Exposition: la pierre grise, symbole d’une Montréal autrefois rayonnante

Phyllis Lambert et Richard Pare, Baxter Block, Saint-Laurent, 1892. Photographie prise entre 1973 et 1974.
Photo: Phyllis Lambert et Richard Pare Phyllis Lambert et Richard Pare, Baxter Block, Saint-Laurent, 1892. Photographie prise entre 1973 et 1974.

Montréal est-elle une ville dont l’architecture est marquante ? À voir l’exposition Pierre grise : des outils pour comprendre la ville, qui a lieu ces jours-ci au Centre canadien d’architecture (CCA), nous aurions envie de répondre : « Oui… elle le fut. »

Lors des hivers de 1973 et de 1974, Phyllis Lambert — dont la célébrité et la réputation sont telles qu’il n’est pas nécessaire de la présenter — réalisa, avec l’aide du photographe Richard Pare, toute une série de clichés documentant un ensemble de bâtiments construits en pierre grise dans ce qui fut la métropole du Canada. Dans cet ensemble se retrouvent des images d’édifices aussi importants que le Marché Bonsecours, construit en 1848 par l’architecte William Footner, la façade de la Banque de Montréal, pensée par John Wells en 1847, ou la nef et le choeur de l’église Notre-Dame, élaborés par Victor Bourgeau en 1880…

Une exposition qui se dévoile comme une célébration amoureuse de l’architecture ancienne de notre cité. Une expo qui est aussi un témoignage de l’intérêt renouvelé pour notre patrimoine architectural dans les années 1970, après bien des années de mépris par la société et les instances municipales. Rappelons comment, dans les années 1960, le Vieux-Montréal échappa de justesse à sa destruction quasi totale. Rappelons aussi comment en 1975, Phyllis Lambert fonda Héritage Montréal qui lutta pour préserver notre histoire bâtie. Lorsque Lambert réalisa sa série de photos avec Pare, les passants doutèrent de sa démarche, ces bâtiments leur semblant juste bons à être détruits…

La majorité de ces images auraient pu être agrandies afin de former une exposition de photographies impressionnantes, ou auraient pu constituer un livre qui aurait permis de célébrer le 375e anniversaire de Montréal bien mieux que la plupart des événements et interventions « artistiques » qu’on élabora ici et là. Mme Lambert a opté pour une présentation moins fanfaronne et plus rigoureuse. Elle nous présente ces images en petit format, dans un ordre chronologique, en signalant pour chacun des bâtiments le nom de son premier propriétaire et son lieu de construction sur une carte de la ville.

Photo: Phyllis Lambert et Richard Pare Phyllis Lambert et Richard Pare, Magasins-entrepôts Laroque/Généreux, détails de la pierre, 1869-1886. Photographie prise entre 1973 et 1974.

Comme nous l’a expliqué le conservateur en architecture contemporain du CCA, Francesco Garutti, à travers ses images et cette structure chronologique se dessine l’évolution de la typologie architecturale de Montréal. Cela va de la maison du XVIIIe siècle à la maison-magasin des années 1810-1850, puis aux magasins-entrepôts à partir des années 1860… Cette présentation nous permet aussi de mieux connaître l’histoire du Vieux-Montréal, mais aussi des secteurs plus au nord quand la ville s’étendit vers ce qu’on nomma le square Saint-Louis ou le quartier Saint-Jacques à la fin du XIXe siècle.

Montréal tournée vers le passé ?

Mais Montréal est-elle encore une ville riche du point de vue de l’architecture contemporaine ? Certes, il y eut plus récemment Habitat 67 de Moshe Safdie, ou le dôme géodésique de Richard Buckminster Fuller, lui aussi de 1967 — et qui, en passant, mériterait que son revêtement d’acrylique transparent soit restauré afin que ce chef-d’oeuvre, que l’on retrouve dans les livres d’architecture du monde entier, retrouve sa magnificence passée.

Et depuis ? Lorsque nous lui avons posé la question, Phyllis Lambert nous a répondu que Montréal a traversé plusieurs décennies pauvres, mais que depuis quelque temps, entre autres dans le Quartier international, il y a des « projets intéressants »… Mais elle revint vite sur la qualité des bâtiments en pierre grise du passé… C’est tout dire.

Alors que des élections municipales vont bientôt se tenir dans la métropole, il serait bon que les candidats à la mairie aillent voir cette exposition en se demandant comment ils pourraient aider à créer un présent et un futur à la hauteur de cette riche histoire. Depuis quelques années, combien de bâtiments anciens furent détruits et combien ne furent « préservés » que par leur façade ? Montréal a besoin d’un maire ou d’une mairesse qui a du leadership en ce domaine.

Bien des projets d’architecture innovateurs ont permis de relancer le dynamisme culturel et économique de plusieurs villes. Pensons à Bilbao. Pour l’instant, Montréal est malheureusement plutôt tournée vers son brillant passé architectural.

Pierre grise : des outils pour comprendre la ville

Commissaire : Phyllis Lambert. À la salle octogonale du Centre canadien d’architecture jusqu’au 4 mars.