La DHC/ART présente un solo de la figure consacrée de l’art vidéo Bill Viola

Bill Viola, «Inverted Birth», 2014. Projection vidéo HD en couleur sur écran; stereo; 8 min 22 s. Performeur: Norman Scott.
Photo: Kira Perov, Avec l’aimable permission de Bill Viola Studio Bill Viola, «Inverted Birth», 2014. Projection vidéo HD en couleur sur écran; stereo; 8 min 22 s. Performeur: Norman Scott.

Le travail du pionnier de l’art vidéo Bill Viola fait l’objet d’une exposition à DHC/ART, qui en présente les inflexions récentes, dont en première canadienne Inverted Birth (2014). Autour de cette oeuvre spectaculaire, cinq autres vidéos se greffent, donnant un aperçu d’une production marquée par la récurrence de symboles ouvrant sur des questions existentielles.

La pièce maîtresse de l’exposition condense d’ailleurs la teneur d’une démarche qui se déploie depuis 40 ans. Sur un écran vertical s’élevant majestueusement sur cinq mètres, un personnage masculin se tenant debout traverse différents états. Tout comme la caméra qui capte le long plan-séquence, il reste en fait sur place alors que la chute inversée de liquide le transforme. Au sens propre comme au sens figuré.

Expériences liminales

La couleur du liquide va du noir au clair en passant par le rouge et le blanc, suggérant ainsi une sorte de purification de l’homme qui, au terme du processus, est sec mais auréolé d’une bruine lumineuse qui traduit le calme après la tempête. Ou qui présage une suite plus sombre, car le modèle du cycle sous-tend cette oeuvre, et plusieurs autres aussi, chez l’artiste qui travaille avec Kira Perov, sa compagne dans la vie comme dans sa carrière.

 

Milieu aquatique

Élévation, déchéance, passages et transitions sont aussi évoqués dans Ascension (2000), où la caméra sous l’eau capte la plongée d’un homme. L’image au ralenti fait sentir les diverses forces agissantes et l’abandon partiel du personnage dans l’environnement aquatique magnifié par la lumière diffractée.

Depuis The Reflecting Pool (1977-1979), l’eau est une constante dans le travail de Viola, qui parle ainsi de la vie par les étapes et les rites qui en marquent la durée, par ses dimensions métaphysique et perceptuelle. Dans ce classique de l’art vidéo, c’est l’artiste qui s’élance afin de plonger dans un bassin d’eau en plein air. Par un fin travail de manipulation de l’image, l’action est complexifiée, les temporalités multipliées sur la même surface, en gommant la figure humaine pour la faire réapparaître ailleurs et en créant de la discontinuité entre les choses et leurs reflets rendus par l’eau. De là viendra cette idée à Raymond Bellour que l’artiste sculpte le temps.

The Return, à la DHC, en propose une variante. Un personnage féminin avance vers nous, passe du noir et blanc à la couleur, de la mort à la vie. La traversée physique et sa métaphore sont appuyées par la technique qui combine l’analogique granuleux au numérique de très haute résolution que sépare un écran d’eau. Tirée de la série Transfigurations, l’oeuvre n’a pas l’éclat et la gravité de sa présentation sous forme d’installation, comme elle fut montrée par exemple à Venise en 2007, dans la chapelle d’une église.

 

Trois autres oeuvres complètent l’exposition en traitant de filiations et de transmissions intergénérationnelles. Le désert de Mojave en est cette fois le théâtre, autre type de territoire exploité par l’artiste au fil des années pour camper ses réflexions parfois mystiques. La marche lente des personnages est captée de très loin, retenant l’attention dans l’expectative d’un dénouement.

Ce solo est le premier au Québec depuis celui que le Musée d’art contemporain de Montréal avait réservé à l’artiste en 1993. Il est d’ailleurs possible de voir jusqu’au 19 novembre, dans les salles de la collection permanente, The Sleepers (1992), l’oeuvre saisissante que Bill Viola avait faite sur demande pour l’expo Pour la suite du monde, soulignant le déménagement du musée sur le site de la Place des Arts. Des barils de métal emplis d’eau abritent au fond des portraits de dormeurs, diffusés dans des moniteurs. Cette improbable rencontre entre l’eau et l’électronique accentue le monde parallèle de leur conscience qui nous est ainsi refusée.

Naissance à rebours

De Bill Viola. Exposition présentée à DHC/ART Fondation pour l’art contemporain (451, rue Saint-Jean, Montréal) jusqu’au 11 mars.