Au service de tous les citoyens

André Lavoie Collaboration spéciale
Suzanne Sauvage, présidente et chef de la direction du Musée McCord
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Suzanne Sauvage, présidente et chef de la direction du Musée McCord

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Les distinctions se multiplient pour Suzanne Sauvage et l’établissement qu’elle dirige depuis 2010. En l’espace de quelques semaines, la présidente et chef de la direction du Musée McCord a reçu le prix Événement 2017 du magazine Montréal centre_ville, le 24e prix Femmes de mérite de la Fondation Y des femmes et le prix Excellence de la Société des musées du Québec pour l’exposition temporaire Notman, photographe visionnaire. L’occasion de revenir sur son parcours et sur celui d’un musée revendiquant aujourd’hui une étiquette « citoyenne ».

Autant de prix remis en si peu de temps, c’est une période faste dans votre carrière…

Je le dis en toute humilité : deux de ces prix m’ont été décernés, mais ils soulignent d’abord et avant tout le renouveau du Musée McCord, le résultat d’un travail d’équipe. On n’accomplit jamais rien tout seul. Le prix de la Société des musées du Québec est aussi une grande source de fierté, la reconnaissance de nos pairs pour une exposition marquante, doublé d’un prix d’excellence décerné l’an dernier par l’Association des musées canadiens pour le catalogue scientifique ; le travail de William Notman est très important dans notre collection de photographies, et nous n’avions jamais fait de rétrospective.

Comment avez-vous insufflé ce nouveau dynamisme ?

Quand j’ai accepté ce poste, je n’avais jamais géré de musée, même si je les fréquente depuis longtemps et que j’en ai visité plusieurs à travers le monde. J’ai travaillé pendant plus de 30 ans en communication et en publicité [en 2002, elle fut la première femme à la tête de l’agence Cossette], tout en créant beaucoup de liens avec le milieu des affaires, celui des donateurs et des conseils d’administration. Cette expérience, je l’ai apportée à ce musée, qui, à mon arrivée, était à la croisée des chemins. Il fallait lui donner une image moderne, dans le bon sens du terme, faire en sorte qu’il soit ancré dans la ville. En multipliant les partenariats avec différents organismes, le Musée est devenu un véritable lieu de rencontres pour toutes les générations. Nos statistiques le prouvent : près de la moitié de notre clientèle a moins de 35 ans. C’est visible dans nos vernissages, nos expositions, nos événements et nos activités culturelles.

Vous le qualifiez de « musée citoyen ». Qu’est-ce que cela signifie ?

Notre musée doit refléter la diversité culturelle de la ville. C’est aussi un musée qui doit sortir de ses murs, parce que les gens ne viennent pas spontanément au musée, ou n’ont pas la possibilité de le faire. Depuis la fusion il y a quatre ans avec le Musée Stewart, nous sommes devenus l’organisation qui peut le mieux documenter l’histoire de Montréal, de la Nouvelle-France à aujourd’hui, en passant par l’époque coloniale britannique ; c’est un lieu important pour établir des ponts entre le passé et le présent.

De quelle manière vos programmes éducatifs contribuent-ils à la formation de ces citoyens ?

Nous mettons l’accent sur les écoles en milieux défavorisés grâce à notre programme Une semaine au musée. Les classes sont souvent composées d’immigrants, de nouveaux arrivants, qui ont la chance de vivre l’école au Musée McCord, une scolarité adaptée à nos expositions. Cela permet de découvrir notre fonctionnement, et surtout de démystifier l’idée qu’un musée, ce n’est pas pour eux. L’expérience culmine avec une petite exposition autour du thème exploré durant la semaine, et les parents sont invités. Eux-mêmes n’ont parfois jamais mis les pieds dans un musée, et voient que leurs enfants s’y sentent comme chez eux. Tous cultivent une fierté d’appartenir à Montréal à travers la connaissance de l’histoire de leur ville d’accueil.

Les musées sont aussi les gardiens de notre mémoire collective… Est-ce dans cette optique que vous avez décidé de prendre contact avec des personnes souffrant d’alzheimer ?

Avec l’appui du CHUM, de plusieurs CHSLD et de la Société Alzheimer, nous avons mis en place le programme Partageons notre mémoire et nos histoires. De jeunes bénévoles âgés de 13 à 17 ans vont dans différents endroits pour rencontrer ces personnes âgées et leur permettre de manipuler des objets de notre collection éducative. Le but est de stimuler leur mémoire, de les amener à échanger avec les jeunes, car elles n’ont pas tout oublié.

Dans cette perspective de diversification de votre clientèle, vous avez aussi fait le choix d’aller à la rencontre des itinérants…

Avec la collaboration de l’organisme de gestion socioculturelle Exeko et le Centre d’amitié autochtone — malheureusement, parmi les itinérants à Montréal, il y a nombre d’autochtones —, nous formons de petits groupes à l’Accueil Bonneau et à la Maison du père. C’est une occasion pour eux de dessiner ou de concevoir un objet, mais surtout d’établir un dialogue, d’échanger sur leurs souvenirs et les moments plus difficiles de leur quotidien. Ce sont des gens à qui nous n’accordons pas beaucoup d’attention de cette nature. Par la suite, nous aimerions les amener au musée, car eux aussi ont le droit de visiter nos expositions et de s’éveiller à ce que l’on raconte ici.

Depuis la fusion administrative avec le Musée Stewart il y a quatre ans, toujours situé sur l’île Sainte-Hélène, qu’en est-il de votre projet de déménagement dans le Quartier des spectacles ?

Nous attendons les deux gouvernements, provincial et fédéral. Nous, nous sommes prêts ! Nous avons établi notre programme fonctionnel et technique, nous savons ce qu’il nous faut. C’est d’ailleurs une nécessité : nos réserves débordent, notre achalandage a augmenté, nos espaces pour les programmes scolaires sont minuscules. On ne reçoit que 25 000 enfants par année alors qu’on pourrait en accueillir trois fois plus. Le maire de Montréal nous a réservé le quadrilatère entre les rues De Bleury, Jeanne-Mance, Président-Kennedy et Maisonneuve, tandis qu’un donateur privé nous a accordé 15 millions de dollars. Ce nouveau musée, il ne faut pas arrêter d’en parler !