Suivez les abat-jour au Musée national des beaux-arts du Québec

André Lavoie Collaboration spéciale
<em>Blues</em>, 1971, Rita Letendre
Photo: Jean-Guy Kérouac MNBAQ Blues, 1971, Rita Letendre

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les badauds qui s’aventurent pour la première fois avenue Cartier, à Québec, doivent lever bien haut la tête : leur regard est alors immédiatement attiré par de gigantesques abat-jour qui surplombent l’une des artères commerciales les plus agréables et les plus animées de la capitale.

Depuis 2015, ce parcours, intitulé Lumière sur l’art, est le fruit d’une collaboration entre plusieurs partenaires publics et privés, dont le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) qui joue le rôle de commissaire. D’une année à l’autre, l’établissement muséal qui domine les plaines d’Abraham en profite pour présenter des trésors de sa collection, et le talent d’ici. Après les tandems formés de Fernand Leduc et Alfred Pellan en 2015-2016, Rita Letendre et Jacques Hurtubise en 2016-2017, 34 oeuvres signées Pierre Ayot et d’inspiration pop art sont reproduites sur les imposants abat-jour, bien visibles jusqu’en octobre 2018.

Cette manière brillante de transformer le paysage invite à suivre le chemin qui mène immanquablement au MNBAQ, situé à deux pas de la rue commerçante. Depuis l’ouverture du pavillon Lassonde, nouvelle porte d’entrée elle aussi très lumineuse, les visiteurs se font plus nombreux, plusieurs à l’affût d’expositions prestigieuses, comme cette incontournable rétrospective Alberto Giacometti, à l’affiche jusqu’au 13 mai 2018.

Art du temps présent

Les blockbusters muséaux font parfois de l’ombre aux autres expositions offertes dans les grands musées, et le MNBAQ a beaucoup à offrir, surtout avec le redéploiement de ses collections permanentes. On peut d’abord découvrir toute la finesse de l’art inuit, l’une des collections les plus importantes au Canada grâce à un don de Raymond Brousseau en 2005, déploiement qui met en valeur une soixantaine d’artistes de toutes les régions du pays. Pour ceux qui n’ont pas encore été confrontés aux extravagances du Québécois David Altmejd, la gigantesque installation The Flux and the Puddle, celle qui fait fureur partout où elle est exposée, prendra ses aises au musée pendant plusieurs années, et dans une salle qui lui est entièrement consacrée. Autre chef-d’oeuvre de démesure : les 30 tableaux de L’hommage à Rosa Luxemburg, de Jean-Paul Riopelle, exposés de manière à en saisir tout le caractère majestueux.

Les amateurs de démarches qui s’inscrivent résolument au temps présent, ou dans un passé pas si lointain, en auront encore plus à découvrir grâce aux nouveaux espaces permettant le déploiement de plusieurs propositions massives signées par des artistes québécois depuis les années 1960. À partir d’une riche collection comportant 9000 oeuvres, 80 d’entre elles sont disposées dans cinq salles pour offrir un vaste tour d’horizon judicieusement intitulé De Ferron à BGL. Car de la fougue de la peintre Marcelle Ferron, signataire du manifeste Refus global, aux fantaisies débridées du collectif de la capitale en passant par le fabuleux lustre aux objets hétéroclites de Claudie Gagnon, tout est mis en place pour une histoire de l’art au Québec à la fois ludique et flamboyante.