L’art contemporain, «locomotive» du marché mondial des ventes aux enchères

New York, Londres, Hong-Kong et Pékin captent à elles seules 83% des recettes mondiales des enchères d’art contemporain.
Photo: Justin Tallis Agence France-Presse New York, Londres, Hong-Kong et Pékin captent à elles seules 83% des recettes mondiales des enchères d’art contemporain.

Progression du chiffre d’affaires, hausse des prix : l’art contemporain vendu aux enchères repart à la hausse et devient la « locomotive » du marché mondial de l’art, selon un rapport rendu public mercredi par Artprice.

Le premier semestre 2017 a ainsi été marqué par un boom de 14 % du produit global des ventes, alors qu’il avait connu un repli de 10 % sur l’ensemble de l’année 2016, note l’étude du chef de file mondial des banques de données sur la cotation et les indices de l’art, dont l’AFP a l’exclusivité.

Sur l’exercice juillet 2016-juin 2017, le chiffre d’affaires des ventes d’art contemporain (artistes nés après 1945) est en hausse de 3,2 %, à 1,58 milliard de dollars.

Cette évolution s’accompagne d’une autre progression notable, celle des prix. Le niveau moyen pour une oeuvre contemporaine (peinture, sculpture, dessin, photographie, estampe, installation) atteint 27 000 $, contre 26 160 $ lors de l’exercice précédent. Une tendance générée par la diminution du nombre de lots vendus : 57 100 entre juillet 2016 et juin 2017, contre 58 400 les 12 mois précédents, soit une baisse de 2 %.

« Cette prise de valeur est confirmée par l’évolution de l’indice des prix », qui, « après avoir baissé tout au long de l’année 2015, affiche une reprise de 22 % depuis janvier 2016 », indique le rapport.

L’art moderne (artistes nés entre 1860 et 1920) « reste le poids lourd du marché », conclut Artprice, mais l’art contemporain « tient à présent le rôle de locomotive ».

« S’il forme aujourd’hui le segment le plus exaltant du marché, estime Thierry Ehrmann, président et fondateur d’Artprice, c’est parce qu’il se trouve au centre de toutes les attentions, qu’il est un extraordinaire vecteur de reconnaissance sociale et que chaque oeuvre présente un immense potentiel financier. »

Selon un sondage en ligne réalisé par Artprice auprès de 63 000 internautes, une personne sur trois se dit prête à acheter une oeuvre contemporaine.

Trois grandes puissances

Quatre places — New York, Londres, Hong-Kong et Pékin — captent à elles seules 83 % des recettes mondiales des enchères d’art contemporain, alors que 20 % des lots seulement sont dispersés par ces mégapoles. Ce phénomène de concentration est encore plus net si l’on considère la répartition entre les quatre meneurs : New York réalise 43 % du produit des ventes, Londres 22 %, Hong-Kong 10 % et Pékin 8 % seulement.

Le top 5 par pays donne une hiérarchie légèrement différente : si les États-Unis caracolent en tête avec 43,8 % du marché, la Chine est en 2e position (23,5 %), suivie par la Grande-Bretagne (22,1 %). La France conserve la 4e position (2,4 %) devant l’Allemagne (1 %).

Du côté des grandes maisons de vente, l’américaine Sotheby’s « domine le marché de l’art contemporain international », souligne Artprice. Cotée à la Bourse de New York, elle a réalisé pour 541,6 millions de dollars de transactions, devançant ses rivales Christie’s (421,3 millions) et Phillips (191,4 millions).

La performance de Sotheby’s doit beaucoup aux 110,5 millions de dollars déboursés le 18 mai 2017 pour une toile de Jean-Michel Basquiat, Untitled, par un collectionneur japonais, Yusaku Maezawa. Désormais sans conteste l’oeuvre contemporaine la plus chère au monde, « Untitled consacre clairement la nouvelle dynamique qui anime le marché de l’art contemporain », analyse Thierry Ehrmann.

La concurrence entre les trois plus grandes puissances s’observe également dans les performances de leurs artistes : le Britannique Peter Doig et l’Américain Christopher Wool complètent le trio de tête, mais « les artistes contemporains chinois occupent néanmoins 162 places du top 500 cette année, contre 139 Européens et 97 Américains », note le rapport.

Autre tendance notable, quatre signatures issues du street art — Keith Haring, Shepard Fairey, Banksy et Kaws — figurent parmi les 10 artistes les plus vendus au monde et consacrent ce secteur « comme l’un des plus dynamiques du marché de l’art actuel », selon Artprice.