Le festival Art souterrain se met au boulot

Avec «The Real Story of The Superheroes», la Mexicaine Dulce Pinzón déguise en superhéros des ouvriers latino-américains qui travaillent à New York, proposant du coup une critique de l’exploitation des immigrés aux États-Unis.
Photo: Dulce Pinzón Avec «The Real Story of The Superheroes», la Mexicaine Dulce Pinzón déguise en superhéros des ouvriers latino-américains qui travaillent à New York, proposant du coup une critique de l’exploitation des immigrés aux États-Unis.

Tous les jours, dans le métro de Montréal, défilent quelque 300 000 travailleurs qui se rendent à leur milieu de travail ou en reviennent. C’est sans doute ce qui a inspiré le festival d’art contemporain Art souterrain cette année, qui a choisi le thème Labor improbus (« travailler sans relâche » en latin), une grande variation sur la question du travail. Ainsi, 98 projets, signés de 94 artistes, aborderont par l’art les questions complexes de l’esclavagisme moderne, de la prostitution, des espaces de travail des salariés, du travail des migrants, de la marchandisation, des grèves ou, plus simplement, du temps que l’on donne en échange de l’argent.

Pour les commissaires Frédéric Loury, Pascale Beaudet et Emeline Rosendo, le travail y est abordé de façon critique, mélancolique, explicative, absurde, cocasse, poétique ou métaphorique.

Avec l’installation The Trainee, la Finlandaise Pilvi Takala aborde le « semblant de travailler », beaucoup plusacceptable que le refus de travailler. Se posant à contre-courant des diktats économiques et sociaux, le Français Julien Prévieux présente ses Lettres de non-motivation, par lesquelles il a répondu personnellement, depuis 2003, à différentes offres d’emploi. Dans chacune de ses lettres, il démontre comment il n’est pas le candidat qu’il faut pour le poste.

Avec The Real Story of The Superheroes, la Mexicaine Dulce Pinzón déguise en superhéros des ouvriers latino-américains qui travaillent à New York, proposant du coup une critique de l’exploitation des immigrés aux États-Unis.

Nouveaux espaces

Pour son 10e anniversaire cette année, le festival d’art souterrain a investi de nouveaux espaces. Il se déploiera dans sept édifices du réseau souterrain montréalais et dans neuf lieux satellites.

Le festival débute officiellement le 3 mars, mais l’équipe lançait mardi, à la Grande Bibliothèque, l’exposition Éclats de mémoire. Quand l’art retravaille le passé, de Sébastien Cliche, Morid Kitenge Banza et Marc-Antoine K. Phaneuf. L’exposition est au carrefour de deux anniversaires, puisque la Bibliothèque nationale du Québec célèbre ses 50 ans cette année.

Les trois artistes ont donc fouillé dans les archives publiées de la bibliothèque pour en tirer des installations. Marc-Antoine Phaneuf en a tiré un petit livre autobiographique de trois pages, suivi de trois pages de références tirées de ses différentes lectures. On peut aussi admirer les artefacts qui ont inspiré son livre.

Moridja Kitenge Banza a quant à lui endossé le rôle du griot et s’est enregistré en racontant différentes histoires du patrimoine. On y apprend par exemple pourquoi, selon une légende autochtone, les ours ont une toute petite queue… Il s’est également inspiré du fait que des billets de Loto-Québec ont déjà été imprimés dans l’édifice de conservation des documents de Bibliothèque et Archives nationales du Québec et en a tiré l’installation Si je gagne, je travaille… 

Dans une vidéo montrant les espaces de réserve de Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Sébastien fait la démonstration de l’immatérialité de notre mémoire collective.

Le festival Art souterrain a ajouté quelques éléments à sa programmation cette année, en particulier à l’attention des passants pressés. En semaine, ceux-ci pourront par exemple profiter d’un « Midi express », lors duquel un médiateur présentera une oeuvre en quelques minutes, ou encore d’un « Vivant midi », où quatre édifices du parcours souterrain accueilleront tour à tour une série de performances. Le festival se déroule du 3 au 25 mars.