Une mouche dans la peinture académique de Richard Purdy

Actif depuis 40 ans, l’artiste Richard Purdy ne fait rien comme les autres.
Photo: Guy L'Heureux Actif depuis 40 ans, l’artiste Richard Purdy ne fait rien comme les autres.

Dans l’art un brin académique et en même temps aucunement simpliste qu’expose Richard Purdy sous le titre Vanitas, il y a de tout et son contraire. Il y a autant du trompe-l’oeil qu’il n’y en a pas. C’est de la peinture et ce n’en est pas.

De tels antagonismes pourraient finir par être fastidieux. Pourtant, l’exposition proposée par les galeries Roger Bellemare et Christian Lambert, enseignes situées dans l’édifice Belgo, se déguste lentement, une oeuvre à la fois, pour mieux recommencer le parcours aussitôt celui-ci terminé.

Devant ce travail mêlant peinture et vidéo, natures mortes et longs plans fixes, on est autant tiraillés par l’apparence ancienne du corpus exposé, appuyée fortement par des cadres vieillots, que par la présence d’écrans plats. L’évidence d’un tel anachronisme ne choque pas.

Photo: Guy L'Heureux «Les poissons nous détruisent dessus et nous piègent dessous...», Richard Purdy, 2017

La minutie de la mise en scène cache en effet la réalité : ce ne sont pas des peintures qui sont filmées, mais de véritables objets, placés selon l’harmonie d’une composition académique. Tout est soigné de manière à faire rebondir la lumière, par exemple, sur la chair d’un poisson mort. Outre le genre nature morte, Purdy s’est aussi plié à la scène intérieure, une vue d’atelier avec l’artisan comme modèle, immobile.

Il y a quand même maquillage de la part de l’artiste. Ou, disons-le de manière plus juste, intervention a posteriori. Purdy ajoute de la vraie peinture, translucide — du glacis —, comme n’importe quel peintre qui cherche à modifier l’intensité de ses couleurs. Sauf que lui, il le fait sur l’écran, qu’il n’hésite pas non plus à abîmer dans un processus de dérestauration et de faux vieillissement.

Loin du spectacle

Actif depuis 40 ans, l’artiste Richard Purdy ne fait rien comme les autres. C’est lui qui, en 2010, avait placardé l’Espace Shawinigan de tableaux accrochés… à l’envers. De l’eau, étalée à la grandeur de la salle, les remettait dans le bon sens. Pour expérimenter ce projet intitulé L’écho-l’eau, il fallait marcher les pieds dans l’eau.

Ces dernières années, Purdy a maintes fois procédé de la sorte, avec des interventions in situ, monumentales, immersives et multisensorielles. Ce fut une surprise, en 2013, de le voir surgir avec une expo de galerie, dans ce qu’il y a de plus classique : oeuvres aux murs, rien de plus. Et la surprise était double puisque l’expo prenait place, déjà, chez le tandem Bellemare-Lambert, qui n’a pas la réputation de faire dans le spectaculaire.

Les sept oeuvres de Vanitas ramènent Purdy au Belgo. Surprise en moins, ses tableaux-vidéos l’extirpent, une fois de plus, de la démesure. Il demeure cependant lui-même, et c’est tout à son honneur.

Photo: Guy L'Heureux «It feels stubborn, self-important and faintly aggressive...», Richard Purdy, 2017

Son approche in situ est plus de l’ordre de la métaphore. Il s’immisce dans un espace où les gens s’attendent à voir de la peinture — davantage que de la vidéo. Il travaille encore à l’envers, ou à rebours, se projetant vers le vieillissement et non pas, comme souvent en art actuel, en le récupérant. Il ne cite rien, il simule le passé.

De la peinture académique élevée au rang d’art de pointe, à moins que ce ne soit l’inverse, l’art actuel et la technologie hissés comme un genre classique : voilà le type d’énigme qu’il propose.

Cherchant à confronter, dit-il dans ses notes d’intention, le regard passif du spectateur de cinéma à celui actif du visiteur de musée, Purdy brouille les pistes et incorpore ici et là l’action qu’on n’attend plus.

Une mouche qui vole, un pétale qui tombe, un personnage qui fuit, l’homme fait presque dans l’humour, tellement ces motifs corrompent le sérieux de la composition. C’est sans compter ses titres d’oeuvre, longs comme des proses surréalistes, sortes de flèches adressées à une époque qui veut tout nommer, tout identifier clairement.

Impossible d’en citer un ici. En voilà seulement un extrait : Les poissons nous détruisent dessus et nous piègent dessous. Nous nous levons, nous nous couchons, et nous nous déplaçons dans le ventre de la mort…

Vanitas

De Richard Purdy, aux galeries Roger Bellemare et Christian Lambert (372, rue Sainte-Catherine Ouest, suites 501-502) jusqu’au 7 octobre.