Une année comme les autres en arts visuels

Vue de l'exposition Mitchell-Riopelle
Photo: MNBAQ Vue de l'exposition Mitchell-Riopelle

On nous l’a répété, répété et répété : 2017 était une année bien spéciale, celle du 375e de-ci, du 150e de ça et même du 50e de cela. On nous avait annoncé des programmations culturelles grandioses et uniques, teintées de la célébration. Douze mois plus tard, ce qu’on retient en arts visuels, ce sont des expositions tenues en dehors de toute fête. Autrement dit, 2017 aura été une année comme les autres.

À la fine pointe du dessin

Deux des meilleures expos ont été consacrées au dessin. Présentées l’une en janvier et février (HB no 6/Hors page, Centre Clark), l’autre à l’automne (Des lignes, du temps, Fondation Molinari), elles ont parlé à la fois de simplicité et de créativité, de traits communs et d’expression individuelle. Le dessin n’est plus tenu qu’à la feuille de papier, et les artistes du 6e numéro de la revue HB l’ont démontré. Le dessin est une école de pensée ouverte et inclusive, ainsi que l’a magnifié l’hommage aux maîtres et élèves de l’Université Concordia.

Le maître Morelli

Photo: Guy L’Heureux «La femme loup», François Morelli, 2015

Dans la lignée du dessin exposé, le centre 1700 La Poste a frappé un grand coup, son meilleur coup. La rétrospective François Morelli (artiste déjà associé à l’expo de la Fondation Molinari, en tant que professeur à Concordia) parcourt 40 années d’un travail où le dessin et le corps font un. Les oeuvres réunies, sculptures comprises, ont donné du rythme à la présentation et rappelé la variété des procédés chez un dessinateur. Intimiste et monumentale, la signature Morelli a mêmepris racine avec bonheur dans l’ancien coffre-fort des lieux. L’expo a été prolongée jusqu’au 7 janvier.

Deux monuments

Photo: Marion Landry Françoise Sullivan, «Les saisons Sullivan», détail («Danse dans la neige»)

L’année a débuté et s’est terminée par des saluts à deux grands artistes du Québec, encore vivants à 92 ans (Françoise Sullivan) et presque 90 (Gabor Szilasi). L’expo Trajectoires resplendissantes, à la Galerie de l’UQAM, a offert une perspicace étude sur Sullivan, qui a fait de la création (en peinture, danse, photographie, sculpture) sa matière. De Szilasi, le Musée McCord présente une expo limitée à une période, mais tournée aussi vers la création. En cours jusqu’en 2018, Le monde de l’art à Montréal, 1960-1980 dévoile, grâce à l’oeil du photographe, autant la gloire et les travers d’une époque. Cette expo historique ne porte pas le sceau du 375e de Montréal.

Pas de raison de fêter

Le Musée d’art contemporain de Montréal (MAC) a consacré une bonne partie de 2017 à commander des oeuvres inédites pour célébrer le passé — les expos couci-couça sur Expo 67 et sur Leonard Cohen, celle-ci incluse dans le 375e. Le meilleur du MAC est venu au printemps avec le solo de la Mexicaine Teresa Margolles, dont le travail, difficile et nécessaire, scrutait la violence et les injustices, notamment celles envers les femmes. Ce type d’art, à mi-chemin de la dénonciation et de l’exutoire collectif, s’est aussi manifesté avec doigté et pertinence dans deux centres d’artistes. Skol s’est tourné vers la Syrie en guerre avec l’expo collective Paysage interne et Dazibao s’est penché sur la question migratoire avec un programme triple, incluant expositions et programme cinéma.

Mariage parfait

Photo: Patrice Schmidt Joan Mitchell, sans titre, vers 1969. Huile sur toile, collection particulière, Paris, Estate of Joan Mitchell.

À Québec, le Musée national des beaux-arts du Québec avait de quoi célébrer avec une première année entièrement animée par le nouveau pavillon qui a fait exploser ses espaces d’exposition. Il aura fallu cependant attendre octobre pour retrouver le mariage parfait entre contenant et son contenu. L’inédite expo Mitchell-Riopelle, un couple dans la démesure, avec ses peintures aux immenses formats a été très bien servie par le pavillon Lassonde. Et vice-versa. Le clinquant bâtiment a trouvé là, dans la dynamique rivalité entre Joan Mitchell et Jean-Paul Riopelle, toute sa raison d’être. Toujours en cours, jusqu’au 7 janvier.

Plein air et démesure

En cette année de festivités, on a eu droit à des projets en plein air, la plupart démesurés et confus. La Balade pour la Paix (Musée des beaux-arts de Montréal), km3 (Quartier des spectacles), la promenade Fleuve-Montagne et Repères/Landmarks (Parcs Canada) ont profité des fonds publics pour disséminer l’art, et toutes sortes d’initiatives (drapeaux, mobilier, concepts), dans les rues de Montréal et les parcs du pays. Trop, c’est comme pas assez. Loin de ce programme, les centres Clark et L’Oeil de Poisson ont investi l’autoroute 20 pour étaler leur (peu) de ressources. L’expo Truck Stop, certes inégale, a au moins eu le mérite de poser la question sur la nécessité de s’arrêter, parfois, dans la vie.