Quand le Musée d’art de Joliette vient à nous

Marie-Hélène Alarie Collaboration spéciale
Un visiteur observe l’œuvre <em>Divertissement</em> (1943) de Georges Rouault. En arrière-plan, à gauche, <em>Se fueron los curas 4 </em>(2007), photo de Yann Pocreau.
Photo: Ville de Montréal Un visiteur observe l’œuvre Divertissement (1943) de Georges Rouault. En arrière-plan, à gauche, Se fueron los curas 4 (2007), photo de Yann Pocreau.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Bon an, mal an, entre 10 et 20 des 8500 oeuvres de la collection du Musée d’art de Joliette, le MAJ, sont prêtées à des établissements canadiens, et bien souvent à des musées à l’étranger. Mais pour la première fois, une cinquantaine d’oeuvres partent à la rencontre du public montréalais dans une exposition intitulée Le musée s’expose. Regards sur les collections du Musée d’art de Joliette. Jusqu’au 13 mai prochain, il sera possible de visiter l’exposition à la toute nouvelle Maison de la culture Claude-Léveillée, la MCCL, de l’arrondissement de Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension.

« On essaie de sortir le Musée de ses murs et d’aller vers les gens », lance Jean-François Bélisle, le directeur général et conservateur en chef du MAJ, en poste depuis deux ans. Il ajoute qu’« historiquement, le musée bénéficie d’une fréquentation respectable mais pas énorme, et on tente de la faire grandir ».

Comme la mairesse de l’arrondissement, Giuliana Fumagalli, le mentionnait lors du vernissage, c’est extraordinaire de faire quelques pas hors de chez soi, de pousser gratuitement la porte d’une salle d’exposition et de contempler des oeuvres d’Emily Carr, de Paul-Émile Borduas, d’Alfred Laliberté et même de Rodin.

La collection du MAJ est un secret bien gardé, elle compte parmi les quatre plus grandes au Québec. Mais si elle étonne, c’est aussi par son côté éclectique dû au style atypique du fondateur du musée, le père Wilfrid Corbeil, clerc de Saint-Viateur. Son mandat, qu’il a exercé de 1940 jusqu’à sa mort en 1979, était de doter le collège de pièces d’art sacré, une mission qu’il a très bien accomplie puisqu’il a réussi à mettre la main sur une grande quantité d’oeuvres, dont certaines remontent à la Renaissance. Mais le véritable dada du père Corbeil c’était l’art contemporain : « Il n’a d’ailleurs pas hésité à acquérir un tableau de Borduas de la période où l’artiste basculait dans l’art abstrait », explique le conservateur.

L’exposition des commissaires Claude Morissette, agent culturel de la MCCL, et Marie-Claude Landry, conservatrice des collections du MAJ, permet au visiteur d’apprécier cet éclectisme puisque l’exposition établit un dialogue entre art sacré et art contemporain à travers des « oeuvres de toutes les périodes, des connues et d’autres qui le sont un peu moins », précise Jean-François Bélisle. Les commissaires se devaient d’être innovants, pas tant dans la sélection des oeuvres, mais dans leur présentation.

Le musée s’expose, c’est donc aussi une exposition sur la muséologie, plus précisément sur les dessous d’un musée. On a choisi de présenter les oeuvres comme on les verrait si elles étaient entreposées dans les réserves du musée : les informations ne se retrouvent pas sur un cartel au mur, mais sur des étiquettes fixées aux oeuvres et toutes les pièces tridimensionnelles sont enveloppées dans leur incrustation, un type d’emballage dont les musées se servent pour l’entreposage.

« Je vois les oeuvres de cette expo comme des amuse-bouche qui vont donner envie aux visiteurs de venir voir toutes les autres », conclut Jean-François Bélisle.