Le MBAM veut se faire carrefour des cultures du monde

Nathalie Bondil souhaite que la nouvelle collection intègre une consonance locale, qui témoignera de l’immigration à Montréal par exemple. De nouvelles œuvres seront commandées à cet égard.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Nathalie Bondil souhaite que la nouvelle collection intègre une consonance locale, qui témoignera de l’immigration à Montréal par exemple. De nouvelles œuvres seront commandées à cet égard.

Le Musée des beaux-arts de Montréal ouvrira dès 2019 une nouvelle aile consacrée aux cultures du monde et à l’immigration. Cette collection sera installée dans les salles du pavillon Desmarais laissées vacantes par le déménagement des collections d’art historique dans le pavillon pour la Paix, inauguré en 2017.

C’est ce qu’a annoncé lundi la directrice du MBAM, Nathalie Bondil, lors d’un dîner organisé par le Cercle canadien de Montréal lundi. Cette exposition devrait être organisée de façon transhistorique et thématique, par exemple autour de la musique et de l’alimentation.

Plutôt qu’une mosaïque, Nathalie Bondil veut qu’il s’agisse d’un carrefour, avec différents maillages, où l’art contemporain pourra croiser l’art préhistorique par exemple.

Elle souhaite aussi que cette collection intègre une consonance locale, qui témoignera de l’immigration à Montréal par exemple. De nouvelles oeuvres seront commandées à cet égard. Déjà, on parle d’y aborder des thèmes comme l’appropriation culturelle ou l’autodétermination au féminin, à travers des oeuvres comme celles de Samuel Fosso ou de Meryl McMaster.

Acceptance, émotions et fréquentation

Mme Bondil a également profité de cette conférence pour interpeller la nouvelle mairesse de Montréal, Valérie Plante, quant à l’accessibilité du musée, notamment pour les groupes scolaires, qui doivent débourser des sommes considérables pour venir visiter le musée en autobus. La directrice du MBAM ne cache pas que cet accès serait aussi largement favorisé par un accès souterrain au musée par la station de métro Peel.

Il faut dire que l’atteinte de nouveaux publics est au coeur de l’orientation du MBAM, comme l’explique Mme Bondil. Or, ces publics ne sont pas nécessairement des habitués du Musée ou des musées en général. Mme Bondil croit d’ailleurs en la mission sociale de son institution et souhaite recevoir les publics « empêchés » ou marginalisés. « Il faut aller chercher les groupes », dit-elle, et cela entraîne « des enjeux de transport public ». Son approche vise l’« acceptance plutôt que la tolérance ». Plutôt que l’intelligence artificielle, qui demeure pour elle un outil, c’est l’intelligence émotionnelle qui motive surtout la directrice du MBAM. Au-delà du « je pense donc je suis » de Descartes, elle se concentre sur le « je ressens donc je suis », notamment grâce aux programmes d’art-thérapie élaborés par le musée, qui travaille en collaboration avec quelque 450 organismes.

Son approche semble porter ses fruits, si l’on considère les données qui ont été rendues publiques lundi sur la fréquentation du musée. L’institution a en effet reçu 1 323 837 visiteurs en 2017, soit 42 % de plus qu’en 2016. Cette fréquentation record a sûrement quelque chose à voir avec les célébrations du 375e anniversaire de Montréal, notamment la Balade pour la paix, musée à ciel ouvert déployé rue Sherbrooke.

On a aussi assisté l’an dernier à l’inauguration du nouveau pavillon pour la Paix Michal et Renata Hornstein. La seule exposition Chagall : couleur et musique a de son côté généré 302 992 entrées, et s’est classée parmi les cinq expositions les plus fréquentées de l’histoire du MBAM.