L’art contemporain rencontre des oeuvres du passé

Martine Letarte Collaboration spéciale
<em>Vanité</em>, 1660, N.L Peschier
Photo: Christine Guest MBAM Vanité, 1660, N.L Peschier

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

N’importe qui peut chercher des oeuvres par thème dans les moteurs de recherche sur le Web. Et les résultats, qui lient différentes oeuvres, de différentes époques et styles, sont parfois étonnants. C’est dans cet esprit que le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a créé l’exposition Mnémosyne. Quand l’art contemporain rencontre l’art du passé, présentée jusqu’au 5 août au pavillon Jean-Noël Desmarais.

Qu’ont en commun les oeuvres S’attarder dans la demeure du temps (Vanitas), réalisée en 2016 par Dan Brault, un artiste de Québec qui n’a pas encore 40 ans, et Vanité, de l’Européen du XVIIe siècle N.L. Peschier ? Dès le premier coup d’oeil, en fait, on voit que l’inspiration est la même. La vanité est, dans les codes anciens du genre, une nature morte associée à une symbolique de la mort. D’où les crânes, au centre des deux oeuvres. Et la réflexion qui s’ouvre sur la précarité de l’existence.

« Grâce à cette association, le visiteur peut découvrir Dan Brault, aller lire par la suite sur lui et sur ce qu’est la vanité, puis construire en même temps sa connaissance de l’histoire de l’art », explique Geneviève Goyer-Ouimette, conservatrice de l’art québécois et canadien contemporain au MBAM et commissaire de l’exposition.

En passant par la suite par le Pavillon pour la paix Michal et Renata Hornstein, le visiteur pourra prendre plaisir à chercher l’oeuvre de Peschier pour l’admirer grandeur nature.

« Reconnaître une oeuvre qu’on a vue auparavant suscite un grand plaisir chez le visiteur », constate Geneviève Goyer-Ouimette.

Créer un pont

Dans cet espace dédié à l’art contemporain au MBAM, cette exposition est née avec la mission de créer un pont avec le nouveau Pavillon pour la paix Michal et Renata Hornstein, où on trouve 750 oeuvres des maîtres anciens à l’art contemporain.

Pour relever le défi, Geneviève Goyer-Ouimette a réactualisé l’approche développée par l’historien de l’art Aby Warburg dans son Atlas mnémosyne. Elle a ainsi réalisé des associations libres, basées sur le style, la forme ou le thème, entre des oeuvres d’aujourd’hui et du passé.

Autre exemple d’association : Mixed Blessing (2011) de Rebecca Belmore, première femme autochtone à avoir représenté le Canada à la Biennale de Venise en 2005, et Sainte Marie Madeleine au désert (1784) de Jean-Joseph Taillasson. Les deux oeuvres présentent une femme à la chevelure abondante, toutes deux des figures marginalisées, voire repentantes.

Puis, Catherine Bolduc a revu le concept de la nature morte en 2016 avec Tentative d’évasion. On voit d’abord un paysage mystérieux d’ombres portées, puis on comprend qu’elles sont produites par des projections lumineuses sur des objets du quotidien. Cette oeuvre a été associée avec Nature morte aux coquillages et au corail de Jacques Linard, de 1640.

« Nous avons créé des associations entre des oeuvres, mais il y en a d’autres possibles et nous invitons les gens à continuer ce travail d’association, qui est une façon de donner du sens aux oeuvres », indique Mme Goyer-Ouimette.

Au total, le MBAM a mis en valeur dans cette exposition 14 oeuvres d’artistes québécois et canadiens, soit Edmund Alleyn, Rebecca Belmore, Catherine Bolduc, Dan Brault, Jack Chambers, Pierre Dorion, Karel Funk, Manon Labrecque, Mathieu Lefèvre, Karine Payette, Michael Snow, Marion Wagschal, Kim Waldron et le collectif N.E. Thing Co.

Dessins et estampes

Le MBAM présente aussi depuis décembre Hommage au Dr Sean B. Murphy (1924-2017). Cinq siècles de dessins et d’estampes. C’est l’occasion de découvrir une cinquantaine des nombreuses oeuvres sur papier du XVIe au XXe siècle que ce collectionneur a léguées au musée.

On y trouve des dessins et estampes de maîtres européens anciens et modernes, de même que d’artistes nord-américains. Entre autres, on note du côté de l’Europe des oeuvres de Canaletto, Giovanni Battista Piranesi, Pablo Picasso, Henry Moore et Stanley William. Du côté des Américains, on peut admirer notamment des oeuvres de George Wesley Bellows et Stow Wengenroth. Le Québec est aussi bien représenté avec des tableaux d’Alfred Pellan et Jean-Paul Riopelle.

Ophtalmologiste de profession, Sean B. Murphy a été président du MBAM pendant plusieurs années et jusqu’à très récemment, il y a présidé différents comités d’acquisition. Le médecin a également créé un fonds d’acquisition d’estampes et ses proches ont créé en son nom un fonds destiné à l’acquisition d’oeuvres sur papier. Ces initiatives ont permis de perpétuer sa donation au MBAM et ont rendu possible l’acquisition de nouveaux chefs-d’oeuvre.