohen, c’est une figure si mondiale, qu’on a des visiteurs qui font le voyage d’un peu partout expressément pour voir l’exposition », note John Zeppetelli.

Au-delà du succès rencontré, le directeur général souligne que cette exposition « a été une expérience très touchante dès le début ». En tant que commissaire, John Zeppetelli a commandé plusieurs oeuvres et visité les ateliers des artistes alors qu’ils concevaient leur hommage au chanteur et poète montréalais décédé en 2016. « On avait énormément confiance en eux, mais quand tout a été installé […] on était vraiment ravi de la cohérence du propos. Ce fut une super belle expérience et on espère faire voyager cette expo. »