François Morelli sous toutes ses formes

«Dream Figures in Moonlight (9/12)», François Morelli, 2015
Photo: Guy L’Heureux «Dream Figures in Moonlight (9/12)», François Morelli, 2015

François Morelli a touché au dessin, à la peinture, à l’estampe, à l’installation, à la sculpture et à la performance. En ce début d’octobre, les Montréalais sont invités à goûter à chacun des aspects de son oeuvre. Au lever du soleil, le 4 octobre, l’artiste livrera une performance, dont on ne connait pas encore la nature, qui reliera le Monument à Maisonneuve, la place Vauquelin, la place Jean-Paul-Riopelle, le square Victoria et le square Cabot, dans le cadre du festival Viva. Au 1700 La poste, rue Notre-Dame, une rétrospective de 40 ans de son travail est présentée sur trois étages jusqu’au 17 décembre. On pourra aussi y voir le documentaire François Morelli, artiste, réalisé par Suzanne Guy.

Entre autres fils conducteurs de cette oeuvre lumineuse, il y a la migration. Celle qui a mené l’artiste à entreprendre de nombreuses marches à travers le monde, dont la Marche transatlantique, qui l’a transporté entre Berlin et Philadelphie, au début des années 1980, avec sur son dos une sculpture évoquant vaguement l’anatomie humaine (coeur ? Sexes de femme et d’homme ?) qu’il remplissait à diverses fontaines croisées sur son chemin.

Photo: Béatrice Flynn François Morelli feuillette un carnet de ses œuvres.

Mais on retrouve aussi cette notion de migration, de déplacement, dans Dreamfigures in Moonlight, cette suite de douze panneaux sur papier, mêlant encre et tampon, réalisée lors d’un séjour à Mumbai, en Inde, en 2015. En présentant cette série à la presse, à l’étage du 1700 La Poste, François Morelli explique que ces dernières années, il s’est concentré sur quelques couleurs : le rouge, le noir, le bleu et le blanc, privilégiant aussi le rose, cette couleur qu’il associe à la chair et à la peau. Le papier, quant à lui, est toujours soigneusement choisi dans des papeteries locales.

Morelli explique d’ailleurs comment il voyage, souvent sur la même toile, entre le monumental et la miniature, ayant étudié ce dernier genre à travers l’art oriental et médiéval. Même les carnets de l’artiste, qui seront reproduits pour pouvoir être feuilletés par les visiteurs, suggèrent cette idée de récit, déplacement du regard, de cheminement de la pensée.

 


François Morelli est né à Montréal de parents d’origine italienne, a étudié en français et en anglais, a poursuivi sa formation à Montréal, puis à New York. Touche à tout, l’artiste échappe aux catégorisations. Une salle du rez-de-chaussée est consacrée à son travail sur les ceintures, sous le titre Headbelts. L’aventure de cette série a débuté lorsque l’artiste a conçu une tête avec une série de ceintures usagées. Cette tête a donné lieu à des performances, d’abord à travers des tentatives de ventriloquie, puis, à de la création visuelle, lorsque François Morelli découvre la possibilité de glisser un pinceau dans la bouche de sa marionnette.

C’est à travers cette bouche qu’il conçoit les grandes toiles aux têtes ceinturées présentées rue Notre-Dame. Ce thème de l’art comme langage est repris à la fin du documentaire de Suzanne Guy, alors que Morelli trace des dessins sur le sable avec un bâton dans la bouche.

Suzanne Guy a aussi suivi François Morelli dans le cadre de son projet Home Wall Drawing / L’art de manger, au cours duquel il offrait aux gens de peindre les murs de leur maison en échange de leur plat favori. Isabelle de Mevius, propriétaire de la galerie et commissaire de l’exposition, a choisi le dessin comme fil conducteur pour traverser les 40 ans de création de l’artiste. Mais ce fil mène à toutes ses autres formes d’expression.

Photo: Guy L'Heureux «Belthead I», François Morelli, 1998

On a fait les choses en grand, des murs ont même été dressés particulièrement pour accueillir les toutes dernières oeuvres de l’artiste, dessins monumentaux où des corps semblent tissés de métal. Encore une fois, ce filet de métal renvoie à l’oeuvre sculpturale de l’artiste, dont on voit notamment la pièce Escadron réalisée à la fin des années 1990. Il renvoie encore à des performances de l’artiste, dont les sculptures tissées de métal et bourrées de combustible ont été mises en feu.

L’exposition est accompagnée d’un imposant catalogue, où l’on retrouve des textes signés par Bernard Lamarche, conservateur d’art actuel au Musée national des beaux-arts du Québec, et de l’artiste, commissaire d’exposition et agente culturelle Jake Moore.